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L’Enfant-cavale de Margo Brière Bordier

La forêt comme dernier refuge

Avec ce deuxième court-métrage, Margo Brière Bordier signe un récit sensoriel et troublant porté par une jeune actrice impressionnante.

Une petite fille traverse la forêt en courant. Derrière elle, des adultes la recherchent après l’incendie qui a coûté la vie à son père. Guidée par la voix de sa grand-mère et accompagnée d’un chien errant, l’enfant poursuit sa fuite vers un territoire imaginaire où la peur semble enfin disparaître. Avec L’Enfant-cavale, Margo Brière Bordier construit un film parfois contemplatif, mais constamment traversé par une menace sourde.

Découvert au Brussels Short Film Festival, le court-métrage séduit surtout par son atmosphère et par la maîtrise de sa mise en scène. Tourné dans les bois du Hainaut, le récit transforme peu à peu la forêt en espace mental, presque irréel, où les traumatismes contaminent progressivement l’imaginaire de l’enfance et les codes du conte noir, dans un monde où les adultes paraissent incapables d’entendre la vérité. Mais le moment le plus marquant reste sans conteste cette longue scène d’interrogatoire vers la fin du film, portée par un impressionnant plan-séquence où la jeune Leana Marin-Ilardi révèle une intensité peu commune.

Après Cet autre hiver, remarqué dans de nombreux festivals internationaux avec Adèle Exarchopoulos et Lola Dueñas, Margo Brière Bordier confirme ici une vraie personnalité de cinéma. Formée en partie sur les plateaux comme assistante de réalisation avant de développer ses propres projets entre la France et la Belgique, la cinéaste poursuit un travail autour de l’enfance, des traumatismes familiaux et de la nécessité de briser certains héritages de violence.