Antonin Baudry nous avait promis un film différent du premier opus et il n’a pas menti : J’écris ton Nom est un thriller politique en temps de guerre. Labyrinthique, le récit parvient à caser tellement d’événements historiques en 2h37 (outre les événements cités, le film évoque l’opération Overlord et le débarquement de Normandie, le destin tragique de Jean Moulin et, dans sa dernière bobine, la libération de Paris) avec une précision narrative telle que, si le film s’avère parfois épuisant par son foisonnement et son rythme, même le spectateur qui n’a qu’une connaissance lacunaire de l’histoire de France ne sera pas perdu. Le résultat est un film moins chaotique, tout aussi passionnant et spectaculaire que son prédécesseur, qui détonne au sein du cinéma à grand spectacle ‘Made in France’ par son classicisme et la maestria de sa mise en scène, qui sait se faire tantôt épique, tantôt lyrique, tantôt intime.
Abkarian s’avère toujours aussi fascinant dans ce rôle casse-gueule d’un héros obstiné qui refuse tout compromis et se réinvente par nécessité. À la fois grandiloquent, plein de panache, mais toujours mystérieux, ne révélant jamais ses sentiments, mais affichant de temps en temps un subtil rictus de contentement ou le visage sombre de la contrariété, son De Gaulle est superbe, hors normes, inébranlable, et pourtant si humain… À ses côtés, Schneider et Kysyl font honneur à deux autres grands héros Français ; Anamaria Vartolomei (dans le rôle - fictif - d’une résistante chargée des communications secrètes) incarne à elle seule le concept de « résilience » ; tandis que l’excellent Pip Torrens (The Crown), en Général Montgomery, est celle du flegme anglais ; et Daniel Betts, en Général Eisenhower sensible à la bravoure de De Gaulle, celle de l’héroïsme yankee. Chacun de ces personnages a l’occasion d’exister, de briller. Et si la prestation de Lhermitte, hilarant en idiot utile du gouvernement américain, amène une dose d’humour bienvenue, c’est le match à trois que jouent De Gaulle, Churchill (Simon Russell Beale) et Roosevelt en coulisses qui est au cœur de l’intrigue.
À ceux qui croient encore que l’Allié américain est venu sauver les fesses de l’Europe par grandeur d’âme, Baudry rappelle la réalité des faits. L’impérialiste Roosevelt, avec l’aval d’un Churchill opportuniste, manigançait en secret pour anéantir la souveraineté de la France et en faire une province sous tutelle américaine, avec une nouvelle monnaie et amputée d’un tiers de son territoire - un projet nommé « AMGOT » (Allied Military Government of Occupied Territories) qui aurait agrandi l’influence américaine dans le monde entier. Campbell Scott incarne un Roosevelt agonisant (le Président est mort en 1945) et condescendant, qui commet l’erreur de penser qu’il pourra effacer De Gaulle - qu’il ne prend pas au sérieux, le considérant comme un fou furieux ingérable - des livres d’histoire. Voir ce dernier déjouer ses plans en se découvrant des talents insoupçonnés de stratège politique est l’un des grands plaisirs du film.
Par l’ampleur et l’ambition colossales de sa fresque, Baudry continue de surprendre, mettant en scène un héros d’un autre temps, qui devrait, si seulement la chose était encore possible, faire prendre de la graine à l’actuel leader français. En effet, ici, les résonances avec les crises que traverse l’Hexagone en 2026 sautent aux yeux : Giraud, marionnette des Américains, annonce Macron, qui semble avoir définitivement délaissé son pays au profit de l’Union européenne. Le film étrille également les parlementaires et partis politiques qui, déjà en 1943-44, empêchaient le pays de fonctionner… Mais en concluant son film sur une note d’émotion et d’espoir, avec les mots de Liberté, le poème de Paul Eluard, le cinéaste signe une déclaration d’amour à la France, qui, à l’heure où elle n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut, met du baume au cœur.