Couverture de l'article La Maladie de courir

La Maladie de courir

Illustration : Gwendoline Clossais

Installé de manière décontractée sur le palier de sa maison, un homme nous interpelle en se présentant tandis que sa femme et ses deux enfants débarquent de leur voiture familiale. Il nous dit qu'au début de l'histoire c'était le bonheur, mais que quelque chose l'énerve un peu. À ce moment précis, quelques joyeux drilles apparaissent, entre la propriété et la haie d'arbres, courant joyeusement vers un objectif que l'on ne connaîtra pas.

Ces « runneurs » sont la source de l'agacement de Jean-Louis. On les retrouve partout, de nuit comme de jour, et, lorsqu'il est en promenade avec son chien, ils en font les frais et ça les saoule ! Alors qu'avant, bien avant, une petite course par-ci par-là agrémentée d'une petite récompense bibitive entretenait un corps juste ce qu'il faut, pas trop, ni trop peu. Pour donner le change aux mauvaises langues et apparaître comme sportif, ni trop ni trop peu. Mais l'histoire dont il s'agit ici dénonce une mode galopante contagieuse où chacun et chacune s'adonne à la course du dimanche, aux marathons internationaux, en n'ayant plus le temps de passer d'agréables instants autour d'un verre ou d'un bon repas. La perte de quelques calories semble découler d'une injonction socio-culturelle qui ferait passer le sédentaire le plus cool pour un indigne paresseux rebelle et asocial. Mens sana in corpore sano écrivait Juvénal, adaptée plus tard par Pierre de Coubertin en Mens fervida in corpore lacertoso, convoquait à la réflexion : d'une part, l'action devance la motivation et, d'autre part, rien ne sert d'implorer les dieux, il faut se mettre soi-même à la tâche pour cultiver son corps. Au final, à l'époque des slow cities de plus en plus nombreuses, du temps qui nous manque, l'être humain cède à la contradiction.