Malgré les traumatismes vécus qui assombrissent leur quotidien, grâce à la sécurité et au soutien qu’ils ont trouvés en France, dans la région des Landes, ils arrivent à envisager le futur avec plus de confiance jusqu’au jour où ils reçoivent une lettre les informant que leur demande d’asile a été refusée, un énième choc qui fait que Nour s’enfonce dans un sommeil inexplicable et profond.
Après avoir traversé l’enfer et savouré, pendant trois ans, une sérénité retrouvée, Chaya, Nour et leur père risquent de tout perdre : leur maison, leur sécurité et les personnes qu’ils aiment, notamment Benjamin (incarné par le Suisse Arcadi Radeff), un garçon rebelle et idéaliste, et sa grand-mère, chez qui Chaya et Nour se réfugient volontiers, sachant que sous son toit, ils ne seront jamais jugés. Nos personnages, à la merci du système français, vont de l’avant et cherchent à tempérer une angoisse qui s’insinue partout. Pour tenter de rester dans les Landes, dans ce qu’ils considèrent comme leur nouvelle maison, ils sont contraints de raconter dans le moindre détail leur vie faite de désillusions et d’événements traumatisants tellement terribles qu’ils ne peuvent pas être exprimés avec des mots. Quand même leur nouveau rêve se brise en mille morceaux, Nour décide de renoncer à se battre et se laisse glisser dans un sommeil inexplicable et extrêmement profond dont le nom scientifique est “syndrome de résignation”. Il s’agit d’une sorte de coma qui peut durer plusieurs années et qui, souvent, frappe des personnes migrantes forcées d’abandonner le pays qu’ils ont rejoint au péril de leur vie. Il s’agit d’une sorte d’hibernation, de renoncement conscient, de pause nécessaire pour gérer une douleur souvent trop intense pour être supportable.
Dans l’impossibilité de croire encore à la réalité qui les entoure, le frère et la sœur se réfugient peu à peu dans un monde magique fait d’objets porte-bonheur, de signes prémonitoires et d’un lien profond avec la merveilleuse nature qui les entoure et les accueille sans restrictions. Si, dans un premier temps, Nour arrive à supporter les cauchemars qui le tenaillent grâce aux dessins qu’il garde dans son album, le refus de permis de séjour fait voler en éclats tous ses espoirs, un énième trauma qui se révèle celui de trop et ne lui laisse aucun autre choix que celui de se retirer du monde, en se réfugiant dans les rêves qui habitent son inconscient. Chaya, déterminée à réveiller Nour pour le ramener à la réalité et au présent, s’enfonce alors à son tour dans ses rêves, un voyage très dangereux dont elle pourrait bien ne plus arriver à revenir.
Le film, épouvantablement réel et en même temps empreint de symbolisme, cherche à représenter une douleur qui ne peut être décrite avec des mots, une blessure tellement profonde qu’on ne peut plus en guérir. Quand la réalité n’est plus supportable, c’est ailleurs, dans les rêves, mais aussi dans les paradis artificiels, que l’esprit se réfugie pour survivre. Il s’agit d’une sorte de résilience qui transcende le réel en transportant les somnambules loin, très loin, là où même un bref instant seulement, les frontières n’existent plus.
Les Yeux verts a été produit par les sociétés françaises June Films et Haut et Court avec Les Films du Fleuve (Belgique) et Hobab (Suède). Les ventes internationales du film sont assurées par l’agence parisienne Kinology.
Giorgia Del Don