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Merci Johnny de Fabrice Chan

Johnny Hallyday au bout de la nuit

Inspiré d’une histoire vécue par le réalisateur, ce court-métrage flamand transforme une nuit d’auto-stop en thriller psychologique particulièrement prenant.

Avril 1998. Deux adolescents tentent de rentrer chez eux en auto-stop lorsqu’un homme plus âgé leur propose de les conduire. La soirée se poursuit autour de quelques bières et d’un karaoké improvisé, avant de prendre une tournure de plus en plus inquiétante. Avec Merci Johnny, Fabrice Chan signe un film tendu et profondément humain, qui capte avec beaucoup de justesse ce moment où une situation apparemment banale bascule lentement dans le malaise.

Présenté en première mondiale au Brussels Short Film Festival, le court fonctionne notamment grâce à son naturel et à son efficacité immédiate. On suit les deux garçons sans difficulté, entre naïveté, envie d’aventure et montée progressive de la peur. Le réalisateur évite surtout tout sensationnalisme inutile, préférant installer la tension par petites touches. Inspiré d’un événement qu’il a lui-même vécu à l’âge de 18 ans, le film parle autant de l’insouciance de la jeunesse que de cette tendance à culpabiliser les victimes lorsqu’elles prennent des risques ou “ratent” certains signaux d’alerte.

À l’écran, les jeunes Lucas Geldof et Tibo Courjol apportent une vraie spontanéité au récit, face à Sergej Lopouchanski (vu dans Mission: Impossible – Dead Reckoning Part One) particulièrement troublant. Et au milieu de cette étrange nuit plane la figure inattendue de Johnny Hallyday, dont les chansons deviennent ici presque un refuge improbable.

Réalisateur et monteur actif depuis de nombreuses années dans la télévision flamande, Fabrice Chan confirme après L’interview de Guillaume Bogaert son goût pour les récits inspirés du réel et portés par une forte dimension humaine. Le cinéaste développe par ailleurs l’adaptation de De vrije man, récit autobiographique d’un jeune Belgo-Algérien qui tente d’échapper à une éducation très stricte en plongeant dans le Gand nocturne, jusqu’à un accident qui bouleversera sa vie.