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Procès d’un jeune poète

Le 4 mai 1961 paraît un décret du Soviet suprême “relatif à l’intensification de la lutte contre les personnes qui se soustraient au travail socialement utile et mènent une vie antisociale et parasite”. Le 18 février 1964, Joseph Alexandrovitch Brodsky, poète, traducteur, alors âgé de 24 ans, est arrêté pour “parasitisme social” par le régime soviétique. Procès d’un jeune poète de Philippe Van Cutsem explore la répression des artistes sous des régimes autoritaires. Le documentaire retrace pratiquement mot à mot le procès qui s’est déroulé à Leningrad en 1964 et se termine à New York le 20 octobre 1989.

Lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, Joseph Alexandrovitch Brodsky naît le 24/05/1940 à Leningrad. Issu d’une famille juive démunie, il interrompt ses études à l’âge de 16 ans et vit de divers petits métiers. Il s’initie en autodidacte aux sciences humaines, à l’histoire, la littérature, la philosophie, la mythologie et aux langues vivantes.

Il est arrêté le 18 février 1964 avec comme motif de “parasitisme social”. La journaliste Frida Vigdorova, présente au procès, prend discrètement note de son déroulement, malgré l’interdiction de la juge.

Philippe Van Cutsem, pour réaliser son documentaire, s’appuie sur ce précieux document et sur un fragment de conversation entre Joseph Brodsky, plus âgé, et Solomon Volkov, musicien, critique, écrivain et journaliste russe.

Le film se déroule dans les locaux du tribunal de Leningrad et dans la grande salle du Club des ouvriers. Les lieux sont délabrés, les murs sales.

Centré sur Joseph Brodsky, joué par le jeune comédien Arno Dengel, 24 ans au moment du tournage, qui crève l’écran, le procès est grotesque et instruit de bout en bout “à charge”.

Sophie Bibet, la Juge-Présidente, campe une Madame Savelya féroce, partiale et ironique.

L’avocate (Elsa Guénot) défend Brodsky avec justesse. Les témoins de la défense argumentent admirablement que le travail de Brodsky est tout sauf parasite.

Les personnes choisies par le procureur Sorokin (Daniel de Terwangne) et Tyagly (Sacha Dunkelman), représentant du peuple, démolissent les défenseurs du poète, incapables de voir plus loin que le décret de 61.

Brodsky, lui, répète inlassablement : “j’écris des poèmes, c’est mon travail. Je suis convaincu que je rends service aux hommes d’aujourd’hui, mais aussi aux générations futures”. À l’issue de son procès, Joseph Brodsky sera condamné à 5 ans de travaux forcés dans le nord de la Russie. En novembre 1965, des amis obtiennent en haut lieu la révision du procès. Le compte rendu de Frida Vigdorova, diffusé largement en URSS, mais aussi en Occident, va mobiliser fortement l’intelligentsia qui permettra à Brodsky d’être libéré après dix-huit mois de détention. En 1972, acculé à l’exil par les autorités soviétiques, il s’installe aux États-Unis dont la langue et la culture lui sont familières et où il compte des amis.

À New York, le 20 octobre 1989, Brodsky (Aristide Bianchi) confiera à son ami Solomon Volkov (Rachel Sassi) “...à part les témoins de la défense, tout le reste tenait du zoo…”.

Véritable plaidoyer contre le totalitarisme, le film est un hymne à la poésie, à la liberté et à la vie. Il résonne étrangement face aux dérives de nos sociétés actuelles et aux choix opérés par nos pouvoirs politiques en matière de culture.

En Belgique, en 2026, pour des raisons budgétaires, le secteur culturel subit des restrictions qui entraînent l’annulation d'événements, des menaces sur l’emploi, la fermeture de lieux et une hausse des coûts liée à la TVA qui passe de 6% à 12%. Cinéma, théâtre, expositions, concerts, festivals… seront plus chers. Procès d’un jeune poète est plus que jamais d’actualité!

Philippe Van Cutsem est cinéaste, artiste plasticien et enseignant. Il se consacre d’abord à la peinture et au dessin avant d’élargir sa pratique à diverses formes artistiques parmi lesquelles le cinéma qui occupe une place essentielle. Il met en scène des vidéos et installations au cours de ses études, une première expérience de nature documentaire en 1998 avec Video Multum in Parvo, se consacre à la performance de 1999 à 2005.

Réalisé en 2007, La Galerie de la mer est le premier jalon cinématographique consacré à la mémoire, à l’histoire et à ses formes de transmission. Suivront dans cette voie Nouveau monde (2009), Chers parents (2013), Le Récit de mon père (2014) et Albert, berger (2020).


Le film Procès d’un jeune poète sera projeté à Bozar le samedi 18 avril à 19h et dimanche 26 avril à 14h.