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Quand ils savent d'Abdel Tantane

Dans Quand ils savent, Monica veut désespérément retrouver un travail dans l’enseignement après un séjour en prison à tort. Employée au noir comme technicienne de surface dans une résidence, elle souhaite à tout prix retrouver son métier, sa vocation malgré les interdits moraux et légaux de la société en proie à une grande stigmatisation des ancien·ne·s détenu·e·s. Le film nous ouvre ainsi les yeux sur la beauté d’une passion intrépide face aux aléas d’une société souvent injuste.

Le film commence avec l’entretien de notre protagoniste avec un assistant social qui dresse avec justesse le portrait d’une situation difficile à démêler. Après trois ans d’incarcération, Monica devrait attendre quatre ans avant de parachever toutes les démarches administratives pour éventuellement pouvoir être engagée comme professeure. C’est clair : elle n’a pas le droit au travail, mais la société semble lui offrir un cadeau en lui permettant peut-être de retrouver un emploi. L’hypocrisie du système se révèle à travers une vie en ordre à démontrer aux forces de l’ordre pour avoir accès librement à une profession. Mais comment agir dans ce sens sans emploi ? Monica est la victime d’une justice malmenée et possiblement inexacte. Face à une agression sexuelle qui a dérapé, elle a commis un crime malgré elle pour se défendre. Mais la bureaucratie semble intransigeante face à ces circonstances atténuantes.

La fierté de ses réussites professionnelles passées la fait jouer avec le feu et elle enchaîne les entretiens d’embauche pour que sa carrière puisse prospérer à nouveau. Mais Monica est dans l’obligation de présenter un extrait de casier judiciaire vierge pour travailler avec des mineurs. Elle n’a plus d’autre choix pour contrer les dictats arbitraires imposés à son existence : le mensonge. Elle fait aussi partie d’un groupe de parole où d’anciennes détenues partagent leurs expériences douloureuses après la case prison. Entre sexisme et pathologisation psychologique, elles sont sans cesse ramenées à cette étape de leur vie et subissent multiples discriminations de la part de leur entourage et de la société. L’une des participantes doit par exemple prouver qu’elle peut être une bonne mère. Toutes doivent pouvoir expliquer les trous dans leur CV à cause de leur incarcération. Monica trouve aussi du réconfort auprès d’Aziz, un autre technicien de surface employé dans la même résidence. Déraciné de sa ville natale de Dakar, son rythme lent lui manque. N’ayant pas pu dire au revoir à son propre père avant sa mort, il prend un rôle paternel dans la vie de Monica. Toustes deux victimes des aléas d’une vie aux multiples iniquités, ils s’épaulent et présentent un modèle de relation intergénérationnelle saine et aimant.

La fin nourrit peu d’espoir face à l’inexorabilité du sort de Monica. Mais il nous réconcilie avec l’idée que certaines relations humaines, aussi rares et fortuites soient-elles, peuvent nous permettre de sortir du gouffre d’un isolement social, synonyme d’un monde où les apparences et la surface d’une humanité prennent le dessus sur l’ampleur des traumatismes.