Le 11 mars 2011, un tsunami de 15 mètres frappe la centrale nucléaire de Fukushima provoquant l’explosion de trois de ses réacteurs. Classée niveau 7, le plus élevé, la catastrophe de Fukushima devient le second accident nucléaire le plus important, juste derrière Tchernobyl. Les retombées radioactives sont telles que les populations locales doivent être évacuées en urgence de la zone contaminée. En 2017, le Japon rouvre cette zone sinistrée pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent de se réinstaller. Mais comment reconstruire sur des ruines radioactives après un traumatisme majeur ? C’est une des questions à laquelle tente de répondre le réalisateur Thomas Licata en partant à la rencontre des habitant·e·s de Fukushima qui se battent pour que le risque nucléaire, et ses conséquences bien réelles ne tombent pas dans l’oubli.
Quand on pense à l’explosion d’une centrale nucléaire, on imagine des zones industrielles, désaffectées, à l’ambiance postapocalyptique. Pourtant, dès les premières images du film, ce qui frappe, ce sont ces images d’une nature verdoyante, luxuriante, caressée par une légère brise et baignée d’une lumière dorée de fin de journée. Un cadre en apparence idyllique qui nous ferait presque oublier que tout ce décor est en grande partie contaminé par les déchets radioactifs d’un des plus grands accidents nucléaires de l’histoire.
Cette pollution invisible à l'œil nu reste pourtant une réalité, car même si le processus de décontamination de la terre est bel et bien enclenché, le nettoyage de la radioactivité est loin d’être terminé à Fukushima. Pourtant l’État japonais décide de détourner le regard pour continuer à y produire l’électricité que requiert le pays tout entier et ainsi fonctionner comme il l’a toujours fait. Mais c’est justement ce que les personnages du documentaire dénoncent : il est impossible de feindre l’ignorance en maintenant tous les risques nucléaires sur Fukushima comme si elle en était désormais exempte. Comment peut-on continuer d’utiliser des ressources énergétiques potentiellement dangereuses alors que la fragilité de Fukushima nous a bien démontré les limites d’une hyperconsommation hyper énergivore ? En résulte un deux poids deux mesures, un sentiment d’injustice pour les habitants de la région qui continuent de subir de plein fouet les conséquences de cet accident, à l’inverse du reste du pays qui semble presque l’avoir oublié. Mais ce dialogue ressemble davantage à une discussion à sens unique à l’image de ces haut-parleurs dystopiques qui diffusent des messages se voulant interactifs, comme une étrange présence administrative désincarnée dans une région complètement déserte et isolée.
En posant sa caméra à Namie, une ville fantôme encore peuplée malgré sa proximité avec la centrale nucléaire de Fukushima, le réalisateur questionne également ce qui pousse les irréductibles habitant·e·s de la région à vouloir continuer de vivre dans une zone abandonnée et contaminée. La rencontre avec un agriculteur lanceur d’alerte nous donne quelques éléments de réponse. Il refuse le statu quo sur le nucléaire et en a fait son combat pour que le Japon tire toutes les leçons de l’accident de Fukushima. Un combat qu’il mène malheureusement seul, dans l’indifférence générale, mais qui ne l’empêche pas de garder espoir. C’est cet esprit de résilience et de résistance, que semblent partager tous les protagonistes du film, qui permet au documentaire d’humaniser la question de l’utilisation du nucléaire, bien loin des considérations technocratiques.
Retour à Fukushima est un film sensible qui brosse le portrait de la région, à travers celles et ceux qui ont choisi d’y habiter envers et contre tout. Sans jamais le dire et en s’épargnant des grands discours techniques sur le nucléaire, ce documentaire poétique est profondément écologique en mettant nos modes de vie face à leur contradiction.