Oui, c’est à cette bourse aux pierres, de renommée internationale quand même, que deux inspecteurs, Crab et Conrad, sont envoyés pour surveiller l’événement. Mais, c’est là que la bague d’une ado, tout à fait irritante, disparaît. Les deux compères, qui préféreraient vraiment retrouver leur soleil du Sud, se lancent alors dans une enquête bien rebondissante pour retrouver le bijou. Le cadre du film est posé: un lieu, deux personnages, une quête. Tout ça pourrait paraître un peu trop criant de simplicité, mais c’est ici que la magie Claude Schmitz opère.
Cette histoire de bague est un prétexte. Ce qui nous intéresse ce sont les deux copains collègues flics, les inséparables, les deux acteurs dont le réalisateur ne se sépare jamais non plus, deux membres inconditionnels de son “alliance sauvage”, Francis Soetens et Rodolphe Burger, qu’on a déjà vus dans Braquer Poitiers (2019) et L’Autre Laurens (2023). Un duo de flics, à la démarche un peu lourde, à l’accent bien de chez nous pour Conrad, qui rêvaient mieux pour leur fin de carrière. À l’instar de ce plan initial plein de maladresse qui zoome et dézoome sur le bled où ils sont envoyés, les deux personnages, fragiles à souhait malgré leur dégaine de gros durs, évoluent à tâtons dans cette enquête, dans les rues de la ville, dans leurs interrogatoires, dans leurs relations.
Mais, ils évoluent. En posant leurs questions aux habitants (pour retrouver cette fichue bague disparue dans un bar), les deux copains se questionnent aussi sur les activités à faire aux alentours, sur ce qu’ils vont manger le soir, sur leur vie et sur ce qui les lie. Il y a quelque chose de si fragile dans les dialogues, dans les déplacements, dans les gestes, qui rend toute cette affaire très juste, très humaine et parfois, très drôle.
Au-delà du jeu juste, il y a les cadrages, les lumières, la photographie, l’esthétique particulière inhérente aux œuvres cinématographiques et théâtrales de Claude Schmitz. Les grandes étendues (ici les Vosges, les Cévennes dans Lucie perd son cheval, la Dordogne pour L’Autre Laurens) contrastent avec les scènes d’intérieur intimes et tamisées, le dehors et le dedans qui voient se rencontrer des bikers aux blousons de cuir et des policiers aux chemises fleuries perdus dans des nuages de fumée. Sans oublier un des plus fidèles compagnons du réalisateur, son compositeur Thomas Turine qui régale avec des mélodies qui résonnent à l’unisson avec les questionnements existentiels des deux héros et qui rythment leur quête chaotique et cette enquête pleine de suspense.
Sainte-Marie-aux-Mines, c’est un film de rencontres, celle du réalisateur et de sa fine équipe, celle des personnages avec un environnement, celle des personnages entre eux au comptoir d’un bar, celle d’un film avec ses spectateurs que Claude Schmitz déroute en brouillant les codes. En toile de fond, il s’agit avant tout d’authenticité, de fleurs, de spontanéité, d’errance, de silences gênés, de fidélité, une fidélité entre un metteur en scène et ses acteurs, entre deux personnages pour qui l’amitié prime sur le reste, entre des chiens et leur maître, rencontrés sur des aires d’autoroute...