Issa est venu du Niger faire ses études de cinéma à l’ISMA, l’Institut Supérieur des Métiers de l'Audiovisuel de Cotonou, au Bénin. Il veut réaliser avec deux amis un film sur le harcèlement que les femmes subissent trop souvent. Mais que savent-ils réellement du harcèlement, ces jeunes gens souriants et chaleureux ? À leur côté, fière, droite, leur amie Maïmouna. Trois jeunes gens, une jeune femme, un sujet qui la touche très intimement, une thématique dont ils veulent s’emparer ensemble. Mais Maïmouna questionne Issa et ses comparses sur leur légitimité à parler en tant qu’homme d’un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. Sans cesse, elle les interroge, les remet en question, les guide. Et eux, peu à peu, réfléchissent, se remettent en question, affinent leur point de vue sur ce « sujet sensible » qu’ils avaient peut-être pris avec un peu trop de légèreté. Ce qui s’échange alors entre eux, d’une grande sincérité, oblige l’écoute. Nina Hamzeh et Mathis Albet nous plongent au cœur des moments de vies de ces jeunes gens, leurs échanges autour d’un repas, leurs moments de discussions, de travail, d’écritures. Ici, faire un film passe d’abord et avant tout par une série d’échanges profonds, des moments d’écoutes attentives, de mises en commun de points de vus. La caméra participe de ces discussions, s’approche des mains, suit les regards, d’un visage à l’autre, d’un rire à l’autre. Vive, mais douce, elle nous immerge dans le groupe où la vie palpite, comme la fulgurance d’une balade en moto. Si Sujet sensible nous raconte l’histoire d’un film en train de se faire, il nous montre que créer est une aventure collective qui toujours, nous déplace de nous-mêmes, pourvu qu’on soit absolument sincère, c’est-à-dire, absolument présent à l’aventure, aux autres et à soi-même.
Sujet sensible de Nina Hamzeh & Mathis Albet
Ce que créer veut dire
Est-ce que créer n’implique pas toujours de faire en soi-même l’expérience d’une transformation ?
Sujet sensible décrit de bout en bout la mise en place d’une aventure artistique qui se joue à plusieurs. À plusieurs d’abord parce qu’on ne crée jamais vraiment seul. Ensuite, parce que les liens qui se tissent pendant un processus de création nous changent et engendrent autre chose que ce que nous avions imaginé. Un film simple et profond, sur l’amitié autant que sur l’art.
Prix Cinergie au Festival Millenium
En compétition au BAFF