Sur le tournage de Meurtres à Bouillon

Bouillon, nouveau décor d'une enquête belge ambitieuse

Deux ans après Meurtres à Tournai, la collection policière Meurtres à... revient en Belgique avec un épisode tourné au cœur de l'Ardenne. Réalisé par Lionel Delhaye, écrit par Gabrielle Borile et Pierre Penneman et porté par Carole Weyers et Léone François, Meurtres à Bouillon s'est lancé un pari ambitieux : produire une fiction populaire fortement ancrée dans son environnement, reposant essentiellement sur des financements belges. Reportage sur un tournage où se mêlent patrimoine, savoir-faire local et inventivité.

Il fait déjà plus de trente degrés lorsque nous arrivons à Bouillon ce jeudi 18 juin. Dominée par son célèbre château, la cité ardennaise accueille l'avant-dernier jour de tournage de Meurtres à Bouillon. Dans un bâtiment administratif transformé pour l'occasion en commissariat de police, les équipes s'activent entre deux prises. Dans moins de vingt-quatre heures, quinze jours de prises de vues toucheront à leur fin.

Lancée en 2013, la collection Meurtres à...s'est imposée comme l'un des rendez-vous réguliers de la fiction francophone. Son principe reste bien connu : une enquête policière étroitement liée à un territoire, un duo d'enquêteurs contraint de collaborer et une intrigue nourrie par l'histoire ou les particularités locales. Après Meurtres à Tournai, premier épisode belge diffusé en 2024, c'est désormais Bouillon qui sert de décor à cette nouvelle enquête.

Écrite par un duo - Gabrielle Borile et Pierre Penneman - la fiction débute par la découverte du corps d'un aristocrate près de la frontière franco-belge. L'affaire oblige Béatrice Meunier, inspectrice française interprétée par Carole Weyers (Braqueurs, Manhattan), à collaborer avec Zoé Delaunoy, jeune inspectrice belge incarnée par Léone François, vue elle aussi dans Braqueurs et récemment récompensée pour le court métrage Côté Cour. Entre les deux femmes, le courant ne passe guère. Un passé commun continue d'alimenter leurs tensions. Comme souvent dans la collection, les scénaristes se sont appuyés sur les spécificités locales pour construire leur intrigue.


Quand une ville devient un personnage

Pour les producteurs comme pour le réalisateur, Bouillon ne devait pas se résumer à une simple carte postale. "On a choisi une ville proche de la frontière avec la France pour pouvoir construire cette intrigue franco-belge. Mais surtout pour ce que la région avait à offrir en termes de décors, d'histoire et de patrimoine", explique le coproducteur Félix Lambot, qui pilote le film aux côtés d'Arnaud de Battice. Le château de Bouillon a évidemment joué un rôle déterminant dans ce choix. Mais il n'est pas le seul. "Ce qu'on veut mettre en avant avec un Meurtres à..., ça reste une localité. Que ce soit à travers ses décors ou les gens qui y travaillent."

Lionel Delhaye, qui signe ici son premier épisode de la collection, a rapidement été séduit par le potentiel visuel des lieux. "Le château est magnifique. C'est vraiment un voyage dans le temps. Mais il y a aussi la Semois, les paysages ardennais et ce contraste permanent entre les vieilles pierres et les décors contemporains." Le réalisateur insiste particulièrement sur cette dualité. "Il suffit parfois d'un travelling ou d'un panoramique pour passer d'un décor médiéval à quelque chose de totalement moderne. Il n'y a pas énormément de villes capables de créer ce contraste-là. C'est super intéressant pour l'histoire et très cinématographique." Les repérages ont également permis de découvrir des lieux moins connus. Une imposante scierie accueillera par exemple l'une des scènes importantes de la fiction. "Cette scierie est vraiment exceptionnelle. Je ne pense pas qu'on aurait pu trouver quelque chose d'aussi intéressant ailleurs. C'était un décor magnifique à filmer. "


Produire un Meurtres à... autrement

Derrière les caméras, Meurtres à Bouillonraconte aussi quelque chose de l'évolution actuelle du paysage audiovisuel belge. Le téléfilm est coproduit par les expérimentés d'AT-Production et Initial Film, une plus jeune société fondée par Félix Lambot. Contrairement à de nombreux épisodes précédents de la collection, France Télévisions n'intervient pas ici comme coproducteur, mais comme acheteur. "L'objectif était de faire un Meurtres à... en Belgique avec essentiellement des financements belges. C'était un véritable défi", détaille Lambot. Cette configuration a obligé les équipes à revoir certaines habitudes. "Nous sommes sur un financement plus restreint que les Meurtres à... classiques. On a réduit le temps de tournage, resserré le scénario, en essayant d'aller vraiment au cœur de ce qui compose un Meurtres à..."

Moins de jours de tournage, moins de personnages secondaires, moins de décors : chaque élément a été pensé pour préserver l'essentiel sans sacrifier l'ambition. "Nous avons essayé d'être malins. On sait par exemple que les fêtes médiévales de Bouillon auront lieu en août. Nous reviendrons tourner quelques images pour alimenter le montage. Nous ne pourrions évidemment jamais nous offrir plusieurs milliers de figurants en costumes d'époque."

Cette logique d'adaptation permanente a guidé l'ensemble de la fabrication. "On a fait un gros travail entre ce qu'on avait imaginé et la réalité du terrain. Le but est toujours de trouver le bon équilibre." Initial Film signe avec Meurtres à Bouillon sa première coproduction télévisuelle de cette ampleur. "Ce qui me passionne, c'est le développement des projets et le fait de suivre toute leur fabrication, de l'idée de départ jusqu'à la promotion.", dit encore Lambot.


Trouver l'alchimie en quinze jours

Devant la caméra, le duo formé par Carole Weyers et Léone François constitue l'un des moteurs du récit. Les deux actrices ne s'étaient pourtant jamais réellement rencontrées avant ce projet. "Nous avions joué toutes les deux dans Braqueurs sans travailler ensemble", rappelle Léone François. "Et nous jouions des tueuses à gages", ajoute Carole Weyers en riant. "Aujourd'hui, nous passons de l'autre côté puisque nous incarnons des inspectrices de police."

Le calendrier serré du tournage les a rapidement obligées à trouver leurs marques. "Nous avons fait des lectures et quelques répétitions en visio afin de comprendre la relation entre nos personnages. Elles doivent être en désaccord tout en se complétant." Léone François souligne l'importance de cette préparation. "Carole m'a proposé de travailler ensemble avant le début du tournage. Cela m'a permis d'arriver sur le plateau en étant déjà totalement en confiance par rapport à ce que nous allions proposer."

Toutes deux reconnaissent que le rythme soutenu du tournage a finalement joué en faveur du duo. "Nous avons été obligées de trouver immédiatement notre alchimie", résume Carole Weyers."Je suis rentrée dans son énergie de travail", complète Léone François. "Cela nous a permis de construire quelque chose très vite." Le réalisateur confirme leur implication. "Léone et Carole ont énormément collaboré, même sans moi. Elles ont répété, préparé des questions, fait des remarques. Elles ont beaucoup apporté au scénario et à la caractérisation de leurs personnages."


La patte Lionel Delhaye

Passé par les séries quotidiennes françaises Demain nous appartient et Ici tout commence, Lionel Delhaye voit dans Meurtres à Bouillon une étape importante avant son premier long métrage, qu'il espère tourner l'année prochaine en Ardenne. "Quand Félix m'a appelé, j'ai directement sauté sur l'occasion. C'était une superbe opportunité." Le réalisateur a participé très tôt au développement du film. "J'ai lu une première version du scénario et j'ai pu faire des retours scénaristiques. Nous avons aussi adapté certaines choses en fonction des décors, des disponibilités et du plan de travail." Sur le plan visuel, il souhaitait éviter une mise en scène trop statique. Face au calendrier resserré, Delhaye a ponctuellement eu recours à deux caméras afin d'optimiser certaines journées de tournage. "Pour moi, c'était important de commencer avec une mise en scène sur pied ou sur travelling puis de passer progressivement à l'épaule lorsqu'il y a davantage de tension et que les enquêtrices se rapprochent du coupable."

Le réalisateur revendique également son goût pour les plans-séquences. "J'aime beaucoup faire bouger les comédiens et construire des plans-séquences. On en retrouvera plusieurs dans ce Meurtres à Bouillon." Au-delà du film lui-même, Lionel Delhaye voit aussi dans cette production un signal positif pour le secteur. "Je trouve ça formidable que la RTBF continue à produire des projets comme celui-ci. Nous n'avons pas à rougir de nos équipes belges, de nos techniciens ou de nos réalisateurs. Nous sommes capables de faire un excellent travail malgré des moyens parfois plus limités."


Le pari d'une équipe belge

Au fil de la journée, une évidence s'est imposée : en marge d'une enquête policière, Meurtres à Bouillon reste avant tout une aventure collective. Une trentaine de personnes travaillent quotidiennement sur le plateau. Autour des deux actrices principales gravitent entre autres Benjamin Ramon (Trentenaires), Vincent Lecuyer (Pandore), Valérie Bauchau (La Trêve) ou Mehdi Zekhnini (Sous le vent des Marquises). La commune de Bouillon, le château et plusieurs acteurs locaux ont également apporté leur soutien au projet. "Ils nous ont énormément aidés pendant le développement, la préparation et le tournage", souligne Félix Lambot.

À l'heure où d'autres épisodes belges de la collection sont évoqués du côté de Bruxelles ou de Waterloo, même si Félix Lambot n'est pas impliqué dans ceux-ci, Meurtres à Bouillon démontre surtout qu'il reste possible de produire des fictions ambitieuses en s'appuyant sur les ressources locales, l'expérience des équipes belges et une solide dose d'inventivité. Lorsque les caméras s'éteignent en cette fin de journée, le montage a déjà commencé depuis plusieurs jours. D'ici quelques mois, les téléspectateurs découvriront à leur tour comment Bouillon est devenue, le temps d'une enquête, un personnage à part entière.