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Tantalum de Matthias De Groof

Tantale, par son hubris et son arrogance face aux Dieux, est forcé d’avoir faim pour l’éternité au milieu de l’abondance. N’est-ce pas le destin scellé de l’humanité ? Ne reproduit-on pas à l’infini les mêmes erreurs mortifères ?

Le court documentaire Tantalum, à travers sa photographie pop et son humour décalé, nous emmène dans le circuit délirant du tantale, métal puisé au Congo et destiné à fabriquer nos armes de guerre, nos caméras et nos consoles de jeu.

Okanda Doka, dont le fils a été la victime d’un groupe rebelle dirigeant le trafic du métal, se voit obligé d’extraire le tantale pour subvenir à ses besoins. Il gagne 3 dollars quand le produit en vaut 970 sur le marché noir. Après la contamination de sa culture par le tantale, Benga est quant à elle contrainte de faire partie de cette contrebande. Elle contourne d’ailleurs l’embargo posé contre les métaux servant aux conflits et l’interdiction du travail des enfants grâce à l’organisme Fair Hope, servant de façade humanitaire et de financement à ces bien plus sombres desseins. Le tantale est en fait au centre d’un vaste conflit armé alimenté par notre propre abondance occidentale et notre surconsommation vorace. Dans un monde a priori critique d’excès passés, nous sommes frappés par l’hypocrisie de ce cercle vicieux empreint de néocolonialisme.

Le film tente de tisser le long périple absurde et insensé des échanges commerciaux liés au tantale pour démontrer d’un ton ironique les écarts dantesques entre les différentes façons de consommer à travers le monde. Tantalum ne peut réparer cette destruction, mais accentue un besoin d’indignation et un questionnement de notre humanité par rapport au monde.