Mais comment vivre un deuil lorsque l’on n’a que 12 ans, particulièrement lorsqu’il s’agit de la personne dont on est le plus proche, sur laquelle tout reposait ? Quand elle voit le corps de Younès à la morgue, Eya n’a pas envie de l’embrasser sur le front, elle ne comprend pas que c’est sa dernière occasion de le faire… Par ailleurs, il est peut-être difficile d’admettre que la vie continue : le jour du décès de Younès, Eya apprend également deux bonnes nouvelles : un ami a réussi l’examen du barreau, et sa sœur aînée et le meilleur ami de Younès lui apprennent qu’ils sont en couple… mais il est bien difficile de s’en réjouir… Eya n’est encore qu’une fillette ordinaire, studieuse, qui aime ses ami(e)s et l’école. Elle prépare sa campagne pour être déléguée de classe, répète une nouvelle chorégraphie qu’elle a inventée… Son univers si simple (bien qu’il balance entre trois cultures linguistiques) est ébranlé par le choc, ce vide abrupt impossible à combler, mais Eya n’en laisse rien paraître. Elle est entourée, mais personne ne lui explique rien ni ne lui parle vraiment. On lui dit des platitudes, qu’elle doit être forte pour sa mère, son père et sa sœur, qui ont besoin d’elle, mais personne ne sait vraiment comment on console une gamine de 12 ans dans de telles circonstances...
C’est avec le soutien des amis du défunt qu’Eya va surmonter cette épreuve, mais aussi grâce à son inventivité : elle continue (et continuera peut-être longtemps) à laisser des messages vocaux sur la messagerie de son frère, comme elle en avait l’habitude. Elle se lance également dans la rédaction d’un discours destiné au bourgmestre, dans l’espoir que sa rue soit renommée « Younès Straat » en hommage à son grand frère…
Maja Ajmia Yde Zellama prolonge avec ce premier long métrage les thématiques abordées dans son court Okht Elmarhoum (La Sœur du défunt) (2021), qui racontait la même histoire et dans lequel elle explorait déjà le point de vue d’une jeune fille en quête de repères après une perte. Têtes brûlées approfondit ce thème avec une approche minimaliste, pour livrer un portrait tendre et nuancé du chagrin, de la résilience et de l’imagination, interprété avec délicatesse par la jeune et talentueuse Safa Gharbaoui. Le résultat est un film attachant, qui ne dévoile sa grande force que dans des moments calmes et anodins.