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The Sessions de Sien Versteyhe

Dans le documentaire The Sessions, Sien Versteyhe nous fait découvrir le quotidien tumultueux d’une jeune gantoise en proie à un traumatisme profond à la suite d’une agression sexuelle, une jeune femme tenace face à l’adversité d’un système judiciaire en manque d’effectifs et de moyens pour traiter sa plainte avec efficacité.


Lors de la séance réservée aux professionnel·le·s au Palace le 10 septembre dernier, l’ambassadrice Maïté Meeûs (fondatrice du collectif Balance ton bar et du collectif Artémise, offrant un accompagnement psychologique gratuit aux personnes ayant subi des violences sexuelles) et la réalisatrice sont venues présenter leurs points de vue sur le film et sa problématique brûlante.

Selon la première, l’héroïne du film est un exemple criant d’une combattante au sein de notre système imparfait. Pour la seconde, une question claire se pose : comment entraver les processus bancals, voire sisyphéens, de la justice en matière de droiture face au phénomène si répandu, mais si peu relayé des violences sexistes et sexuelles ? Une cinquantaine de professionnel·le·s formait le public. Iels étaient issu·e·s de divers secteurs flamands concernés par cette problématique. Un enquêteur de police spécialisé dans les enquêtes d’agressions sexuelles était aussi présent pour lever le voile sur les flous et les obstacles de sa profession. Le clou dans le mécanisme de la justice reste probant…

Dans le documentaire, la protagoniste rencontre une psychothérapeute au sein d’un CPVS (Centre de Prise en charge des Violences Sexuelles). Entre 2017 et 2025, ceux-ci ont accueilli plus de 22 500 victimes. En 2023, le ministère public a ouvert plus de 11 000 dossiers relatifs à des viols et à des atteintes à l’intégrité sexuelle. Seule une part très faible de ces affaires conduit à une condamnation. D’autres chiffres en disent long sur la relation intime vécue avec le malfaiteur et l’aspect systémique de ce fléau : 62% des auteurs sont connus par la victime et 90% des victimes sont des femmes.

Comme l’avance Sien Versteyhe, il est important de se questionner sur la façon dont notre système judiciaire atteint ses limites au moment où les violences sexuelles émergent sans témoins et restent souvent impunies. Nous sommes donc plongé·e·s dans l’intimité et le quotidien de la jeune victime en pleine reconstruction. Une grande partie des scènes a lieu avec sa thérapeute lui posant des questions sur son vécu. On apprend ainsi les méthodes de la psychologue pour qu’elle guérisse de ses blessures sans la dénuder trop vite de son intériorité et remuer le fer dans la plaie. On la suit aussi dans son processus réflexif à travers ces déplacements et dans sa chambre où elle s’entretient avec la police, elle aussi dépourvue de moyens pour améliorer son quotidien et faire avancer sa quête de justice. Une juriste en charge du dossier est aussi dubitative face à son avancement immédiat, mais optimiste quant à sa gestion sur le long terme. On ne voit d’ailleurs jamais le visage de la victime à découvert de face dans les plans du film. On la voit de biais, de profil, mécanisme présent tout le long du documentaire ajoutant un malaise latent et oppressant pour les spectateurices et un outil salvateur et anonyme pour la victime. À travers cette intériorité et ces émotions fortes, les spectateurices ne peuvent que ressentir de la compersion et de la compassion pour les hauts et les bas de cette battante remontant doucement, mais sûrement la pente.


Le film sort en salles et dans les centres culturels la semaine du 28 septembre.