Nabil Altawil et Qusay Awad sont tous deux réfugiés syriens à Berlin. Leur relation est celle d'une amitié amoureuse faite de tendresse et de complicité, de moments de silence partagés, de caresses et de soutien. Le montage alterne les scènes intimes qui invitent à la rêverie et à la solidarité amoureuse et celles d'images de Syrie où commence la révolution citoyenne qui sera réprimée avec une grande violence et le commencement de la guerre.
La réalisatrice souhaite donner un regard queer sur les hommes arabes et sur la façon dont on les regarde et les juge habituellement. Elle utilise un langage cinématographique hybride, non binaire entre fiction et documentaire en proposant une palette très large de l'image filmée : scènes en ralenti ou accéléré, images floutées et pixellisées, images nocturnes où les yeux brillent. Ce regard queer est manifeste dans le montage dont ces splendides coupes entre des images d'une Syrie post Bachar Al-Assad et une bobine de fil que l'on déroule. Violence collective et préciosité de la couture.
Les discussions entre les deux amis reflètent leur réflexion sur l'intimité, la guerre et la révolution. La poésie rejoint le politique dans une grande harmonie ainsi que le personnel et le collectif. Lors d'une manifestation pro palestinienne à Berlin, Nabil est arrêté. Qusay tente alors de le retrouver par tous les moyens et interroge sur les violences policières partout à l'œuvre, répondant aux violences étatiques de la dictature syrienne : être criminalisé quand on se soulève contre les criminels. Lorsque Nabil est libéré, il décide de retourner en Syrie après la chute de Bachar Al-Assad pour espérer voir la renaissance de son pays. Il va découvrir et témoigner de nouvelles formes de violence parfois insoutenable où des groupes armés de tous horizons décident de prendre pour cibles des populations considérées comme complices de l'ancien régime, notamment la communauté druze. La scène de la prise d'otage dans un hôpital et de l'exécution sommaire d'un homme est particulièrement terrifiante. La violence remplace la violence et l'espoir de la guérison d'un pays s'éloigne.
Les symboles de l'olivier et du feu sont très présents à la fois comme éléments de partage et de douceur, mais aussi comme images de destruction et séparatrice des êtres (les oliviers en train de brûler). Les olives deviennent des présents que ces deux hommes se font comme des offrandes à la vie et à la complicité.
Malgré certains moments de confusion où les scènes chaotiques de la Syrie alternent avec l'intimité des deux hommes, la réalisatrice réussit à démonter les stéréotypes sur l'homme arabe forcément extrémiste et forcément terroriste et malgré les violences à l'œuvre, elle parvient à déployer un monde de douceur et de tendresse rarement vues.