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Jan Bucquoy

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Le déclic...

Jan Bucquoy

La France l'a échappé belle

En mai 68, j'étais un étudiant presque modèle à Strasbourg en Sciences-Po et à l'Ecole Supérieure d'Art Dramatique, quand j'ai rencontré des jeunes gens faisant partie de l'internationale situationniste. Ils m'ont fait lire le texte suivant d'un autre Belge : Raoul Vaneigem.
Lettre à l'Union des Ecrivains,
"Pourritures, croûtons moisis de vespasiennes intellectuelles, connards, il faut que l'odeur de votre propre décomposition vous monte à la tête pour que vous vous égariez au point de proposer à un situationniste d'adhérer à la dernière de vos petites saletés. Vous êtes les ratés de vingt ans de misères et de mensonges. On vous connaît, salopes.
"Ce qui s'est passé récemment en France a fait apparaître, entre autres choses, la honteuse nullité de l'époque où vous vivez. Mais quand vous avez quand même cru, carpettes, qu'il y avait encore quelques crachats à capitaliser en refaisant parler de vous, en re-pétitionnant, en vous reconstituant en commissions idéologiques et autres, en prétendant à une loge de concierge dans la Maison des Gens de Lettres.
"Imbéciles ! Vous êtes tous aussi usés que votre bourguibiste de Duvignaud, que votre inqualifiable Sartre, que votre ridicule Faye qui aspire à compter les sous de votre petite trésorerie.
"Vous allez comprendre bientôt que l'heure de ce genre de plaisanteries est finie pour vous. Les temps changent. A la prochaine on vous crèvera, charognes."

Cette lettre date de juin 1968, c'est la réponse de Vaneigem à une lettre qu'il reçut de l' "Union des Ecrivains", une circulaire qui lui proposait tout simplement d'y adhérer; demandant s'il entendait "participer aux travaux de la commission professionnelle (C.P.), ou de la commission idéologique (CI), ou des deux"; et s'il voulait bien envoyer trente francs à Jean-Pierre Faye.
Ce texte m'a fait comprendre qu'il fallait mener d'autres combats réunissant l'imaginaire, le savoir et l'audace. Et qu'il fallait instaurer une dialectique entre le réel et le faux. Le cinéma me paraissait l'outil le plus opportun.
Après des agissements sur lesquels je ne m'étendrai pas, les autorités du coin m'ont reconduit à la frontière luxembourgeoise. De là, j'ai fait du stop jusqu'à Bruxelles et j'ai passé l'examen d'entrée à l'INSAS. Contre toute attente, j'ai été reçu, sans doute à cause du vent de folie qui avait atteint cet institut devenu depuis très respectable. Même si j'ai attendu vingt-cinq ans avant de faire du cinéma, je crois que sans cette lettre je serais resté à Strasbourg, devenu Français et aujourd'hui peut-être candidat à l'élection présidentielle. La France l'a échappé belle.

Jan Bucquoy