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Henri Storck

Henri Storck

Métier : Réalisateur

Biographie

Henri Storck est un cinéaste et documentariste belge né à Ostende le 5 septembre 1907 et décédé à Uccle (Bruxelles) le 17 septembre 1999.

Auteur de plus de soixante films, célèbre pour des courts-métrages comme Misère au Borinage, son nom reste associé durablement à l’école documentaire belge, un peu à la manière d’un John Grierson dans le cas du mouvement britannique. Henri Storck commence par tourner des essais documentaires d'avant-garde sur sa ville natale puis, il expérimente le found footage et réalise quelques films militants. Il travaille pendant l'occupation allemande1. A la Libération, il devient en Belgique un cinéaste au statut quasi officiel, le Père du documentaire belge. Il a inspiré de nombreux cinéastes belges et les frères Dardenne, recevant la palme d'or pour Rosetta, lui ont rendu hommage.

Galerie photos

Filmographie

1927-1928

  • Films d'amateur sur Ostende

1929-1930

  • Pour vos beaux yeux - 8 min
  • Images d'Ostende - 12 min

1930

  • Une pêche au hareng - 15 min
  • le Service de sauvetage à la côte belge - 18 min
  • Ostende, reine des plages - 11 min
  • Les Fêtes du Centenaire - 7 min
  • Trains de plaisir - 8 min
  • Films abstraits dessinés sur pellicule
  • La Mort de Vénus - 10 min
  • Suzanne au bain - 10 min

1931

  • Une idylle à la plage - 35 min
  • Daïnah la métisse de Jean Grémillon : Assistant réalisateur

1932

  • Les Travaux du tunnel sous l'Escaut - 20 min
  • Histoire du soldat inconnu - 10 min (une version sonorisée existe depuis 1959)
  • Sur les bords de la caméra - 10 min

1933

  • Trois vies et une corde - 33 min
  • Misère au Borinage - 28 min (réalisé avec Joris Ivens ; une version sonorisée existe depuis 1963)

1934

  • Création d'ulcères artificiels chez le chien - 15 min
  • La Production sélective du réseau à 70 kVA - 20 min

1935

  • Électrification de la ligne Bruxelles-Anvers - 20 min
  • L'Ile de Pâques - 26 min
  • Le Trois-mâts Mercator - 23 min
  • Cap au Sud - 25 min
  • L'Industrie de la tapisserie et du meuble sculpté - 13 min
  • Le Coton - 13 min

1936

  • Les Carillons - 13 min
  • Les Jeux de l'été et de la mer - 14 min
  • Sur les routes de l'été - 15 min
  • Regards sur la Belgique ancienne - 20 min

1937

  • La Belgique nouvelle - 26 min
  • Un ennemi public - 27 min
  • Les Maisons de la misère - 30 min

1938

  • Comme une lettre à la poste - 25 min
  • La Roue de la fortune - 15 min
  • Terre de Flandre - 11 min
  • Vacances - 11 min
  • Le Patron est mort - 31 min
  • Pour le droit et la liberté à Courtrai12 - 13 min

1940

  • La Foire internationale de Bruxelles - inachevé

1942-1944

  • Symphonie paysanne : Le Printemps - 31 min
  • Symphonie paysanne : l'Été - 23 min
  • Symphonie paysanne : Noces paysannes - 19 min
  • Symphonie paysanne : l'Automne - 20 min
  • Symphonie paysanne : l'Hiver - 22 min

1945

  • Rencontre d'artistes - 7 min

1946

  • Le Monde de Paul Delvaux - 11 min

1947

  • La Joie de revivre - 13 min

1948

  • Rubens - 65 min (réalisé avec Paul Haesaerts)

1949

  • Au carrefour de la vie - 28 min

1950

  • Carnaval - 15 min

1951

  • Le Banquet des fraudeurs - 90 min avec Françoise Rosay, Raymond Pellegrin, Arthur Devère, Paul Frankeur, Jean-Pierre Kérien, Marguerite Daulboys, etc.

1952

  • La Fenêtre ouverte - 18 min

1953

  • Herman Teirlinck - 55 min

1954

  • Les Belges et la mer - 15 min
  • Les Portes de la nation - 15 min

1953-1954

  • Le Tour du monde en bateau-stop - 20 min

1955

  • Le Trésor d'Ostende - 24 min
  • Dix reportages sur le Congo belge, l'Argentine et le Brésil

1956

  • Décembre, mois des enfants - 21 min 30 s

1957

  • Couleur de feu - 45 min

1960

  • Les Gestes du silence - 15 min

1961

  • Les Dieux du feu - 12 min
  • L'Énergie est à vous - 20 min (réalisé avec Philippe Arthuys)

1962

  • Variations sur le geste - 23 min
  • Le Bonheur d'être aimé ou Félix Labisse - 14 min
  • Les Malheurs de la guerre - 11 min

1963

  • Plastiques

1964

  • Matières nouvelles - 17 min
  • Enquête sociologique en Yougoslavie

1965

  • Le Musée vivant - 34 min

1970-1971

  • Paul Delvaux, ou les femmes défendues - 18 min
  • Fêtes de Belgique : Le Carnaval d'Ostende - 12 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : Le Mardi gras à Alost - 11 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : Le Carnaval de Malmédy - 12 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : Le Théâtre de rues à Malmedy - 11 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : Les Gilles de Binche - 26 min
  • Fêtes de Belgique : La Plantation de Meyboom et le théâtre de Toone à Bruxelles - 14 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : La Procession du Saint-Sang à Bruges, les pénitents de Furnes - 12 min 45 s
  • Fêtes de Belgique : Les Blancs Moussîs de Stavelot et la Ducasse de Mons - 13 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : La Passion du Christ à Lessines et à Ligny
  • Fêtes de Belgique : Les Fêtes d'Outremeuse à Liège - 14 min 30 s
  • Fêtes de Belgique : Les Chinels de Fosses
  • Fêtes de Belgique : Les Grands-més de La Louvière
  • Fêtes de Belgique : le Tir des Campes à Liège - 12 min

1975

  • Fifres et tambours d'entre Sambre et Meuse - 21 min
  • Les Marcheurs de Sainte Rolande - 17 min
  • Les Joyeux tromblons - 16 min

1978

  • Le Chant du peintre - 11 min

1985

  • Permeke - 90 min (réalisé avec Patrick Conrad)

Le déclic...

Henri Storck

Quatre chevaux blancs fonçaient sur les spectateurs

Avant la guerre de 1914 mes parents s'installèrent à Ostende, dans la rue d'Ouest. En face de notre magasin de chaussures, un ami de mon père ouvrit une vaste halle où l'on vendait des légumes et des poulets et des douzaines d'autres produits alimentaires. Cette initiative sans doute trop nouvelle pour l'époque n'ayant pas connu le succès espéré, mon père suggéra à son ami de transformer cet énorme local en salle de cinéma. Le résultat fut la création d'un lieu magique baptisé Cinéma Palace. De grandes peintures murales plongeaient les spectateurs dans l'univers de l'Egypte ancienne, avec son Sphinx monumental, ses pyramides, ses palmiers, ses files de chameaux, la vie grouillante du Caire et d'Alexandrie. Le pianiste semblait s'amuser beaucoup, toujours très inventif, soit qu'il improvisât, soit qu'il suivît une partition écrite spécialement pour le film, ou encore qu'il jouât des airs du répertoire d'après des indications jointes à la copie du film. Adroit comme un singe, il manipulait en virtuose une batterie d'objets disposés à côté de son piano : pistolets pour les coups de revolver des crimes passionnels, castagnettes pour imiter le bruit des sabots des chevaux, graines de plomb glissant sur une toile pour le bruit des vagues, seaux d'eau et éponges pour le bruit des gouttes de pluie. Du haut de ma petite chambre située de l'autre côté de la rue, j'entendais les sons du piano, ce qui me permettait de comprendre le genre de film dont il s'agissait; une farce comique, un drame bourgeois, une comédie sentimentale ou encore une violente tempête en mer ou une galopade de chevaux emballés. L'accompagnement musical excitait mon imagination et je m'endormais la tête pleine d'images. La cabine de projection était suspendue au plafond de la salle. C'était une sorte de nacelle en tôle très exiguë où il y avait juste la place pour un projecteur et pour le projectionniste. Celui-ci était un géant roux qui maniait avec dextérité les bobines de pellicule (inflammable), le torse nu à cause de la chaleur qui régnait dans ce minuscule habitacle. J'allais parfois le rejoindre par les toits et je m'asseyais sagement à côté de lui, émerveillé par son adresse et son bon sourire. A la fin de chaque représentation, le pianiste jouait un air connu de tous et chacun fredonnait en quittant la salle : "Au revoir et merci, merci, merci" etc.
Mais il y avait d'autres salles à Ostende et lorsque j'eus six ou sept ans, mes parents, séduits par le Cinématographe, m'emmenèrent voir le fameux film italien Quo Vadis (de Enrico Guazzoni) dans une grande brasserie plongée dans la fumée des pipes et des cigares et où l'on s'attablait devant l'écran en buvant un verre de bière. Au moment de la fameuse course de chars surgirent sur l'écran quatre chevaux blancs qui fonçaient sur les spectateurs. Je hurlai de peur; mes parents durent me ramener à la maison où je fis une grosse fièvre toute la nuit, comme me le raconta ma mère. Ce fut là mon baptême cinématographique. Et c'est tout naturellement que je me pris d'amour vers l'âge de huit ans pour le cinéma, lorsque Saint-Nicolas m'apporta un superbe petit projecteur sur lequel on déroulait à la main des films de 35 mm. Je dois dire que la visite de Saint-Nicolas dans son grand manteau rouge et sa mitre d'évêque accompagné de son valet le visage noirci m'impressionna fortement. Je pense que ce sont ces souvenirs et émotions d'enfance et le souci de mes parents de m'intéresser au cinéma (ils m'offrirent encore une caméra et un projecteur Pathé Baby) qui provoquèrent ma passion des films (il y avait deux salles dans notre rue) et finalement, le coup de foudre du film Moana de Flaherty au Club du Cinéma de Bruxelles, qui m'incita à fonder avec des amis le Club d'Ostende en 1928, qui m'emmenèrent doucement mais sûrement à me lancer dans ce beau métier qui est le nôtre.

Henri Storck

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