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Juillet-aout 2002
01/07/2002
 

Bonne cuvée, la Promotion 2002 de l’IAD

Ce sont plus de six cents personnes qui se sont pressées ce mardi 18 juin dans deux salles de l’UGC de Louvain-la-Neuve (exit les salles exiguës, surchauffées et moins bien équipées de l’Agora, tant pis pour la tradition, tant mieux pour la qualité...) pour assister à la projection, devant jury, de l’ensemble des travaux réalisés cette année à l’Institut des Arts et de Diffusion (IAD).

Quinze courts métrages, pas moins, pour rendre compte du savoir-faire et du talent des étudiants de licence en réalisation cinéma, radio-télévision, multimédia et théâtre, ainsi que des futurs gradués en son, montage et scripte, image et multimédia d’une école dont on ne compte plus les anciens étudiants aujourd’hui internationalement reconnus.

Salles combles, public constitué d’élèves en dernière ligne droite avant leur diplôme, de professeurs, d’invités ayant participé aux films ainsi que de professionnels avides de découvrir à la source les futurs acteurs de l’audiovisuel et du cinéma belge de demain, tout était en place pour quatre heures de découverte totale au pays du court.
Comme chaque année, et un peu plus encore cette fois avec les possibilités dolby et 35 mm, cette séance est un petit festival de courts métrages se déroulant dans les conditions les plus professionnelles, véritable baptême augurant ce que tous auront à rencontrer, et on l’espère avec succès et des prix à la clé, dans leur carrière.
Le programme très varié proposait des films sur différent supports et de différentes techniques, vidéo, 35mm, images de synthèse, ainsi qu’un large éventail de ce qui peut se faire en matière de courts, du reportage documentaire pur et dur à la chronique frisant le home vidéo en passant par la fiction, sans oublier le film outil de provocation et de subversion.

En matière de reportage classique, rien de bien nouveau sinon une évidente qualité de finition et des sujets que l’on se réjouit d’avoir vu traités avec autant de maîtrise par de jeunes réalisateurs. Je pense ici à la vieillesse superbement évoquée dans l’Âge Selon Elise d’Agnès Ryckel ou l’immigration clandestine travaillée en prise directe avec ces jeunes Marocains candidats à un exil incertain et dangereux de Casablanca, les Harragas, dans Brûleurs de frontières de Mouhssine El Badaoui.


L'Age selon Elise

Brûleurs de frontières

Comme toujours, la fiction est le genre le plus risqué parce que le plus difficile à gérer dans le cadre limité et contraint d’un travail de fin d’études. Mais cette année plusieurs étudiants s’y sont jetés, avec plus ou moins de réussite. C’est le cas du très cynique et très décapant film de Dominique Reding Belgi’x vs Atomi'x, qui raconte la concurrence sans merci entre deux sex-shops, film dégoulinant de clin d’œils plus graveleux les uns que les autres mais où l’on relève la performance d’acteur d’Eric De Staerke ainsi que le passage jubilatoire devant la camera de Benoît Lamy dans le rôle de Fred Copula – « allusion ectoplasme » aux réalisateurs X bien connus des décryptophiles. Autre fiction, versant carrément dans le domaine fantastique celle là, Un pied dans la tombe d’Antoine Bours qui, au détour d’une étrange rencontre entre un attardé mental et une belle veuve nécrophile, mêle dans sa narration cinéma traditionnel de genre (avec des faiblesses de rythme et de direction d’acteurs mais rempli de petites idées tout à fait réjouissantes) et animation fantasmatique.


Belgi'x vs Atomi'x

Un pied dans la tombe


Dans un genre plus sévère et pas forcément plus facile à faire passer (on dit souvent à tort qu’il est moins risqué d’essayer de faire réfléchir ou pleurer, mais dans chaque cas, c’est quand c’est loupé que cela dérange) l’Impossible Échappée de Stéphane Papet nous emmène avec un texte aussi superbe que remarquablement lu vers une introspection sans fard et fort pertinente quant à nos attentes et nos angoisses face au monde et à la vie en société.

La meilleure et plus grande surprise est venue d’un film aussi improbable que provocateur dans sa forme : le document paranoïaque , pastiche cynique du journalisme d’investigation clignant aimablement de l’œil à tout un pan de la production américaine friande d’événements et de phénomènes paranormaux. X-Film nous présente avec soin et sérieux dans sa construction et sa réalisation générale (sérieux qu’il n’a pas dû toujours être facile de tenir sur le plateau de tournage) les travaux de recherche d’un étudiant, ici le réalisateur jouant son quasi propre rôle, enquêtant sur un mystérieux film saisi par les autorités... Mais de quelles autorités peut-il s’agir et surtout de quelle autorité et au nom de quoi la saisie d’un film de fin d’étude anodin peut-elle trouver un sens ? Réponse à la fin abyssale de ce premier film de Gilles de Voghel, un réalisateur à la personnalité éclatante qui ne manquera certainement de faire encore parler de lui et de ses films, tenez-le-vous pour dit.
Cette séance amplement plus cinématographique que scolaire se clôtura par la projection des travaux de la section multimédia dont c’est la deuxième promotion depuis sa toute récente création et ajout comme option dans l’éventail des formations de l’IAD.


X-Film

Craps et voltiges

La Corne du diable

Moonwalker


Plusieurs films proposaient donc des travaux constitués d’images de synthèse seules (le peut-être classique mais parfaitement bien maîtrisé Craps et Voltige de Eric Pecher) mais également un conte tourné avec des acteurs réels dans un décor virtuel (la Corne du Diable de Valérie Brassine), un travail virtuose mais peut être trop ambitieux pour une technique aussi exigeante. Dans le lot, un film plus original, avec des comédiens réels regardant un film en images de synthèse mêlant animations 3d virtuelles en parallèle : Moonwalker de Denis Brise et Badi Soussi relate humoristiquement les premiers pas de l’homme sur la Lune mais avec une pointe de surréalisme non déguisée et une mise en abyme finale du plus bel effet. À signaler les prises de vues réelles tout à fait « sixtisées », signées Gilles de Voghel, quand je vous disais qu’on en reparlerait...

Philippe DEPREZ

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