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Sur le tournage de "Music Hole" de Gaëtan Liekens et David Mutzenmacher

Publié le 29/10/2018 par David Hainaut et Tom Sohet / Catégorie: Tournage

Les malheurs de Wim

Vingt-cinq jours. C'est ce que vient de nécessiter le tournage de Music Hole, premier long-métrage d'un étonnant duo composé du Belge Gaëtan Liekens et du Français David Mutzenmacher, deux réalisateurs remarqués en 2014 grâce à un court (José), sélectionné à l'époque au Festival du Film Indépendant de New York, signé avec un troisième larron, Alexandre Bouchet.
Quatre ans plus tard, les deux premiers viennent donc de boucler cette comédie emmenée par Wim Willaert. Prévue pour janvier 2020, elle bénéficie déjà d'un préachat d'une chaîne de télé belge, Be TV. Visite, sur le plateau.

Octobre 2018. C'est dans un restaurant, situé dans la cave de la majestueuse Basilique de Koekelberg, qu'au beau milieu du tournage, la production nous a fixé rendez-vous, pour une petite escapade sur le plateau de Music Hole. Comme souvent, l'endroit d'origine a été transformé pour l'occasion, en "cabaret miteux" exactement, puisque c'est là que travaille comme comptable Francis, le héros central du film, campé par Wim Willaert. "Pour une fois, ce n'est pas mon inconscient qui m'a guidé vers ce rôle", dit-il. "C'est seulement après avoir lu le scénario et avoir vu José, de ces deux réalisateurs. J'ai trouvé ce court-métrage bien de chez nous et drôle comme rarement, alors qu'il a été réalisé par un Belge et ...deux Français. C'est incroyable, non?"

Voilà ce que déclare d'emblée, avec son enthousiasme habituel, ce comédien flamand de 51 ans, tournant aussi bien au nord (Ensor du Meilleur acteur 2013 pour Offline) qu'au sud (Magritte du meilleur acteur 2016 pour Je suis mort mais j'ai des amis) du pays. "Ici ou ailleurs, je savoure chaque jour qui passe", dit-il encore. "Je suis fier d'être belge, de parler anglais, allemand et français. Et j'adore travailler dans votre langue. Car dans un autre langage, vous êtes toujours quelqu'un d'autre!"

Un polar burlesque, parfumé de gueuze!

L'histoire de Music Hole, évoquons-la. En proie à des soucis conjugaux avec Martine, son épouse, il se frite avec elle. Mais un matin, dans son congélateur, il découvre... une mauvaise nouvelle! Tel est le point de départ aussi loufoque que macabre de ce long-métrage annoncé par ses créateurs comme un polar burlesque, parfumé de gueuze bien fraîche, de musique tzigane, sous fond de déni de la désagrégation du couple, où vont se croiser toutes les variétés de névroses et de folie. "Vous l'avez peut-être compris", détaille David Mutzenmacher, l'un des deux réalisateurs, "Il y a pas mal de similitudes avec l'esprit de notre court. Mais dans le fond, c'est plus construit que José, car en plus du burlesque et des rebondissements, on tente de raconter quelque chose derrière, en traitant de sujets un peu compliqués. Avec de la caricature, de l'absurde et de l'humour."

Son comparse Gaëtan Liekens, qualifiant son homologue de "faux-français", rajoute: "On croit au pari de ce long, car on a la chance d'avoir une belle équipe et des décors extras, comme un bistrot, un garage et un camp de gitans. Mais aussi deux géants venus de Serbie! (rire), et des studios où on a pu reconstituer plusieurs lieux du film, grâce à Luc Noël et son équipe". Sans oublier à l'image, l'expérimenté Bruno Degrave (BXL/USA, Zone Blanche...). "Nous en fait, on est juste deux petites perruches!" (rire)

Sur les traces de ...Pierre Richard?

Willaert, qui a souvent concédé aimer être dirigé par un "chef" sur un plateau, semble faire ici exception. "C'est vrai que ce ne sont pas vraiment des chefs (sourire), mais ils savent ce qu'ils veulent et ils sont sérieux quand il le faut. Un est le yin, l'autre et le yang. Ils créent un équilibre en veillant chacun sur quelque chose de différent, et ça marche!", explique l'acteur. "Ce film, c'est un peu un Pierre Richard de la grande époque. Je m'amuse à fond, car j'adore jouer ces mecs à qui tous les malheurs de la terre arrive. Et le personnage me correspond, ayant vécu par mal de ses aventures dans ma propre vie. Cela dit, je joue quand même des choses anormales et je reçois des coups, ce que je ne préférerais pas avoir dans la vie (rire)". Willaert enchaînera bientôt – et entre autres - une pièce de théâtre flamande et un film français, de Luc Jacquet (La Marche de l'empereur).

Willaert, un Pierre Richard belge? "Même pas!", rectifie Mutzenmacher. "Il est tellement unique que je ne pourrais pas donner d'équivalent français. Il a surtout ce pouvoir de se métamorphoser quand il tourne, avec la facilité d'intégrer les finesses d'une situation. C'est un malin et un sensible, même si sa grosse voix, sa gueule et sa barbe le cachent (sourire). Mais son alchimie est magique!"

Un casting éclectique

Quant au casting, autour de Willaert et de sa femme jouée par la Française Vanessa Guide, une rodée des comédies françaises (Supercondriaque, Joséphine s'arrondit...), on retrouve la bande belge de José (Laurence Oltuski, Mourade Zeguendi, Mounir Ait Hamou, Kody, Steve D'Addario...) mais aussi d'autres valeurs sures voire montantes du paysage belge actuel, de Tom Audenaert à Hande Kodja, en passant par, Sacha Bourdo, Marijke Pinoy, Bénédicte Philippon ou Naïma Rodric, cette dernière ayant joué avec Willaert dans Le Ciel Flamand, et même ...soufflé aux réalisateurs le nom de celui-ci pour le rôle principal. "J'ai alors vu son visage et sa voix, puis j'ai regardé des extraits de lui sur le net, avant de le rencontrer pour lui faire lire le scénario: il a dit oui tout de suite!", confie Mutzenmacher. Liekens lui, se partagera comme comédien en reprenant un petit rôle de barman, initialement dévolu au regretté Serge Larivière, parti alors que le tournage venait à peine de débuter...

Une comédie mûrie dans le temps

Annoncé pour janvier 2020, produit avec un budget de moins d'un million d'euros par un ...Parisien (Amos Rozenberg, de Rockstone Pictures) d'une part, soutenu par le Tax-shelter et préacheté par Be TV d'autre part, Music Hole sera-t-il un nouveau C'est arrivé près de chez vous ou un nouveau Dikkenek? "C'est quelque chose à quoi on ne songe pas", répond Mutzenmacher. "Moi j'ai surtout beaucoup de rêveries, et les transformer en matière concrète, c'est vertigineux. On fantasme des trucs pendant des années et là, on prend une heure pour filmer une scène! Tout devient réel, mais cette contraction du temps est intéressante. Là, j'essaie vraiment de m'amuser. Et d'essayer de faire un film qui m'amuserait d'aller voir."

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