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Au suivant ! Le travail social sous haute tension

Le documentaire de Pierre Schonbrodt nous plonge dans le travail social auprès d’un public précarisé et donne la parole à des professionnels du secteur, qui expriment leurs inquiétudes face à l’évolution du milieu. Avec une approche réaliste et humaine, il ne cherche pas à dramatiser ni à créer des situations spectaculaires. Au contraire, il installe un espace de parole où les travailleurs sociaux décrivent simplement leur quotidien, leurs craintes et leur lutte constante.

À travers leurs témoignages, on comprend que le cœur de leur métier reste l’accompagnement de personnes en situation de vulnérabilité. Derrière chaque situation, il y a des parcours fragilisés par la précarité, la dépendance à l’alcool ou l’absence de statut administratif clair. Leur travail repose avant tout sur la présence, l’écoute et le soutien. Pourtant, cette dimension humaine semble de plus en plus fragilisée par un cadre légal rigide et des exigences administratives lourdes.

Il y a une dissonance constante entre ce que le travail social devrait être en théorie et ce qu’il est en réalité sur le terrain. Les démarches administratives pour accéder à des soins ou à une aide financière sont longues et complexes. Il faut répondre à des critères précis, fournir des justificatifs et correspondre à des conditions strictes. Or, les personnes les plus vulnérables sont souvent celles qui ne rentrent pas dans ces cases.

Les travailleurs sociaux expliquent alors qu’ils se retrouvent parfois à mentir à leur hiérarchie et à contourner certaines règles pour éviter qu’une personne ne soit laissée de côté. Il leur arrive fréquemment d’agir en dehors du cadre légal en négociant ou en réseautant pour permettre à une personne sans carte médicale d’être soignée, ou encore en accueillant des personnes précaires malgré les restrictions administratives. Selon eux, bien effectuer leur travail implique parfois d’enfreindre certaines règles.

Le contrôle de l’État est omniprésent et la peur de la bureaucratisation du secteur revient régulièrement dans les discours. Avec la quantité de documents administratifs à compléter, les assistants sociaux ont le sentiment de devoir se justifier et rendre des comptes en permanence. Cette situation crée une tension permanente. Le risque est que ces obligations administratives prennent le dessus sur la relation humaine et obligent chaque assistant social à travailler clandestinement pour rester fidèle à ses valeurs en aidant son prochain.

Le documentaire interroge également l’image des bénéficiaires sociaux, souvent stigmatisés dans l’espace public. En donnant la parole à ceux qui les accompagnent, il rappelle que ces personnes ne sont pas des chiffres, mais des individus confrontés à une existence qui les malmène.

Ce portrait d’un secteur sous tension rappelle qu’un système social ne peut fonctionner durablement sans remettre l’humain au centre de ses priorités.

Kyllian Bruwier