Pinget, écrivain secret, a passé sa vie à écrire avec une machine à écrire des livres publiés par les Editions de Minuit et à se cacher de ses admirateurs. Rien de plus étranger à son univers que le « montrer tout » de notre époque. Se cacher ? Pourquoi ? Ursula enquête. C’est mystérieux, la vie. On ne le découvrira jamais, on ne saura pas quelles sont toutes les personnes qui se cachent derrière Pinget, même à la fin, surtout à la fin. Le romancier (ou l’auteur de récits) a un goût du secret (lire Gilles Deleuze sur le sujet) qui lui fait refuser tout entretien télévisuel, mais a aussi un grand respect pour le travail du lecteur, forcé en lisant ses livres, de comprendre ses suggestions alambiquées.
Ce beau film nous montre un écrivain (lisez l’Inquisitoire) qui faisant partie du Nouveau Roman et n’arrêtait pas, à l’inverse d’Alain Robbe-Grillet (aux nombreux entretiens, toutes catégories confondues, de l’écrit à l’image) de fuir les critiques et les caméras de télévision. Sa passion sur ce qui se dissimule plutôt que pour ce que l’on montre (toutes voiles dehors ou petites voiles dehors) était telle, qu’on pouvait se demander comment Ursula Meier allait composer son film. Le titre, Autour de Pinget, est inspiré par le livre, Autour de Mortin (éditions de Minuit). La réalisatrice cherche à savoir à la manière d’une enquête policière qui était ce très curieux Monsieur Pinget. La première partie nous parle (via ses entretiens avec Butor, Robbe-Grillet, etc) de ce personnage solitaire que les rencontres collectives entre écrivains et éditeurs étrangers ennuyaient profondément au point de fuir les réceptions (Jerôme Lindon, son éditeur, a tout essayé pour le rendre disponible lors de ses cocktails). La dernière partie nous montre (belle astuce finale de la réalisatrice) Robert Pinget filmé par son père en Super 8 et nous fait découvrir, grâce cette enfance enfouie dans la mémoire de Pinget adulte, des morceaux de la personnalité d’un homme qui restera un mystère. Magique.