Première étape : vider l’appartement et vendre les meubles – comme si Maria était déjà morte ! Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, Maria, qui se sent trahie, quitte le mouroir dans lequel on l’a casée et revient en catimini s’installer dans l’appartement vide (en attente de son rachat). Dans les semaines qui suivent, elle met tout en œuvre pour récupérer les objets qu’elle a été contrainte de vendre. Contre toute attente, elle redécouvre l’amour, la tendresse et le désir avec Abslam (Ahmed Boulane), un antiquaire bougon…
C’est toute une vie qui se trouve entre les murs de cet appartement, mais également l’âme d’un quartier : Maria est en effet très appréciée et a beaucoup d’amis dans le coin, mais aussi ses habitudes. À son âge, pas question d’en changer ! Sans le souligner à gros traits, le film fait une critique assassine de la génération suivante : celle qui n’a plus d’attaches émotionnelles fortes ni le moindre respect pour les générations précédentes ou leurs objets. Maria, certes, a eu la vie facile (elle n’a jamais travaillé), et sa fille, malheureuse et amère, a raté la sienne et ne s’en sort pas financièrement. Aujourd’hui, ce serait donc à sa mère, mise brutalement devant le fait accompli, de payer les pots cassés !? Outre la violence et l’injustice de la décision, c’est malheureusement un fait de société de plus en plus fréquent : l’histoire déchirante de vieilles personnes qui, pour de simples raisons d’argent, ne peuvent plus finir leur vie chez elles. Ici, Clara n’a même pas la décence d’attendre la mort de Maria – qui est encore en pleine santé et saine d’esprit - pour la dépecer !
Au passage, Maryam Touzani (Le Bleu du Caftan) ne manque pas non plus d’égratigner ces institutions que sont les maisons de repos, où les vieilles personnes sont infantilisées à un point qui dépasse la simple indécence.
Si le film démarre sur ces thématiques sombres, il change de braquet lors d’un deuxième acte qui vire vers la comédie romantique, version seniors, à grand renfort de scènes d’intimité étonnantes, touchantes – rarement voit-on à l’écran les ébats de personnes de plus de 75 ans ! Maria développe d’abord une amitié, puis vit une belle complicité amoureuse avec l’antiquaire qui a acheté (et maintenant tente de récupérer) ses meubles. Elle imagine également une combine pour se faire de l’argent lors des transmissions de matchs de foot, invitant tout le quartier « chez elle »… Les scènes les plus amusantes de ce film en forme de montagnes russes (drame, comédie, film d’amour) sont celles où Maria se rend à l’église pour se confesser auprès d’une nonne, Sœur Josefa, qui a fait vœu de silence et qui ne peut donc que s’étrangler lorsque l’espiègle Maria lui raconte en détail ses premiers ébats en 22 ans.
Voilà une jolie histoire destinée à combattre les idées reçues qu’une fois passé un certain âge, les vieilles personnes ne sont plus bonnes qu’à attendre la mort. « Qu’est-ce qui te retient ici, seule, sans famille ? » demande Clara à sa mère, des reproches plein la voix… La vie, tout simplement !