Couverture de l'article La Rivière des ourses d'Anaïs Mauzat

La Rivière des ourses d'Anaïs Mauzat

La puissance des larmes

Avec ce très beau court-métrage (presque) en noir et blanc, Anaïs Mauzet signe une critique de la surproduction, et de la perte d’individualité.

Les dessins aux teintes grises sont parsemés de petites touches jaunes : une grosse usine de miel surplombe des milliers de petites tentes desquelles émergent des travailleurs, tous identiques, combinaisons grises et jaunes et masques énigmatiques, faussement heureux, enfilés sur la tête. Cette usine fabrique du miel qui est ensuite transformé en un breuvage enivrant. Un nuage d’abeilles quitte l’usine quand le « troupeau » de travailleurs y entre. En fin de journée, le chassé-croisé s’inverse et les travailleurs vont s’enivrer avec la production du jour. Pas de place pour la réflexion ou la remise en question de leur mode de vie. Boulot-beuverie-dodo. Parmi cette masse uniforme, un personnage sort du lot. Tête basse, démarche ralentie, on la bouscule et elle tombe au sol face à une abeille agonisante. Lorsqu’elle enlève son masque, on découvre une femme aux yeux bleus. L’ouvrière pleure et ses larmes prennent vie dans une danse timide, surprenante et réconfortante. Non loin de là, dans la forêt complètement détruite par les hommes, une ourse cherche désespérément à manger. Attirée par l’odeur du miel, elle se dirige vers l’usine… Cette fois encore, les larmes entonneront une ode à la puissance, à l’amour et à la liberté. Et si les larmes, souvent jugées comme honteuses, invitées à être cachées, étaient en fait source de puissance, de détermination et de changement ? Si nous leur laissions la même place qu’au rire ? Car la rage et la tristesse sont aussi moteurs de révolution dans une société qui en a grandement besoin.