MARIE MC COURT pour TALKING TO MEN WHO HAVE SEX

Marie Mc Court, directrice de casting et diplômée de l’IAD en réalisation, sort un premier long-métrage documentaire qui prend aux tripes et donne à réfléchir. Son expérience de directrice de casting auprès de Maja Ajmia Yde Zellama pour Têtes brûlées, Ève Duchemin pour Temps mort ou encore Patric Chiha pour La Bête de la jungle, lui a permis de travailler sa direction d’acteur·rice·s et d’apprendre la réalisation par l’observation. Après avoir participé en tant que protagoniste au documentaire Mon nom est clitoris de Daphné Leblond et Lisa Billuart, Daphné propose à Marie de réaliser ensemble la version masculine du documentaire. Daphné ayant d’autres projets, Marie Mc Court décide finalement de réaliser seule ce projet qui lui tient à cœur. Grâce à son témoignage dans Mon nom est clitoris, la réalisatrice prend conscience qu’elle peut parler de violences subies sans pour autant les reconnaître comme telles. Maric commence alors à explorer cette thématique à l’école, dans des podcasts et dans son premier court-métrage Romy, co-réalisé avec Elia Jacob dans lequel on retrouve, entre autres, Mara Taquin et Salomé Dewaels.

Si Marie, en tant que victime de violence sexuelles, n’avait pas pu les identifier comme telles, serait-ce possible que les hommes ne se rendent pas compte de la violence qu’ils peuvent perpétrer ? Voilà le véritable point de départ de Talking to Men who Have Sex.

Pour répondre à cette question, elle invite, dans l’intimité de leur chambre, plusieurs hommes à parler de sexualité et questionne la banalisation de la violence au sein des relations hétérosexuelles.

Cinergie : Il est rare d’entendre des hommes s’exprimer sur les violences sexuelles. C’est très intéressant d’entendre leurs points de vue et expériences et de voir qu’ils sont enfermés dans les même schémas patriarcaux qui font, finalement, du tort à tous.tes.

Marie Mc Court : Au tout début, ce qui m'intéressait c'est de comprendre d'où venait cette banalisation de la violence. J’ai donc commencé avec des questions sur leur éducation sexuelle ; quelle éducation sexuelle ils avaient reçue, de la part de qui, qu'est-ce qu'ils en avaient fait, qu'est-ce que ça avait fait d'eux, comment ils avaient continué à s'éduquer sur leur sexualité ? Pendant tous ces repérages où j'ai rencontré une trentaine d'hommes, je me suis rendu compte que la plupart du temps, quand ils me parlaient de leur sexualité, ils utilisaient des termes assez négatifs. J'avais l'impression que ça tournait toujours autour de la pression, de la performance, du malaise. Au bout d'un moment je me suis presque demandé s’ils aimaient vraiment ça. Quand je leur demandais ce qu'ils aimaient dans le sexe, ils étaient incapables de me répondre, ou alors ils me répondaient « c'est quand la fille prend du plaisir ». Et quand je leur demandais comment tu sais quand une fille prend du plaisir, et comment tu fais pour qu'elle prenne du plaisir, les réponses étaient un peu floues. Il y avait un effet miroir où je voyais que nous n'avions pas exactement les mêmes problèmes, mais que nous étions tous·tes perdu·e·s. Je me suis aperçue que tout le monde le vivait mal, nous sommes dans la représentation tous et toutes, et il n'y a personne qui prend du plaisir. Cela montre donc qu’eux aussi sont victimes de tous ces schémas patriarcaux qui les poussent à être dans la performance, qui leur imposent de « leader » une relation sexuelle, de faire semblant qu'ils savent ce qu'ils font, de ne jamais vraiment se poser la question de ce qui leur fait du bien ou pas, mais de rester performant, de bander, de tenir longtemps…

Je me disais que s'ils se rendaient compte que ce n’est pas bénéfique pour eux, peut-être qu'ils auraient envie de changer, et ça c'était vraiment mon objectif au tout début avec ce film.

C : On sent que les six hommes filmés dans le film sont très sincères et on sent une vraie confiance installée entre vous. Comment êtes-vous arrivée à cela ?

M.MC : Je voulais avoir des hommes qui ressemblent à ceux de mon entourage parce que c'était eux que je voulais comprendre. Je voulais aussi avoir des hommes hétérosexuels parce que c'était cette dynamique-là qui m'intéressait de questionner. Je voulais avoir des hommes qui étaient capables de raconter des histoires, d'avoir des hommes aussi qui avaient tous des rapports différents à leur masculinité. Certains s'étaient posé des questions sur leur rapport à leur masculinité, d'autres voulaient complètement correspondre à la masculinité hégémonique, certains étaient un peu perdus.

Je voulais aussi avoir des hommes qui avaient grandi avec la connaissance de ce que c'était qu'un viol. Il y en a un qui est né d'un viol, un autre qui a subi un inceste et un autre dont le père travaillait dans une ONG qui prend en charge des femmes victimes de viol.

Je me suis demandé si cela changeait quelque chose dans leur rapport à leurs limites et aussi aux limites des autres.

Je me suis aussi rendu compte très vite pendant les repérages qu'ils n'avaient aucune conscience de leurs limites. Il y a plein de moments où ils me racontaient des situations qui pouvaient être violentes pour eux, mais ils n’avaient pas du tout conscience de cette violence. Donc là aussi, encore une fois, je pouvais faire des parallèles entre eux et moi, il y avait un pont à faire, un endroit où nous pouvions nous rejoindre.

Dans le groupe final, il y a trois hommes qui sont plutôt des amis proches, et trois autres que j’ai rencontrés pour le film.

C : Comment avez-vous abordé le film avec eux ?

M.M.C : Au tout début c'était vraiment un film sur l'éducation sexuelle des hommes. Je leur expliquais donc très clairement que j'avais envie de savoir quelle éducation sexuelle ils avaient reçue, je leur expliquais quelle était mon idée derrière, mon envie de questionner la manière dont le patriarcat agit sur eux. Puis je leur expliquais aussi que moi, en tant que victime de viol, j'avais envie et besoin de comprendre comment les hommes réfléchissaient.

Ils m'ont fait confiance et ça c'était quelque chose qui était hyper important pour nous, ma monteuses, Lucie Floc’h-Levi et moi. C’était fondamental que je respecte la confiance qu'ils m'avaient donnée, parce que j'aurais très bien pu réaliser un film horrible où je leur faisais dire n'importe quoi. C’était complexe de trouver l’équilibre nécessaire au film.

Il y avait aussi la question de la représentation des personnes noires dans mon film. Je ne voulais pas valider des projections que les spectateur·rice·s pourraient faire sur eux. Leur parole ne va pas du tout avoir le même poids que celle des hommes blancs. J’ai donc fait très attention à mes propres biais, pour que les stéréotypes qui pourraient leur être apposés ne soient pas renforcés par le montage.

Par ailleurs, je suis contente de ne pas avoir montré le visage du violeur dans le film. Le fait de ne pas pouvoir l'identifier, cela sert le propos et cela permet de ne pas avoir une seule personne portant ce récit-là à visage découvert, cela aurait été lourd pour lui. Et puis cela permet de ne pas avoir de stéréotypes, d’incarner l’idée que cet homme peut être n’importe qui.

En regardant les rushs des interviews, j’ai trouvé cela très fort de voir qu'il y a énormément de propos qui se rejoignent et cela permet de montrer que c'est un problème qui les dépasse complètement, que c’est un problème systémique ; ce n'est pas leur responsabilité individuelle qui est mise en jeu, même s'ils ont leur responsabilité en tant qu'individus.

C’était cela qui était le plus dur à venir déterrer parce qu'ils ont tellement appris ces schémas, enregistrer ces automatismes, qu'ils ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils aiment, quelle est leur sexualité, quelle est leur sensibilité, ce qu'ils voudraient ou ce qu'ils ne voudraient pas.

C : Votre film pose aussi la question de la responsabilisation des femmes face aux violences sexuelles. On a tendance à encourager les femmes à « faire attention à soi », et cela déplace un peu la responsabilisation des hommes face à leurs actes.

M.M.C : Ce matin, j'ai vu une vidéo sur Instagram sur le compte de la_rasbaille, un analyste média, sciences sociales et littératures, qui faisait une analyse du livre d'Adèle Haenel Viser juste. Dans un chapitre de ce livre, elle utilise une image que je trouvais ultraforte et qui a fait vraiment écho avec mon film. Elle dit, imaginez une personne qui marche dans un labyrinthe, on est en train de la filmer et puis au montage, on supprime les murs du labyrinthe. On va la voir faire des détours, revenir en arrière, revenir sur ses pas, sans voir les murs du labyrinthe. On finit par se dire que le problème, c'est elle, qu'il y a quelque chose qu'elle fait mal, on ne la comprend pas.

Et je trouve que l'analogie est assez forte parce que j'essaie de faire avec le film, c'est d'essayer de comprendre les raisons pour lesquelles on ne voit pas quelque chose qui se passe sous nos yeux. J’essaye de comprendre comment on a appris à ne pas voir ces violences. Mais, le pas de côté que je fais, c'est que j'essaie de voir ça du côté des hommes. Là où dans son livre, Adèle Haenel essaie de le voir de son point de vue de victime, moi, j'ai eu besoin de comprendre comment cela se passait du côté des hommes, pourquoi ils ne voyaient pas ?

J’ai le sentiment que ce que j'ai essayé de faire avec le film, c'est d’essayer de remettre les murs de ce labyrinthe, de les rendre apparents. Toute la première partie du film, avec les interviews sert quelque part à rendre visibles tous les mécanismes qui rendent possible l'invisibilisation de ces murs. Toutes les questions autour de la performance, autour du fait qu'ils n'ont reçu aucune éducation sexuelle, qu’ils se sont éduqués avec le porno... Cette pression à « diriger » la relation sexuelle même quand ils n’en ont pas envie ou qu’ils ne savent pas comment le faire.

Grâce à tout cela, quand la deuxième partie arrive, on comprend mieux d'où ils viennent. On ne les voit pas juste en train de me faire des reproches ou de me responsabiliser. On connaît leurs angles morts, leur complexité. Ils se construisent tous une image d'eux qui n'est pas en accord avec la réalité. C'est vraiment la confrontation entre l'image qu'ils se font d'eux-mêmes et la seconde partie, comment ils agissent, comment ils perçoivent les choses, qui est hyper impactante.

C : Vous vous exposer aussi fortement dans le film puisque vous confronter votre agresseur en vous filmant face caméra lors de votre conversation téléphonique. C’est évidemment un moment charnière du film et vous êtes très forte et très digne face à lui.

M.M.C : C'est vrai que d’une certaine manière, dans le film, je n'ai pas l'image classique qu'on pourrait se faire d'une bonne victime de viol, qui est détruite, qui est en train de pleurer, et du coup ça peut créer aussi un peu de la suspicion à certains endroits de la part de celleux qui m'écoutent ou qui me regardent.

Mais je pense que ça fait tellement longtemps que j'essaie de comprendre ce qui m'arrive, et que je côtoie des hommes, que je me suis rendu compte très vite que, si je ne souris pas, si je ne vais pas dans son sens, si je n'essaie pas de le comprendre, je n'aurai jamais accès à lui, je ne pourrai jamais savoir ce qu’il se passe pour lui, parce qu'il va se mettre sur la défensive, parce que pour lui c'est trop insupportable de se voir de cette manière-là. Du coup, je n'ai pas eu le choix. Mais je pense que j'ai aussi été éduquée à agir de cette manière. Ce n'est pas quelque chose que j'ai fait consciemment en me disant « ah tiens, je vais l'appeler, il faut que je sourie ». C'est quelque chose qui est trop ancré en moi. Donc ça raconte aussi quelque chose de l'éducation que nous avons reçue, nous les filles.

C’est pareil pour les interviews, moi ce qui m'intéressait, c'était de savoir comment ils réfléchissaient, et donc si je les coupais, si je leur donnais des leçons ou ma façon de voir les choses, cela n'avait plus de sens. Tant que je sentais qu'ils étaient dans une forme de discours ou qu'ils s'accrochaient à des généralités, je continuais à poser des questions. Et c'est peut-être cela qui fait, qu'à la fin, on arrive à cette honnêteté de paroles et à cette sincérité. C'est parce que, tant que je ne ressentais pas que j'avais une réponse qui, moi, m'aidait à avancer, je ne m'arrêtais pas.

C : Vous dites ne pas avoir l’image d’une bonne victime, mais c’est aussi une imagerie à déconstruire. Il n’y a pas une seule façon d’ « être victime ».

M.M.C : Oui, elle est totalement fausse. Je pense que, de la même manière qu'il faut déconstruire l'idée qu'un violeur, c'est un mec dans un parking qu'on ne connaît pas et qui a l'air dangereux, une victime, ce n'est pas une fille qui est détruite, au sol, en train de pleurer. On est obligée de continuer à vivre. Et on peut être une victime souriante, on peut être une victime énervée, on peut être une victime dans le déni… Il y a autant de manières de vivre cela que de personnes.

C : Vous avez choisi un dispositif assez intime pour le tournage. Chaque homme est filmé dans sa chambre. Pourquoi ce choix ?

M.M.C : J'avais envie de les filmer dans leur chambre parce que c'était déjà le dispositif qui avait été mis en place dans Mon nom est Clitoris. Mais cela m'intéressait aussi de les filmer dans leur chambre parce que je trouve que c'est un endroit qui est révélateur de tout ce dont on va discuter dans le film. Pour le dispositif, on avait deux caméras. Il y avait ma cadreuse Inès Bedrouni qui était présente et Eloïse David ou Mariette Lung, deux preneuses de son. La plupart du temps on était trois, moi, ma cadreuse et une preneuse de son. La mise en place était quand même assez longue au début parce que nous avons tourné de jour, mais nous voulions donner une ambiance de nuit parce que j'avais envie que ça ressemble un peu à une espèce de pyjama party où ils sont tous en train de discuter ensemble, que ça donne la sensation que la parole circule et que cela crée une atmosphère intime. Je voulais que ce soit vraiment un échange entre eux et moi et pas un échange à sens unique. Je voulais aussi les filmer en gros plans pour capter toutes leurs réactions, leur lapsus et tous leurs petits mouvements, hésitations, silences. Je trouve que cela raconte parfois plus que ce qu’ils disent. Vouloir faire un film sur les violences sexuelles, c'est un gros projet. Et de croire que, juste en réalisant un film, alors que ça fait des décennies qu'on se pose des questions sur le sujet, j'allais réussir à trouver des réponses, c'était complètement naïf. En regardant les rushs et en faisant le montage, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas donner de réponses définitives à mes questions, même si j'en mourais d'envie parce que c'est un endroit qui pouvait me rassurer, moi. Mais du coup, ça a déterminé complètement la forme du film parce que je ne voulais pas donner au spectateur une démonstration, je voulais lui donner des éléments à relier. C’était important pour moi que le·la spectateur·rice puisse faire une partie du chemin que, moi, j'avais pu faire au montage, de vraiment écouter ce que ces hommes disent et de voir à quels endroits ils pouvaient avoir des contradictions. De voir leurs paradoxes et de pouvoir faire le lien entre quelque chose qui va être dit en tout début du film et quelque chose qui va être dit tout à la fin, et d’en tirer ses propres conclusions.

Et c'est ce geste-là, pour moi, qui était important.C'était de ne pas seulement désigner une situation comme violente, mais de construire les conditions pour que ces situations puissent enfin être visibles et que l’on puisse les entendre, qu'on puisse remettre les mots sur ce qui se passe. Faire en sorte que les mots consentement, violence sexuelle ou viol, ne soit pas seulement des notions abstraites qu’on arrive à définir, mais des situations qu’on puisse reconnaître.

C : La musique est aussi très présente et très émouvante, cela rajoute une dimension supplémentaire au film. Comment avez-vous travaillé cela ?

M.M.C : C’était difficile pour moi de trouver la bonne place pour la musique, parce que je ne voulais pas qu'elle vienne appuyer ou qu'elle vienne donner trop d'indices. J'ai eu la chance de collaborer avec Aho Ssan qui a fait toute la musique du film. Je voulais vraiment que la musique vienne apparaître par notes, un peu comme des échos à ce que je dis au début du film, où je donne des indices sur les raisons pour lesquelles je fais ce documentaire. La musique, je la voyais vraiment juste comme un indice et un écho à ma propre expérience.

Et par rapport à la chanson du générique, comme c'est quand même un film qui est assez lourd et qui est un film de parole où il n'y a pas forcément toujours beaucoup d'espace pour respirer, à la fin, je voulais vraiment créer une espèce de sas de décompression qui permette de relâcher toutes les émotions ressenties pendant le film.

Je voulais une musique un peu épique, qui soit à l'image de ce que je pouvais ressentir après avoir fait le film où je me sentais quand même assez puissante, fière de moi.

J’ai fait appel à Kymato qui est une artiste bruxelloise émergente et qui, pour moi, a une puissance et une personnalité qui pouvait incarner tout ce que j'avais envie de faire ressentir à la fin du film. Je voulais une musique épique, une espèce de mix entre une musique de Billie Eilish et un son d'une bande originale de Marvel.

Je lui ai dit que j’aimerais un son qui donne la sensation de voir un phénix renaître de ses cendres. Et je trouve que c'est hyper puissant ce qu'elle a réussi à faire. À chaque fois, ça me fait pleurer quand je l'entends. C’est comme si pendant tout le film il y avait une retenue et que ce morceau, c'est le moment où on peut tout lâcher.

C : Et pourquoi ce titre ?

M.M.C : Je voulais que ce soit un titre qui soit assez clair, qui fasse comprendre le sujet du film, mais que ça ait l'air un peu banal, léger. Et aussi qu’au fur et à mesure de l’avancée du film, le mot sexe prenne une tout autre dimension, une tout autre signification. Pour qu'à la fin, on puisse se rendre compte que quand on parle de sexe, ce n'est pas vraiment le sexe le vrai sujet, mais la violence, les violences sexuelles, ou le viol. C’est aussi quelque chose que j'ai appris avec le film, c'est que le viol et les violences sexuelles ne sont pas du sexe.Et que c'est hyper important de pouvoir séparer les deux. Parce que c'est aussi une des raisons qui permet de banaliser les violences sexuelles, le fait de tout mélanger.

Je crois que mon film, c'est aussi un film sur la culture du viol et que ça décortique tout ce qui permet au viol de passer inaperçu.

C : Quel a été le retour des six protagonistes après avoir vu le film ?

M.M.C : Disons que c’étaient des retours qui étaient assez différents, mais ce que j'ai trouvé touchant c'est qu'ils me soutenaient vraiment dans ma démarche. J'ai l'impression qu'ils avaient beaucoup d'empathie pour moi. J'ai l'impression qu'ils avaient la sensation de servir un propos, de venir aider à dire quelque chose d'important et de participer à quelque chose qui pourra amener à un changement. C'est dur de parler devant une caméra de sa sexualité et de s'exposer comme ça. Je pense qu'ils sont plutôt fiers.

C : Qu'est-ce que vous ressortez de cette expérience?

M.M.C : Franchement, j'en ressors épuisée. C'était hyper dur, mais en même temps, j'ai l'impression que j'ai appris énormément en faisant le film. Déjà sur mon processus de réalisation, je me rends plus compte de ce dont j'ai besoin, comment j'ai envie de créer, dans quelles conditions. Mais aussi personnellement et sur ces questions-là, je ne suis plus du tout la même personne avant que maintenant. Mais c'est vrai que je ne sais pas si je referai des films aussi intimes, en tout cas, peut-être pas de la même manière à l'avenir. Cela demande trop d'énergie. Je pense qu'il aurait fallu beaucoup plus de moyens pour encadrer le film, il aurait fallu des professionnel·le·s pour m'accompagner tout au long parce que je me suis juste jetée dans le processus sans protection.J'ai sauté dans le vide.

Mais je suis hyper fière de ce que nous avons réussi à construire. Notamment avec ma monteuse Lucie, je n'aurais jamais pu faire le film sans elle. On a vraiment co-écrit le film ensemble.

J'espère que ce documentaire pourra aider d'autres personnes ayant vécu des violences et à mettre des mots dessus. Et si cela ne le fait pas, j'aurais réussi à le faire pour moi. J'ai déjà tout gagné.