Herpès bulleux, démangeaisons, vertiges, insomnies… vitiligo et gigantisme dans les cas les plus extrêmes… et surtout, des saignements anormalement abondants. Voilà quelques joyeux symptômes de l’étrange maladie qui frappe Margot et ses patients. Des diagnostics de plus en plus fréquents depuis quelques mois, mais auxquels les médecins ne prêtent pas attention, mettant ces « crises » sur le compte d’un stress émotionnel intense. Or - et c’est un secret bien gardé par les autorités médicales -, plusieurs personnes atteintes sont également entrées dans des crises de rage ayant causé des morts violentes, tandis que trois femmes ont accouché de nourrissons malformés. De quelle nature est ce mal qui semble principalement affecter la jeunesse ? Environnementale ? Médicamenteuse ? Chromosomique ?... Alors qu’elle continue de « transpirer du sang » et que son corps se recouvre de lésions, suivies d’excroissances dues à une dilatation des vaisseaux de la peau (à la puissance 10), Margot décide d’enquêter, et se rend compte qu’elle mène un combat contre la montre pour sa survie…
Transformations corporelles en milieu hospitalier ? Infection contagieuse ? Folie homicide généralisée ? Si Julia Ducournau et David Cronenberg avaient une fille, ils la prénommeraient ‘Sanguine’... Alors, certes, si l’on pense à Frissons (1975), à Rage (1977), mais aussi à Blue Sunshine (1977) et beaucoup à Grave (2016), ces mètres étalons du ‘body horror’, Marion Le Coroller, qui remake ici en version longue son court-métrage Dieu n’est plus Médecin (2021), ne se contente pas de singer ses maîtres. Son style personnel, mi-potache, mi-dégueu, généreux dans ses délires visuels, est plus proche d’une ambiance « BIFFF » et rappelle également une bonne série B comme La Mutante (1994), à grand renfort d’images hypnotiques et d’audaces formelles (il fallait oser ces plans en vue subjective lors du dernier acte !), à base d’effets spéciaux de maquillage très efficaces (ils sont signés Pierre-Olivier Persin et Flore Chandès). Le tout sur un rythme effréné. Dès son amusante scène d’ouverture au ton « cartoon » (le massacre d’un client détestable par un vendeur dans un fast food), Sanguine adopte un ton résolument décalé, grand-guignolesque et poil à gratter (c’est le cas de le dire), avec une louche d’humour noir et un doigt de gore pour faire bonne impression. Outre l’héroïne, jeune femme somme toute assez « ordinaire », la plupart des protagonistes qu’elle croise sont plus grands que nature, que ce soit la cheffe de service peau de vache, la collègue pimbêche ou les patients agressifs. Ce que le film perd en vraisemblance et en émotion, il le gagne en énergie et en rires (jaunes).
Mara Taquin s’implique physiquement comme jamais, mettant son corps entier (à l’exception du visage) à la disposition des maquilleurs, souvent entièrement recouverte de diverses prothèses, notamment lors d’une scène de mutation finale qui la transforme en… « autre chose »… On se souviendra longtemps de cette séquence particulièrement douloureuse où Margot s’asperge le corps d’alcool pour faire disparaître ses lésions, avec pour résultat l’inverse de l’effet espéré.
Déployant ses outrances avec une bonne humeur communicative (contagieuse ?), Sanguine opère de grands écarts étonnants (entre satire sociale et gore décomplexé), mais s’avère plus intéressant qu’une énième série B, abordant en filigrane quelques thèmes tristement actuels : la solitude des millenials, la mainmise culturelle des « influenceurs » (avec leur culture du like et leur chasse aux followers), les effets dévastateurs du confinement sur la santé mentale et le stress lié au travail, sous la forme d’une cruelle métaphore du burnout.