Sur le tournage de Baraki, le film

Les Barakis prennent leurs quartiers d'été

Après deux saisons récompensées par un René de la Meilleure série et diffusées sur Netflix, Baraki revient là où on ne l'attendait pas : au cinéma. Exit la saison 3, les Berthet prennent la route du ValJoly, dans le nord de la France, pour des vacances qui s'annoncent bien moins reposantes qu'elles n'en ont l'air. Reportage au cœur d'un tournage où l'on comprend vite que la famille Baraki ne s'arrête pas aux caméras.

Une Citroën Méhari jaune attend la prochaine prise. Quelques mètres plus loin, Déborah François retrouve entre autres Julien Vargas, Sophie Breyer, Pierre Nisse, Laura Sepul, Anaël Snoeck et Chantal Pirotte, tandis qu'un drone se prépare à survoler le camping du ValJoly. Difficile, au premier regard, de distinguer les vacanciers des figurants ou les promeneurs de l'équipe technique. Pendant quelques semaines, cette station touristique du nord de la France s'est transformée en décor principal de Baraki, le film.

En ce lundi 22 juin, le thermomètre affiche déjà plus de trente degrés. Et dans quelques jours, la canicule grimpera encore davantage. Après avoir affronté la pluie, les orages, le vent, la grêle et même le froid au cours des semaines précédentes, l'équipe termine le tournage sous un soleil de plomb. Un contraste presque ironique pour un film qui raconte des vacances d'été.

Comme si on ne s'était jamais quittés

À première vue, tout semble étonnamment calme. Pourtant, le planning est particulièrement serré. Comme le rappelle la feuille de service, plusieurs séquences extérieures doivent être tournées dans la même journée, avec de nombreux changements de costumes, de maquillage et de coiffure entre deux prises.

Pour beaucoup, il s'agit surtout de retrouvailles. Plusieurs membres de l'équipe se connaissent depuis près de dix ans, entre l'écriture, les deux saisons de la série et les nombreuses collaborations qui ont suivi. Entre deux réglages, les plaisanteries fusent, chacun semblant connaître les habitudes des autres, tandis que les assistants profitent de chaque instant pour faire avancer le tournage. Il suffit de quelques minutes sur le plateau pour mesurer cette complicité.

Un film plutôt qu'une troisième saison

L'idée de ce long métrage est pourtant née presque par hasard. À l'origine, les auteurs imaginaient naturellement poursuivre l'aventure avec une troisième saison. C'est finalement la RTBF qui leur soumet une autre possibilité : transformer Baraki en film. "On nous avait proposé une saison 3. Puis la chaîne nous a demandé si un film nous intéresserait. Il nous a fallu plusieurs semaines avant d'accepter, puis plusieurs mois pour réapprendre à écrire autrement", explique Sylvain Daï, auteur et acteur.

Le défi dépasse largement une simple question de durée. Pendant deux saisons, les scénaristes avaient pris l'habitude de répartir les intrigues entre une quinzaine de personnages principaux. Un film impose au contraire de concentrer le récit. "Sur une série, on peut consacrer un épisode entier à un personnage. Ici, il fallait faire des choix, trouver qui allait porter l'histoire et donner malgré tout une place à chacun", résume Daï.

Rapidement, une idée s'impose. Cette fois, le cœur du récit sera Gisèle, la grand-mère de la famille. Lorsqu'on lui découvre une tumeur au cerveau, elle décide de retourner au camping de sa jeunesse pour retrouver un ancien amour avant qu'il ne soit trop tard. Seul son petit-fils Yvan connaît son secret. Le reste de la famille pense simplement partir en vacances. Autour de cette intrigue plus intime viennent progressivement se greffer les quiproquos sentimentaux, les rivalités familiales et les situations absurdes qui ont fait le succès de la série. Le film s'ouvre également à quelques nouveaux visages - parmi lesquels Deborah François donc - tout en conservant l'univers et la galerie de protagonistes qui ont fait le succès de Baraki.

Un long métrage en vingt jours

Cette ambition s'accompagne d'une autre réalité beaucoup plus concrète : le temps. Produit par 10.80 Films, Koko Arrose la Culture et Supermouche Productions, le tournage ne dure que vingt jours. Une durée particulièrement courte pour un long métrage. "C'est intense", reconnaît Fred De Loof, réalisateur et acteur. "Évidemment, on rêverait d'avoir davantage de prises, davantage de plans. Mais on est surtout heureux que ce film existe."

Cette rapidité n'est possible que parce que l'équipe est déjà parfaitement rodée. "On a nos réflexes. On sait comment chacun travaille. Ça nous permet d'aller vite tout en gardant une vraie qualité". Jennifer Ritter, la directrice de production, rappelle toutefois que cette capacité d'adaptation dépasse le seul cas de Baraki. "Les projets belges sont fragiles. Il faut constamment trouver des solutions qui permettent de respecter les ambitions artistiques malgré des moyens limités." Après trois semaines de tournage, le bilan reste positif malgré une météo particulièrement capricieuse. "Les deux premières semaines ont été compliquées parce qu'on tournait essentiellement en extérieur. Il a fallu adapter les plans, déplacer certaines scènes et profiter de chaque éclaircie."

La production a néanmoins bénéficié d'un avantage précieux : presque tout le film se déroule dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres autour du ValJoly. "On loge toute l'équipe sur place. Les repérages ont été pensés pour limiter les déplacements, autant pour des raisons environnementales que pour gagner du temps", explique-t-elle. Un choix qui s'est également révélé précieux lorsque la météo imposait de modifier rapidement le planning d'une journée de tournage.

Une famille bien au-delà de la fiction

Si le scénario évolue, l'esprit de Baraki, lui, reste intact. "C'est un bonheur de retrouver Yvan, mais surtout de revoir tous les autres", sourit Julien Vargas, qui co-écrit avec Daï, Peter Ninane et Pierre Hageman. "On dit souvent qu'une équipe de tournage forme une famille, mais ici c'est vraiment devenu le cas. On travaille ensemble depuis 2017. On se connaît presque trop bien."

Pour le créateur et interprète d'Yvan, le film modifie cependant légèrement l'équilibre entre les personnages. "Dans la série, chacun avait souvent sa propre histoire. Ici, le groupe passe avant les individus. Mon personnage est beaucoup moins centré sur lui-même. Il essaie surtout d'aider sa grand-mère." Cette évolution répond directement au changement de format. Le film fonctionne davantage comme un récit collectif, où chaque personnage participe à une aventure commune plutôt qu'à une succession de trajectoires parallèles.

Fred De Loof partage cette analyse. "On voulait garder cette impression de tribu. Dans certaines scènes, un personnage n'a qu'une ou deux répliques. Puis il devient central la scène suivante. C'est un fonctionnement très différent de la série, mais qui permet de redécouvrir cette famille élargie que le public connaît." Le réalisateur insiste également sur un autre objectif : rendre le film accessible aux spectateurs qui n'ont jamais vu les deux saisons. "Les fans retrouveront évidemment une continuité. Mais quelqu'un qui découvre Baraki pourra comprendre qui sont les personnages et suivre l'histoire sans difficulté."

Le ValJoly comme personnage

Ce vaste domaine touristique du nord de la France constitue bien plus qu'un simple décor. Camping, plage, forêt, routes, lac ou encore buvette : l'ensemble offre une étonnante diversité de lieux de tournage sans imposer de longs trajets quotidiens. Une organisation qui simplifie considérablement le travail de la production.

Le choix répond également aux besoins du récit. Puisque les Berthet quittent exceptionnellement leur Wallonie natale pour partir en vacances, il fallait trouver un lieu crédible, populaire et suffisamment vaste pour accueillir toutes leurs péripéties.

Sous le soleil écrasant, les équipes s'affairent autour des véhicules techniques pendant que les vacanciers continuent parfois leur promenade sans réaliser qu'ils traversent un plateau de cinéma. Le drone décolle, la Méhari reprend sa place, les figurants retrouvent leurs marques. Quelques curieux ralentissent un instant, observent discrètement le ballet de l'équipe, puis reprennent leur chemin comme si de rien n'était. Quelques minutes plus tard, le silence revient presque instantanément.

Tourner une conclusion... sans fermer la porte

Difficile évidemment de ne pas voir dans ce film une forme d'aboutissement. Pourtant, aucun membre de l'équipe ne parle réellement de fin. Tous évoquent davantage la volonté d'offrir une conclusion cohérente à une aventure qui les accompagne depuis près de dix ans. Une aventure qui aura progressivement dépassé les frontières belges. Diffusée sur la RTBF puis sur Netflix, Baraki a trouvé un public bien au-delà de la Wallonie, notamment grâce à son humour très local, mais paradoxalement universel. Au fond, cette manière de fabriquer le film ressemble presque à l'univers qu'il raconte : avancer avec des contraintes, improviser lorsque c'est nécessaire et tirer le meilleur parti des moyens disponibles. Une approche qui fait écho à l'esprit même de Baraki.

Fred De Loof y voit presque une revanche. "On essaie simplement de raconter des personnages qu'on connaît, sans les juger. On vient tous plus ou moins de ce milieu-là. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de nous moquer des barakis, mais de montrer leur créativité, leur solidarité et leur manière de toujours trouver une solution avec les moyens du bord."

Malgré la chaleur, malgré le rythme soutenu, malgré un calendrier qui ne laisse pratiquement aucun répit, personne ne paraît vouloir quitter cette famille un peu folle. Dans quelques jours, les caméras s'éteindront. Restera alors le montage, avant une sortie attendue en fin d'année. Une dernière escapade estivale qui, qu'elle referme définitivement ou non l'aventure, ressemble déjà à un bel hommage rendu à cette tribu pas tout à fait comme les autres.