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Marc Julian Ghens

Marc Julian Ghens

Métier : Réalisateur, Scénariste

Adresse : 10, Kromme Elleboogstraat

Ville : 2000 Anvers

Filmographie

Screentest for Eurydice

Screentest for Eurydice

Fiction
1974
 

Le déclic...

Les fonds d'étagères

Né à Liège, je m'y trouvais en 1944 lorsque la ville fut libérée de l'occupation allemande. J'habitais alors à côté d'un de ces nombreux cinémas de quartier disparus depuis. Le propriétaire des lieux, soucieux sans doute de se remplir le plus vite possible les poches à défaut de rendre le moral à la population avoisinante, rouvrit sa salle dès le départ de l'occupant. Mais il est bien évident que les circuits de distribution n'avaient pu encore se réorganiser et se réapprovisionner en films nouveaux. Autant en emporte le vent n'était encore, déjà, qu'une légende ! Notre homme, donc, n'eut d'autre choix que de programmer les fonds d'étagères et fonds de caves des distributeurs locaux. Bien lui en pris ! Car, innocente (sic) petite tête blonde se faufilant "à l'oeil" (déjà) entre les strapontins du temple, j'eus ainsi l'occasion, en guise de baptême de cinéma, de voir à cinq ans des morceaux de choix tels que le Ben-Hur de Fred Niblo, les prouesses de Douglas Fairbanks et les premiers Errol Flynn, la divine Garbo dans Queen Christine et Grand Hôtel, l'entièreté du serial Flash Gordon avec Buster Crabbe, un tas de courts avec Charlot ou Laurel et Hardy, Intolerance et Broken Blossoms, et enfin, last but not least, The Merry Widow et Queen Kelly de Von Stroheim. Pour ne citer que ceux dont je me souviens de façon marquante. En outre, et pour démontrer, si besoin en était encore, qu'une bénédiction, comme un malheur paraît-il, ne vient jamais seul, une autre circonstance devait venir parfaire le tableau navrant de cette pauvre et chétive petite âme (si, si, la mienne !) livrée, candide et sans défense, au Moloch de la pellicule. Les écoles étant encore fermées, on m'avait appris à la maison des rudiments de lecture. J'étais évidemment avide de dévorer tout ce qui pouvait me tomber sous les yeux. Et ici, que l'on juge du fatum : ce "tout" consistait, vu le niveau simple des gens qui composaient ma famille, en des paquets d'une revue de cinéma de l'avant-guerre qui se nommait Mon Ciné, l'équivalent de notre actuel Ciné Revue. Que l'on s'imagine le désarroi de l'enfant que j'étais (déjà) devant les Mae West, Garbo, Swanson et autres Mirna Loy ! Je n'avais plus qu'à entrer dans les ordres. Ou en cinéma, ce qui n'est guère différent, finalement. Ainsi fut-il, donc.

Marc Julian Ghens

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