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Maisha ni karata. La vie est un jeu de cartes

Publié le 19/03/2018 par Dimitra Bouras / Catégorie: Critique

La vie est un jeu de cartes

Parti en 1991 à Bujumbura, au Burundi, en tant que réalisateur-animateur de l'atelier Graphoui, Philippe de Pierpont réalise avec des enfants d'une école primaire un film sur d'autres enfants, des enfants qui intriguent par leur existence et qui interpellent les écoliers par leurs conditions de vie.

Maisha ni karata. La vie est un jeu de cartes

Les écoliers décident de faire un film d'animation sur les « birobezo », les « vauriens », ces enfants vêtus d' haillons, qui se terrent dans les oubliettes de la ville. De marchés en stations services, les enfants des rues arpentent les quartiers à la recherche d'un petit boulot, une voiture à garder ou des caisses à transporter. Philippe de Pierpont les fréquente et cherche à les connaître. Zorito, le petit chef, le leader, celui qui n'a pas sa langue en poche et dérange par ses propos, lance un défi au réalisateur : rendez-vous dans quelques années, quand on aura grandi, quand on deviendra des adultes ! Pari tenu, Philippe revient les voir quelques années plus tard. On est en 2002, la guerre civile entre Hutus et Tutsis est passée par là, certains sillonnent encore les dédales de la ville, d'autres se réfugient dans les asiles, d'autres encore vivotent grâce à des petits boulots. La rue est ingrate avec ses enfants grandissant. Les blessures, les plaies, les cicatrices sont leur « C.V. », leurs expériences de la vie. Mais comment peut-on se réinsérer dans la société, accepter ses règles et ses dictas quand on a traîné ses guêtres dans la poussière de la ville, quant on a été livré à soi-même, avec ce sentiment grisant d'autonomie qui te fait croire que tu as atteint la liberté ? A travers les allers-retours dans le temps, juxtaposant les images de 1991 et celles de 2002, Philippe de Pierpont interroge le récit, la vie, le sens même des actes de survie et des valeurs humaines. Ce documentaire s'inscrit dans l'œuvre plus large du réalisateur des films de fiction : Elle ne pleure pas, elle chante et de Welcome Home ou de son album de dessin : Paysage après la bataille, qu'il a cosigné avec Eric Lambé et pour lequel ils ont reçu le Fauve d'or, le Prix du meilleur album au festival mythique d'Angoulême en 2017. Auteur multiforme, Philippe de Pierpont poursuit un même objectif, dénoncer les injustices de la vie, accuser la maldonne du jeux de cartes, celles qu'on reçoit à la naissance sans les avoir choisies. 

 

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