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Projection des « pépites » de la Fédération Wallonie-Bruxelles

À l’occasion de ses 80 ans, la Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles organise une projection d’une sélection de ses « pépites », jeudi 5 novembre à 19h00 au cinéma Palace. Une chance de voir ou revoir cinq fabuleux courts-métrages qui ont marqué l’histoire du cinéma, récompensés dans diverses cérémonies.

Rétrospective de ses réalisations à CINEMATEK


À commencer par le chef-d’œuvre poétique d’Albert Lamorisse, Le Ballon rouge (1956), lauréat de la Palme d’Or du court-métrage, mais aussi de l’Oscar du Meilleur Scénario (l’unique fois dans l’histoire de la cérémonie où cette récompense a été attribuée à un court-métrage). En 34 minutes, Lamorisse crée une inoubliable rêverie – nous sommes en plein « réalisme magique » - qui se laisse revoir aujourd’hui pour son originalité et pour le charme des petites rues des quartiers de Belleville et de Ménilmontant tels qu'elles étaient encore avant les démolitions des années 1960 : de véritables « villages » ouvriers situés en plein Paris, qui avaient jusque-là résisté aux transformations du monde moderne… Un matin, sur le chemin de l’école, le petit Pascal (Pascal Lamorisse, le fils du réalisateur), 6 ans, grimpe à un réverbère pour décrocher un beau ballon rouge rempli d’hélium. Heureux de sa découverte, l’enfant se rend compte que son ballon, bien que muet, a un esprit et une volonté propres. Le ballon suit Pascal partout où il va, à la grande surprise de tout le quartier, et les deux deviennent des amis inséparables. Les facéties du ballon provoquent la joie des écoliers et l’irritation du directeur, qui punit Pascal. Mais comme souvent, une telle amitié provoque bien des jalousies, notamment celle d’une bande de vauriens plus âgés qui vont tenter de voler le ballon, poursuivant le duo dans les petites rues étroites du quartier…

La poésie du film (la scène finale, magique et inoubliable, a nécessité l’utilisation de 25 000 ballons) n’empêche pas Albert Lamorisse de décrire la cruauté du monde enfantin. Il nous emmène vers une conclusion à la fois tragique et merveilleuse, où le petit garçon s’envole dans les airs dans une valse de couleurs… Les plus observateurs pourront tenter d’identifier, parmi les petits garçons qui peuplent le film, un futur chanteur populaire, alors âgé de quatre ans… Renaud ! On l’aperçoit brièvement aux côtés de son frère dans le rôle de jumeaux habillés en rouge. Leur oncle, Edmond Séchan, était le chef opérateur du film.

Au programme également :

Glas (Verre) (1958, Bert Haanstra) Souffleur de verre… un métier, encore aujourd’hui, totalement méconnu. Bert Haanstra filme ces hommes en train de façonner la matière. Il met en contraste la fabrication du cristal artisanal - à la verrerie royale de Leerdam, aux Pays-Bas - avec les machines automatisées de fabrication de bouteilles. D’un côté, des artisans soigneux et passionnés qui fabriquent à la main (et à la bouche) diverses œuvres d’art en verre ; de l’autre, des images décrivant le processus de la production de masse. Ce court-métrage documentaire de 9 minutes, lauréat de l’Oscar du court-métrage documentaire en 1960, ne comporte ni commentaires ni dialogues, mais une bande son constituée uniquement de musiques de jazz composées par le Pim Jacobs Quintette.

Calligraphie japonaise (1958, Pierre Alechinsky). Un documentaire de 16 minutes qui raconte le Japon, « pays ouvert, comme un cahier d’écriture, livré aux pinceaux, où chaque boutique devient spectacle, où la rue est un vocabulaire d’images »… En 1955, Alechinsky s’était rendu au Japon avec son épouse. Pendant deux mois, il tourna des images en noir et blanc sur l’art ancestral de la calligraphie, explorant l'acte de peindre : le rituel de la préparation des outils, la concentration, le geste maîtrisé ou violent et libérateur de l'artiste. Il y fait le portrait de six calligraphes japonais de styles très différents. On y apprend que cet art est né à même la terre : on dessinait sur le sol avant l’invention du papier. On y voit une classe d’enfants, très concentrés, apprendre à maîtriser leurs premiers signes (il y en a des milliers). Avec rigueur, discipline et respect de la tradition, les instituteurs apprennent à leurs élèves à « ne pas écrire avec la main, ne pas écrire avec le bras, mais à écrire avec le cœur ». Au-delà des différences d’éducation et de techniques se dégage le langage universel de l’âme, et toutes les possibilités de l’être se concentrent à la pointe du pinceau.

The War Game (1963, Mai Zetterling). Lauréat du Meilleur Film au Festival du Court-Métrage de Venise, il s’agit du premier court réalisé pour le cinéma par une actrice suédoise qui passera au long l’année suivante avec Les Amoureux. Deux petits garçons espiègles (Ian Ellis et Joseph Robinson) se disputent à propos d'un jouet / pistolet dans une tour d'appartements londonienne. Le jeu innocent se transforme peu à peu en une poursuite silencieuse et extrêmement dangereuse à travers les halls, les ascenseurs, les cages d'escalier et les toits de l’immeuble (avec quelques plans en hauteur qui donnent le vertige). Les deux amis découvrent la jalousie, la colère, le ressentiment, la violence (ça commence par une bousculade, puis on passe aux crachats)... Le film explore le glissement subtil entre le jeu enfantin et l'agression, et montre les effets dévastateurs qui se produisent lorsque le cerveau reptilien prend le dessus sur la décence et l’amitié, mettant ainsi les gamins en grand danger… pour un stupide jouet en plastique. Un thriller à hauteur d’enfants qui sert de mise en garde contre la violence, brillamment filmée dans un noir et blanc somptueux, et dont la fin ambiguë intrigue autant qu’elle inquiète.

Le Réveil (1996, Marc-Henri Wajnberg). Chaque matin, Robert (Jean-Claude Dreyfus), un inventeur farfelu, mais paresseux, doit se lever ; c’est une question de vie ou de mort… Il a donc imaginé un appareillage complexe avec mille mécanismes ingénieux qui vont l’obliger à sortir de son lit… Réalisé en un seul plan-séquence brillamment chorégraphié, mettant en scène des dizaines de mécanismes ingénieux, Le Réveil est une petite merveille d’humour et de précision, qui semble s’être inspiré autant de l’univers de Jacques Tati que de celui de Wallace et Gromit, dont il est une sorte de version en live action. Ce petit film de 6 minutes, présenté dans 40 festivals internationaux, fut le lauréat d’une vingtaine de prix.