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Robo de Léo Becker

Publié le 17/04/2019 par Marceau Verhaeghe / Catégorie: Critique

Les monstres attaquent la Tour Upsite

Chaque année, lors de la compétition belge de courts-métrages d’Anima, le prix Cinergie a pour vocation de braquer les projecteurs sur un jeune talent créatif, qui n’hésite pas à user de son imagination pour sortir des sentiers battus en proposant un ton original. En voyant Robo, on est sûrs, dès le premier plan, d’avoir mis dans le mille. Une vue filmée en noir et blanc, plan fixe et en accéléré, de la zone du canal de Bruxelles (impossible de ne pas l’identifier, on a l’Atomium en plein milieu du cadre). Presque aussitôt arrive, incrusté dans l’image, un robot aussi haut que la tour Upsite, cet énorme pavé dans l’œil que l’arrogance bétonnière a fait pousser à la hauteur de Tour et Taxis, sur l’autre rive du Canal. L’automate a un corps de métronome et une tête de lampe de bureau, et il baguenaude sur fond de bruitages électroniques évoquant le son de ses pas. On se rend compte qu’il s’agit d’un tout jeune robot, qui découvre son environnement et ne pense qu’à jouer avec tout ce qui lui tombe sous la main. D’abord une péniche, qu’il sort du canal et secoue pour voir ce qu’il y a dedans, puis qu’il repose, tombant en arrêt devant l’immense tour d’habitations. Woaouw ! Enfin un jouet à sa mesure !

https://vimeo.com/323456792?fbclid=IwAR2vXGL8_IbCwe98OJRk0MVQfmdbIdf0jtgFAiv9It5nENvKJrRGUJs-OpM

En moins de 45 secondes, le jeune Leo Becker a planté son décor, situé son histoire de façon magistrale et convaincu le spectateur qu’il a devant lui quelque chose qui sort de l’ordinaire. Visuellement d'abord, car la technique est peu courante, et moins simple qu’il n’y paraît de prime abord (rien que les problèmes d’étalonnage et de calibrage…). Sur le plan sonore ensuite, où le jeune homme, qui compose également des musiques électroniques, réussit d’emblée à créer une ambiance empreinte de fantaisie et de légèreté. Quant à l’animation et la narration, le pensionnaire de La Cambre progresse au rythme d’une idée toutes les cinq secondes.

Avec amusement, on suit d'un œil complice les péripéties de cet enfant robot turbulent que son père essaie de cadrer tout en étant lui-même inconscient des conséquences de ses actes. Une histoire simple même si elle se révèle sans doute moins naïve qu’il n’y paraît. Le message n'est qu'un objectif collatéral pour Robo qui a surtout pour ambition, en 2 minutes et 52 secondes, de créer un petit clip amusant et rythmé, à la réalisation soignée. En ce laps de temps très court, Leo Becker circonscrit parfaitement son sujet, de façon diablement efficace (voyez la manière dont la fin de l'histoire est intégrée dans le générique). Comme dans tout travail d’études, il s’agit de mettre en valeur les capacités de son créateur, et là, c’est une réussite. Robo n’est peut-être pas le meilleur film de la compétition 2019 d’Anima mais c’est une des plus belles surprises. Un prix Cinergie des plus mérités, qui se double d'un second prix qui se passe de commentaires, celui des auteurs (SACD). Félicitations.

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