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La naissance des arbres de Laura Wandel

Publié le 13/09/2019 par Katia Bayer / Catégorie: Tournage

Autour du premier long-métrage de Laura Wandel

Après des études à l’IAD et un film de fin d’études réalisé il y a 10 ans (Murs), Laura Wandel a rencontré il y a quelques années le producteur Stéphane Lhoest (Dragons Films) au Festival du court-métrage de Bruxelles autour d’une séance de pitching. Depuis, ils ont mené à bien deux projets de courts-métrages dont le dernier, Les Corps étrangers concourait pour la Palme d’or en 2014, le film ayant été retenu en compétition officielle à Cannes.

Les corps étrangers, déjà chroniqué sur Cinergie, s’intéressait à un homme adulte devant se confronter à sa nouvelle peau, à son nouveau corps, suite à un accident de guerre, et au regard des autres, notamment lors de ses séances de rééducation dans une piscine municipale. L’image, le cadre entouraient ce corps différent, handicapé, aux membres manquants tandis que le son captait l’effort, le désespoir, mais aussi la renaissance de l’individu.

La réalisatrice n’a pas remporté le prix convoité, mais Cannes lui a offert une certaine visibilité doublée d’une reconnaissance. Depuis, Laura Wandel a écrit et réécrit un nouveau projet, celui de son premier long-métrage, sous le regard bienveillant de Stéphane Lhoest. La Naissance des arbres (titre provisoire) leur nouveau projet écrit par l’une, produit par l’autre, a été tourné cet été dans une école communale située à Forest. Les enfants, âgés entre 8 et 10 ans, sont au centre du film. Ils sont entourés de plusieurs acteurs adultes belges et français : Laura Verlinden (Happy End de Michael Haneke), Sophie Leboutte (Keeper de Guillaume Senez), mais aussi Karim Leklou (Le Monde est à toi de Romain Gavras).

Ce projet 100% belge traite d’une histoire de peur, de choix, de domination, de harcèlement, de rejet. Une petite fille, Nora, cherche à défendre et à sauver son frère, Abel, harcelé à l’école. Le jour de notre venue, la scène se passe dans la cour de récréation : une petite fille jouant le personnage de Nora avance seule, entourée d’un groupe d’enfants. Elle se bat, se débat, face aux cris, au brouhaha des uns et des autres. À l’écart de la caméra, Laura Verlinden (qui joue une maîtresse d’école) est concentrée, les bras croisés. Sophie Leboutte (la surveillante) termine une cigarette. Quelques instants plus tard, elles s’approchent toutes deux des enfants. Nora se relève avant de rejouer la scène à plusieurs reprises. Tout le monde repart prendre position. Une petite fille se détache du groupe et vient nous voir pour se présenter, nous préciser qui est Nora et quel est son rôle. Elle retourne vite rejoindre les autres enfants.

Stéphane Lhoest : “Ce long-métrage ne se veut pas comme un énième film sur le harcèlement mais un film qui dépasse ce cadre, qui traite de la place de chacun dans la société. Quand j’ai rencontré Laura il y a 10 ans, j’ai senti qu’elle avait du talent, une manière originale de cadrer et d’appréhender les personnages; elle choisit des sujets qui me touchent aussi. Son cinéma est très auteuriste, avec une certaine esthétique. On espère provoquer de vrais questionnements à travers son travail et l’histoire de ce film”.

Le projet lui est apparu il y a 5 ans au moment de la production du court-métrage Les Corps étrangers. Stéphane Lhoest, à nouveau : “On espérait tourner ce film l’année passée. Les financements n’étaient pas prêts, on s’est donné un an de plus pour tourner. On avait déjà choisi le personnage de Nora; heureusement, d’une année à l’autre, elle a très peu évolué que ce soit physiquement ou au niveau de son jeu. Ça a permis à Laura de travailler avec elle pendant un an avant le tournage, ce qui a été bénéfique pour le film. Cette préparation est très importante pour consolider le rapport de confiance entre l’enfant et la réalisatrice.”

C’est à l’IAD, via des castings mais aussi sur différents tournages que Laura Wandel a trouvé sa “famille de cinéma”, a appris à se faire confiance et à travailler en équipe mais aussi avec des comédiens, une expérience qui lui a servi dans son parcours. “L’IAD m’a appris à forger un point de vue. Je suis entrée dans cette école à 18 ans, je ne connaissais rien au cinéma. Les premiers films que j’ai découverts m’ont procuré tellement d’émotions que j’ai voulu en faire moi aussi. Il n’y a rien de plus beau que ce moment où on entre dans une salle de cinéma. La lumière s’éteint, on s’oublie, on entre dans la vie de quelqu’un d’autre. C’est incroyable, c’est la plus belle des choses”.

Pour ce film, la vie qui intéresse la réalisatrice, c’est bien celle de Nora, une petite fille qui va évoluer pendant plusieurs mois en terrain hostile, à l’école. Explications : “Je fais ce film parce qu’il est nécessaire pour moi. J’ai l’impression que l’école, c’est le premier moment où on apprend la vie sociale, où on doit se battre pour trouver sa place. J’aimerais arriver à ce que le spectateur retrouve sa peau d’enfant, qu’il soit Nora”.

Du côté des comédiens adultes, outre Laura Verlinden et Sophie Leboutte, on retrouve au casting Karim Leklou, un acteur français, régulièrement nommé au César du meilleur espoir (qu’il ne devrait plus trop tarder à avoir) et qui intéresse autant les cinéastes confirmés (Bouli Lanners, Jacques Audiard, Radu Mihaileanu) que la relève (Marie Monge, Katell Quillevéré, Romain Gavras).

Laura Wandel revient sur son désir de tourner avec lui : “L’expérience de casting m’a permis de découvrir des talents. J’ai toujours eu envie de travailler avec Karim car il dégage un truc hyper rare. Je fonctionne toujours par flashs. Pour Sophie et Laura, c’était pareil. Les comédiens doivent correspondre à la façon dont j’imagine les personnages, c’est une question d’énergie. Karim a souvent des rôles durs, on a dû trouver un entre-deux pour en faire un papa inquiet. C’était incroyable, je n’ai jamais vu un comédien aussi investi de toute ma vie.“ Des propos que confirme Stéphane Lhoest : “Les rôles adultes sont venus très naturellement. Karim Leklou, par exemple, s’est imposé naturellement. Il a plongé dans le projet avec beaucoup plus d’enthousiasme que prévu”.

Le tournage de La Naissance des arbres (titre provisoire) s’est révélé une expérience forte émotionnellement pour tout le monde, y compris sa réalisatrice. Pendant des mois, pour la préparation du film, Laura Wandel est allée observer ce qui se passait dans la cour de récréation d’une école. Elle a aussi confronté ses propres souvenirs aux expériences des enfants d’aujourd’hui. Au début, les enfants venaient la voir, lui posaient des questions, puis, ils l’ont vite oubliée. Elle a également rencontré des pédopsychiatres et des harcelés. Jamais de harceleurs.

Le film, achevé cet été après 25 jours de tournage, vient de partir en montage. Il devrait être prêt courant 2020 et sera soumis aux festivals. Cinergie ne manquera pas de vous en reparler.

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