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Machini de Frank Mukunday & Tetshim

Publié le 26/07/2020 par Malko Douglas Tolley / Catégorie: Critique

Dans ce court-métrage documentaire, le studio « Crayon de cuivre » relate avec justesse et poésie l’impact sur l’environnement de l’exploitation de ressources minières du Katanga, en République Démocratique du Congo.

À découvrir dans le cadre du festival du cinéma En Ville à Bruxelles du 25 juillet au 7 août.

Machini de Frank Mukunday & Tetshim

L’histoire débute dans les profondeurs du cours d’eau qui traverse la ville de Lubumbashi. Une main dessine des fonds marins à la craie. L’arrière-plan et les décors sont réalisés sur une grande plaque de cuivre. Cette technique originale profère un caractère unique aux dessins de Tetshim.

Les différents protagonistes sont animés à l’aide de petits cailloux agencés de manière à représenter des silhouettes humaines. Un homme remonte à la surface de l’eau. Tandis que certains y lavent leur linge, d’autres font la file pour remplir leur jarre au robinet qui y prend également sa source. Plus loin, un groupe d’individus danse dans la rue sur de la musique africaine.

Soudain, le plan s’élargit. Une immense usine surplombe cette ville animée. Des ouvriers y travaillent à la chaîne dans un rythme effréné. Il est impossible de distinguer ces travailleurs. Ils n’ont ni nom, ni numéro, ni aucun signe distinctif. Ils s’activent sans répit comme des machines.

Une fois ce décor posé, la critique écologique du film est dévoilée. Les eaux vertes et polluées de l’usine se déversent directement dans la rivière qui sert de bain mais également de robinet pour les citoyens. Bientôt tout le cours d’eau est contaminé tandis que les fumées qui s’échappent des cheminées de l’usine recouvrent petit à petit la ville. Progressivement, les gens se mettent à tousser et certains s’étouffent jusqu’à en mourir.

Un message clair et instructif résonne dans la ville : «La production mondiale de voitures électriques dépassera dans un futur proche celle des voitures à moteurs polluants. Comme vous le savez tous, les matières premières pour cette industrie sont le cobalt et le lithium, dont le Congo est la première réserve».

Dans Machini, Tetshim et Frank Mukunday dénoncent l’ironie de la soi-disant « révolution écologique » qui est en cours dans le monde. Ce n’est un secret pour personne, les mines «artisanales » de cobalt emploient des enfants dans des conditions inhumaines en République Démocratique du Congo. La pollution des cours d’eau et de l’air dans ces régions entraîne des malformations congénitales et des conditions de vie déplorables pour plusieurs millions d’individus. Un poème conté dans la plus pure tradition africaine rappelle que rien n’a changé depuis un siècle pour les Congolais. Avant c’était le cuivre, maintenant, c’est le cobalt…

Avec sa réalisation impeccable, son ambiance sonore et ses bruitages ultra réalistes ainsi que des techniques d’animation uniques, Machini déplore, avec beaucoup d’audace et d’originalité, le scandale écologique que vit le Congo pour la création de smartphones, portables et de voitures électriques par les grands fabricants du monde entier.

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