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Non Seulement Le Bleu de Sophie Charlier

Publié le 14/09/2018 par Lucien Halflants / Catégorie: Critique

l y a quelque chose d'intangible dans Non Seulement Le Bleu. Quelque chose que - ni Sophie Charlier, la réalisatrice, ni le spectateur - ne comprendront jamais. Ce sont les obsessions, les tourments qui amènent Luis Salazar, peintre liégeois, à colorer près de cinquante toiles par an depuis quarante ans. Et si l'artiste, dont le film fait son sujet, tente vainement de nous convaincre qu'il a résolu les énigmes de son art, il est difficile à prendre au sérieux tant il rentre maladroitement dans des introspections psychanalytiques qu'il serait bien difficile de suivre. Mais c'est dans ces instants-là que le film devient fascinant.

L'homme parle, sans arrêt. Il divague, il digresse, il chantonne en marchant. Et la mise en scène, sans ambages, de boire les paroles abstruses du protagoniste. Source de savoir, d'envies, de vécus, il s'envole dans des descriptions précises de ses souvenirs, de récits réinventés sur la toile, avant de plonger tête baissée et à fleur de peau vers de touchantes envolées lyriques. Il nous parle de son passé, de l'importance de la famille, du legs, de l'héritage, de l'Histoire qui le fascine jusqu'aux fossiles qu'il garde avec amour, de son amour pour sa femme... La réalisatrice prend alors bien soin de rester au sol, pragmatique mais attentive aux effluves de l'esprit bouillonnant du peintre. Le film résonne alors comme un condensé d'anecdotes, de sons et de couleurs à l'image même de l’œuvre et des chemises bariolées de l'artiste.

Comme un hommage - peut être involontaire, emprisonné par les impératifs techniques qui compliquent tout film à faible budget - la photographie souvent sous-exposée, ne laisse assez de lumière qu'aux œuvres colorées - toutes aussi différentes que semblables - de Salazar. L'homme et ses paroles se gardant bien d'échapper à l'ombre.Alors le film semble vouloir s'achever tant dans la fascination que dans une certaine incompréhension. L'homme qui porte le film est plus intriguant que jamais. Plus touchant aussi. Il récite quelques chansons en marmonnant, cadré de dos, comme pour laisser entendre que même disséqué par la caméra, il restera à jamais opaque. Puis il s'évade dans "Maintenant Que La Jeunesse", le poème d'Aragon dont les vers nous aurons maintes fois été répétés. Taiseux, penseur, il continuera de peindre, puisque c'est tout ce qui restera. Quelques fossiles et quelques traits de pinceaux.

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