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Sur le tournage de la mini-série Les Anonymes

Publié le 18/12/2019 par David Hainaut et Constance Pasquier / Catégorie: Tournage

Les humoristes (plus si) Anonymes

 

Derrière ses séries (La Trêve, Ennemi Public, Unité 42, Lucas Etc...) et ses webséries (Typique, Euh, La Théorie du Y...), la RTBF reste plus que jamais active dans l'élaboration de nouveaux formats de fiction. Ce mois-ci, la chaîne publique a encore innové avec Les Anonymes, lui permettant de se tester dans un format peu courant chez nous : la mini-série humoristique. Vingt épisodes de 2'30'' viennent d'être mis en boîte, à Bruxelles. 

 

Créé et interprété par un trio d'humoristes (Emilie Croon, Gaëtan Delferière et Florent Losson) et reposant sur un principe d'une série à sketches, ce projet mêlera quelques nouveaux acteurs de la scène belge à d'autres valeurs sûres, de Laurence Bibot à Kody, en passant par Farah, Fred Jannin ou Pablo Andres, entre autres. Petit état des lieux sur l'unique décor du tournage, reconstitué à l'arrière d'une salle paroissiale de Schaerbeek. En attendant la diffusion, prévue au printemps.

Paradoxe. Au pays de l'autodérision et du surréalisme, on entend souvent dire que la comédie se fait rare. Réclamé par beaucoup mais réputé "compliqué" à mettre en œuvre, le genre semble, ces derniers temps, pourtant bien investi. Alors qu'au cinéma, on verra dès le début de cette année 2020 émerger des projets belges de comédies comme Losers Revolution (de Thomas Ancora & Grégory Beghin), Lucky (d'Olivier Van Hoofstadt), Music Hole (de Gaëtan Liekens & David Mutzenmacher) ou Totem (de Fred De Loof) et qu'en mars, Baraki (20 X 26') entrera en tournage pour être - après Champion - la deuxième tentative de comédie issue du Fonds Séries, la RTBF vient en parallèle de mettre en boîte Les Anonymes, un projet humoristique atypique. En gestation depuis près d'un an, cette mini-série (20 X 2'30), format encore peu commun chez nous, a été imaginé par un trio d'humoristes issus de la "nouvelle scène belge", à savoir Emilie Croon, Gaëtan Delferière et Florent Losson, concepteurs mais aussi (néo-)comédiens pour l'occasion. Porte-parole de ces trois amis à l'occasion de notre visite sur le plateau, la première précise : "Vous passez au tiers du tournage et tout se déroule bien jusqu'ici, même si l'exercice de fiction est neuf pour quelques-uns d'entre nous. On a donc logiquement mis un temps avant de trouver nos marques. Mais heureusement, on planche sur ce projet depuis près d'un an. C'est un créneau particulier sur lequel nous souhaitions vraiment miser. Très vite, on a vu vers quoi on se dirigeait, en s'inspirant de projets similaires bien connus, et plus habituels au Canada ou en France, comme Bref ou le Palmashow."

 

"En Belgique, le format court d'humour reste inhabituel" (Emilie Croon)
Comme son titre le laisse présager, le pitch, à la fois simple sur et original, entend détourner les fameuses réunions d'alcooliques anonymes, comme ses auteurs l'expliquent dans leur dossier de présentation : "À l'instar de la Joconde, chacun imagine très bien de quoi il s'agit : un cercle, des chaises, des confessions et des guidances afin de vaincre ce monstrueux fléau qu'est l'addiction à l'alcool. Mais quid des autres ? Qui parle des misogynes anonymes ? Qui connaît les gens qui croient encore au Père Noël anonymes ? Et les tueurs anonymes ? Les harceleurs de rues anonymes ? Les climato-sceptiques anonymes ? Les complotistes anonymes ? Les dictateurs anonymes ? Les pervers narcissiques anonymes ? (...). Basé sur un comique de situation présentant donc ces groupes d'anonymes différents, la série espère faire rire, tout en pointant du doigt l'une ou l'autre absurdité ou défaut de l'être humain contemporain, en marge aussi, de thèmes liés à l'actualité. "Comme c'est quelque chose qui se fait assez peu en Belgique, c'est évidemment positif que la RTBF prenne le risque d'aller sur ce terrain-là", complète Croon. "Vu qu'on se connaît, les idées et les vannes fusent dans tous les sens, mais la chaîne, tout en nous laissant libres, collabore avec nous en faisant des aller-retours pour bien baliser ce qu'on fait. Et jusqu'à présent, tout a été validé. Donc, on croise les doigts!"

 

"Même sans RTBF, ce projet aurait vu le jour" (Farah)
Inspiré de l'esprit Canal + du début des années 2000, Croon, Delferière et Losson se disent influencés par Alain Chabat,

les troupes des Monty Python et des Robins des Bois. Et si tous trois figurent au casting, celui-ci est complété par un médiateur (Inno JP, autre comique en vogue), censé travailler les faiblesses de chacun, ainsi qu'une 4è anonyme, l'humoriste Farah (El Hadji Zapatero, de son nom complet), pour qui il s'agit d'un baptême en fiction. Celle-ci indique : "C'est en effet la première fois que je joue dans une série, ce qui est très différent des personnages que je joue d'habitude sur scène. Donc, j'apprends. On s'est tous vus une première fois de l'été pour lire tous les épisodes, faire des remarques et suggérer des idées. Et avant de tourner le soir, on se réunit encore une fois l'après-midi, pour trouver les bonnes intonations. Car en amont voire parfois au moment de jouer, il y a parfois des choses qui naissent, en fonction de l'ambiance et des humeurs. Je crois qu'on a une base solide, mais c'est aussi un beau travail collectif. Le projet est absurde, surréaliste et légèrement belge, bien qu'on ne souhaite finalement se comparer à personne. Quoiqu'il se soit advenu dans le financement, cette série aurait de toute façon vu le jour, mais le soutien de la RTBF est évidemment important. C'est non seulement une belle reconnaissance, mais cela permet de travailler dans des conditions plus optimales. Et donc d'amener quelque chose de "propre". Car on sait que l'humour absurde, s'il est mal amené, peut vite sombrer dans le ridicule...", détaille encore celle qui, il y a quelques jours encore, représentait – avec notamment Bibot, sa comparse du projet – la Belgique au Festival du Rire de Montreux, référence européenne dans le domaine.

 

Le prochain présentateur des Magritte de la partie
En plus des cinq précités, ces Anonymes qui, on l'aura compris, nécessitent la présence de nombreux personnages, accueillent un mélange d'autres comédiens, humoristes et invités d'un jour, de la radio y compris. Ainsi, si au moment de notre présence, Pablo Andres, Frédéric Jannin, Laurent Bibot, Kody et Alexandra Pizzagali étaient de la partie, Bénédicte Philippon, Raoul Reyers, Alexandre Kominek et Kallagan intégrent eux aussi le casting représentatif de la "nouvelle vague" de la scène belge. L'occasion de prendre le pouls du côté du décidément incontournable - mais toujours disponible – Kody (Kim), l'icône du Grand Cactus, l'émission d'humour ertébéenne dont il est le fer de lance depuis cinq ans. "Je suis franchement content d'en être. C'est le genre de projet auquel on dit plus facilement oui qu'à un autre. Connaissant bien les auteurs, j'apprécie leur désinvolture, leur humour noir, leur côté décalé et leur côté direct. Ils aiment les punchlines et ils sont efficaces", explique le récent lauréat d'un prix majeur au Festival de la Fiction de la Rochelle, avec Lost In Traplanta, qui sera au générique de plusieurs films belges en 2020 – dont les trois premiers cités en début d'article ! - et qui encore, le 1er février, sera le prochain Maître de Cérémonie des Magritte. À bientôt 42 ans, ce Bruxellois, qui a émergé sur le tard, semble voir peu à peu son vieux rêve du cinéma se matérialiser. "Le cinéma a été toujours mon Graal, c'est vrai, et je reçois de plus en plus de propositions dans ce sens. Mais je continue moi aussi à apprendre, comme ici. C'est-à-dire ? À me positionner, à transmettre des émotions, à mieux écouter, à lire les scénario, sentir les personnages... Pour le coup, je joue deux personnages, présents dans deux épisodes. D'abord, un président américain en exercice dont je ne peux citer pas le nom (sourire), mais dont je peux dire qu'il a une chevelure particulière, une cravate rouge et un aspect plutôt jovial. Et puis, un autre anonyme qui aime faire des surprises. Mais là, je n'en dis pas plus...", glisse-t-il encore, entre deux habillages.

 

Rendez-vous en mars, déjà
Produits par la chaîne publique donc, en collaboration avec What The Fun Production, une boîte créée en 2015 et connue jusqu'ici comme plateforme de productions de soirées d'humour, ces vingt épisodes, réalisés par Nicolas Gratoir, sont annoncés pour la rentrée 2020, théoriquement en mars. Destinée dans un premier temps pour les plateformes virtuelles, la diffusion de ces Anonymes sur l'ensemble des écrans n'est bien sûr pas exclue. "Les thématiques sont abordables pour tout le monde. On pense beaucoup à la jeune génération, mais on espère viser un public large. Et si cela fonctionne bien, on déborde déjà d'idées pour une deuxième saison !", conclut Emilie Croon.