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Violaine de Villers

Violaine de Villers

Métier : Réalisatrice, Scénariste

Ville : 1050 Bruxelles

Province : Bruxelles-Capitale

Pays : Belgique

Tél : +32 2 649 87 64

Email : Cliquez ici

Date de naissance 19/07/1947

Biographie

Prix 2019 décerné par la Société des Auteurs.trices multimédia - SCAM pour les deux répertoires audiovisuel et radiophonique.

Née à Bruxelles en 1947, Violaine de Villers suit les cours de Philosophie à l'Université de Louvain. Elle interrompt ses études universitaires dans l'effervescence des événements de mai 1968, et les reprend quinze ans plus tard (Master en Politiques économiques et sociales).
Depuis 1981, elle écrit et réalise des documentaires à portée politique et des films d’art. Violaine de Villers filme l’art en train de se faire, elle écoute, regarde et donne à voir les choses, les mondes qui prennent vie.
L’œuvre de Violaine de Villers nous fait voyager très librement d’un univers à l’autre : de l’atelier du sculpteur ou du peintre, aux souvenirs amers de la déportation nazie, de la fadeur sublime de Marguerite Duras à la chaleur du groupe Zap Mama, mais aussi au génocide rwandais...
Lorsqu’elle ne filme pas le travail de création proprement dit, Violaine de Villers braque son objectif sur les questions posées par l’exil, par le déracinement et le phénomène de double culture qu’il engendre. De l’univers artistique à celui parfois plus tragique de l’actualité, il s’agira toujours d’une quête d’identité de la part de celui qui y vit, quête que la réalisatrice tente, en retrait, de comprendre.

Après Etudes de l'Image de l'Afrique à la télévision un volumineux ouvrage commandé par la F.A.O., elle réalise son premier film Pour les pays chauds portant sur la coopération en Afrique.
Après La fadeur sublime... de Marguerite Duras, et puis deux courts métrages en vidéo, Place de Londres et L'Ombre des Couleurs, Violaine de Villers réalise plusieurs longs métrages à portée politique.
Ce sera
Monsieur S. et Madame V. sur le génocide juif avec Jean Marc Turine, puis Rwanda, paroles contre l'oubli sur le génocide rwandais, Mon enfant, ma sœur, songe à la douleur sur la lutte contre l’excision, La tête à l’envers sur l’itinéraire de deux jeunes filles d’origine maghrébine à Bruxelles et Le Vent de Mogador sur les Juifs et Musulmans au Maroc.
Elle obtient de nombreux prix internationaux, notamment pour son film Mizike Mama, un film musical sur le métissage culturel belgo-congolais.
Depuis 2000, Violaine de Villers consacre ses films à des artistes. On citera Ô Couleurs sur son père, le peintre Thierry de Villers ; Filigrane, Pierres qui roulent avec le peintre Bernard Villers.
En 2007, elle réalise trois films en collaboration avec la Maison des Sciences de l’Homme de
l’Université de Lille pour le livre multimédia L’Expérience de la couleur : Parlons couleur, Mirage, La Conjuration des couleurs.
En 2011, elle présente deux films consacrés à la sculpteure Marianne Berenhaut : Poupées-Poubelles et Les Familles de Marianne Berenhaut. En 2014, Les Carrières de Roby Comblain trace le parcours de l’artiste plasticien et scénographe, devenu linograveur.
En 2016, Violaine de Villers réalise un nouveau film sur l’art avec Walter Swennen, un peintre
belge considéré comme l’un des artistes les plus novateurs travaillant actuellement en Belgique. Son film La Langue rouge a obtenu le Prix du Film sur l’Art au BAFF, Brussels Film Festival en 2017.
D’autre part, en 2017 elle réalise avec Jean-Pierre Outers Chine ‘87. Les autres un film d’archives tournées en Chine en 1987, renouant ainsi avec son intérêt pour la découverte des cultures de l’ailleurs et leurs fondements.
En 2020, Violaine co-réalise un court métrage Son nom de Duras dans le Platier en ruines avec Balthazar Bogousslavski pour l’Association Marguerite Duras à Duras.
Elle réalise encore en 2020 La couleur manifeste et L’Atelier de Bernard Villers, deux courts métrages consacrés à l’oeuvre du peintre Bernard Villers exposée à la Galerie du Botanique ainsi que dans son atelier.
Violaine de Villers prépare actuellement un long métrage Mon amie Päivi - portrait d’une artiste finlandaise.

Par ailleurs, Violaine de Villers écrit et réalise depuis 2001 des fictions et des documentaires pour la radio. Sa dernière fiction radiophonique La Cie des eaux, une adaptation du roman de Jean-Luc Outers, a été diffusée en décembre 2017 dans l’émission Par ouï-dire sur La Première RTBF.
En 2012, « Une Aventure acoustique » en compagnie du musicien Baudouin Oosterlynck est diffusée sur La Première, l’émission fait l’objet d’une édition numérotée en mai 2014.
En 2011, elle réalise une fiction radio « Le même écho » et en 2009 deux documentaires sur la question de l’enfermement et de la prison : « Pères en prison. L’amour détenu » ainsi que « Prison, les femmes ont de la peine » finaliste du Prix Europa à Berlin.
En 2006, elle réalise pour la RTBF une émission intitulée « Ma petite misère », le surnom donné à Marguerite Duras par sa mère (deux fois 50 min). Dans le cadre du Centenaire de l’écrivain, cette émission a été diffusée par France Culture en mars 2014 et rediffusé par la RTBF en avril 2014.
Depuis 2001, Violaine de Villers est l’auteure et la réalisatrice d’une quinzaine d’émissions radiophoniques dont une série pour enfants « Histoires de-ci Histoires de-là »en 2003.
En 2002, elle adapte le roman de Didier de Lannoy et réalise la fiction « Jodi, toute la nuit» avec Yolande Moreau, Isabelle Dumont ... et en 2001, « Les lettres d’un kinois à l’oncle du village » de Lye M. Yoka, avec Inkoli Jean Bofane.

Galerie photos

Filmographie

La Couleur manifeste

La Couleur manifeste

Réalisateur(-trice)
documentaire
2020
 
Chine 87, les autres

Chine 87, les autres

Réalisateur(-trice)
documentaire
2017
 
La langue rouge

La langue rouge

Réalisateur(-trice)
documentaire
2016
 
Les Carrières de Roby Comblain

Les Carrières de Roby Comblain

Réalisateur(-trice)
documentaire
2014
 
Les familles de Marianne Berenhaut

Les familles de Marianne Berenhaut

Réalisateur(-trice)
documentaire
2011
 
Pierres qui roulent

Pierres qui roulent

Réalisateur(-trice)
documentaire
2010
 
Poupées-poubelles

Poupées-poubelles

Réalisateur(-trice)
documentaire
2010
 
La conjuration des couleurs

La conjuration des couleurs

Réalisateur(-trice)
documentaire
2007
 
Mirage

Mirage

Réalisateur(-trice)
documentaire
2007
 
Mon enfant, ma sœur, songe à la douleur

Mon enfant, ma sœur, songe à la douleur

Réalisateur(-trice)
documentaire
2005
 
Filigrane

Filigrane

Réalisateur(-trice)
documentaire
2004
 
Le Vent de Mogador

Le Vent de Mogador

Réalisateur(-trice)
documentaire
2000
 
Ô Couleurs

Ô Couleurs

Réalisateur(-trice)
documentaire
1998
 
Rwanda, paroles contre l'oubli

Rwanda, paroles contre l'oubli

Réalisateur(-trice)
documentaire
1996
 
La tête à l'envers

La tête à l'envers

Réalisateur(-trice)
documentaire
1993
 
Mizike mama

Mizike mama

Réalisateur(-trice)
documentaire
1992
 
Monsieur S et madame V

Monsieur S et madame V

Réalisateur(-trice)
documentaire
1989
 

LA COULEUR MANIFESTE - 30 min - HD - 2020 - autoproduction

L’
ATELIER DE BERNARD VILLERS - 16 min - HD - 2020
L’exposition de Bernard Villers à la Galerie du Botanique en 2018 et son atelier.

C
HINE ‘87, LES AUTREScoréalisation Violaine de Villers et Jean-Pierre Outers – 60 min. - 4/3 – 2017
(DCP, BluRay, Dvd) VO FR, ss-titres EN, NL, Chinois.
Prod. Dérives en coproduction avec l’Atelier Graphoui. Avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Film d’archives de 1987, nous sommes confrontés à cet Autre de la culture chinoise.

L
A LANGUE ROUGE - WALTER SWENNEN – 69 min – HD – 2016- www.lalanguerouge.com. VO FR, ss-titres EN, NL. Prod. YCAligator Film avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le soutien du Tax shelter du Gouvernement fédéral de Belgique, en coproduction avec la RTBF-Arte Belgique et le CBA – Centre bruxellois de
l’Audiovisuel. Prix du Film sur l’Art au BAFF/Brussels Art Film Festival 2017.
Portrait de l’artiste peintre Walter Swennen en relation avec son oeuvre.

RÉPLIQUES – 7 min 15 sec – HD – 2015 Vidéoart, autoproduction
Une installation de Bernard Villers au Musée de Mariemont

LES CARRIÈRES DE ROBY COMBLAIN – 57 min – HD – 2014 (DCP, BluRay, Dvd).
Documentaire, Prod. Halolalune avec l’aide de la Commission du film de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Portrait et parcours d’un artiste plasticien contemporain.

LES FAMILLES DE MARIANNE BERENHAUT – 18 min - HDCam – 2011 Vidéoart, autoproduction
Les dernières sculptures de M. Berenhaut dans sa maison/atelier.

P
OUPÉES-POUBELLES – 7 min 30 sec – HDCam – 2010  Vidéoart, autoproduction
Une famille de sculptures de l’artiste Marianne Berenhaut.
Edition DVD des 2 films avec l’aide de la Cinémathèque et du Service des Arts plastiques de la
Communauté française de Belgique

PIERRES QUI ROULENT – 7 min 30 sec - DVCam - 2010 Vidéoart, autoproduction
Un travail d’atelier de l’artiste Bernard Villers.
Edition DVD avec l’aide de la Cinémathèque et du Service des Arts plastiques de la Communauté française de Belgique

MIRAGE - 53 min- DVCam – 2007 Prod. Maison des Sciences de l’Homme du Nord – Pas-de-Calais
avec le peintre Roland Jadinon, professeur de couleur à L’ERG et Saint-Luc.
Edition La Maison d’à côté du livre multimédia « L’Expérience de la couleur »

LA CONJURATION DES COULEURS - 30 min.- DVCam – 2007
Prod. Maison des Sciences de l’Homme du Nord – Pas-de-Calais
A propos de l’exposition de Bernard Villers au Musée d’Ixelles
Edition La Maison d’à côté du livre multimédia « L’Expérience de la couleur »

P
ARLONS COULEUR - 40 min. - DVCam – 2007
Prod. Maison des Sciences de l’Homme du Nord – Pas-de-Calais
avec le professeur de couleur Félix D’Haeseleer et deux étudiants de La Cambre, Anne
Bertinchamps et Frédéric Dumoulin
Edition La Maison d’à côté du livre multimédia « L’Expérience de la couleur »

M
ON ENFANT, MA SŒUR, SONGE À LA DOULEUR – 54 min. – Beta digit - 2005

M
ON JARDIN DÉVASTÉ - 29 min.-Beta digit - 2005
Prod. Centre Vidéo de Bruxelles - Fonds télévisuel de la Communauté française, Direction
Générale de la Coopération au Développement. – RTBF
La lutte contre les mutilations sexuelles féminines 

FILIGRANE – 22 min.- DVCam – 2003 Vidéo art, autoproduction
Sur les livres de l’artiste Bernard Villers
Edition DVD avec l’aide de la Cinémathèque et du Service des Arts plastiques de la
Communauté française de Belgique

L
E VENT DE MOGADOR - 60 min. - Beta digit - 1999
Prod. Saga Film, coprod. WIP, RTBF, TV tres, CCM avec l’aide de la DGCI
Retour d'un juif dans sa ville natale au Maroc après trente-cinq ans d’exil

Ô COULEURS - 35 min. , Beta SP, 1997 Vidéo art, autoproduction
Avec l’artiste peintre Thierry de Villers

R
WANDA , PAROLES CONTRE L'OUBLI / 55 min., Beta SP 16/9, 1996
Prod. Saga Film, coprod. WIP, Kladaradatsch! avec l’aide de l’AGCD et la CEE
Témoignage de trois femmes après le génocide de leur famille au Rwanda

R
EVIVRE
/60 min., Beta SP 16/9, 1996
Prod. Saga Film, coprod. WIP, Kladaradatsch! avec l’aide de l’AGCD et la CEE
Années 90, cinq témoignages sur les relations Hutu - Tutsi et sur le génocide rwandais

L
A TÊTE À L'ENVERS / 60 min., film 16 mm, 1993
Prod. Paradise Films, coprod. ARTE-RTBF, CBA avec l’aide de la CEE
Immigration maghrébine : l’itinéraire d’une jeune marocaine et d’une jeune algérienne
— Prix ROSE de la Commission nationale des femmes du Parti socialiste
— Tournée "Un été au Ciné" organisée par le CNC - Paris en juillet 1994.
— Prix du Jury du 2ème Festival "La Mo-Viola" de Turin, octobre 1995

MIZIKE MAMA / 52 min.,film 16 mm, 1992
Prod. RTBF, WIP, BBC et CEE
Métissage culturel Zaïre - Belgique avec la chanteuse Marie Daulne et les Zap Mama
— Prix des Universités et mention spéciale du jury du Festival des Droits de l'Homme de
Strasbourg, mars 1992
— Prix du Public du meilleur long métrage documentaire et mention spéciale du jury du 14e
Festival international des films de femmes de Créteil, avril 1992
— Prix du Meilleur Documentaire du jury du Festival international de films de Femmes de
Madrid, novembre 1992
— Grand Prix du Documentaire musical, Prix de la Croisette au Festival International du Film
musical de Cannes, MIDEM, janvier 1993
— Prix du Meilleur Portrait d'Artiste au Golden Awards de San Francisco, février 1993
— Mention spéciale au Prix FUTURA à Berlin, avril 1993
— Prix Planète Câble au XIIe Bilan du Film ethnographique du Musée de l'Homme à Paris, mars
1993
— Tournée "Un été au ciné" organisée par le CNC - Paris en juillet-août 1992.
— Mention spéciale de l'UNESCO au concours de l'URTNA (centre d'échange de programmes à
Nairobi)

MONSIEUR S. ET MADAME V. / 52 min., film 16mm, 1989 en coréalisation avec Jean Marc Turine
Prod. Saga Film et Vidéo, coprod. SEPT, RTBF et CBA
Témoignage d’un juif d’Anvers et d’une résistante flamande, rescapés des camps nazi
— Mention spéciale du jury du Festival Média 10/10 de Namur, novembre 1990
— Mention spéciale du jury du Festival de Strasbourg, mars 1990
— Diplôme des Rencontres internationales du cinéma Amascultura de Lisbonne.

L'
OMBRE DES COULEURS / 12 min., vidéo BVU couleur, 1984, film sur l’art. Vidéo artistique. Prod. Image Vidéo.
 
PLACE DE LONDRES / 10 min., vidéo BVU couleur, 1984, vidéo artistique. Prod. Image Vidéo et Wallonie Image Production
— Prix du Public au Festival Voir des vidéos, Bruxelles, mai 1985.
 
LA FADEUR SUBLIME ... DE MARGUERITE DURAS / 30 min., vidéo 3/4 couleur, 1983
Prod. Archives et Musée de la Littérature et Image Vidéo
- Sur le texte « Les enfants maigres et jaunes » de M.D., la musique de Carlos d’Alessio et des photos de tournages et témoignages de Michaël Lonsdale

Le déclic...

Violaine de Villers

Ainsi le sujet vient à moi

C'est lors de mon année sabbatique en 1976 que j'ai découvert le film Ici et Ailleurs de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville à un festival, à l'ULB. Alors que j'avais depuis peu pris congé de l'enseignement, voulant du répit pour écrire et voyager, alors que je revenais d'un séjour à Ceylan, je me demandais comment raconter, relater ici ce qui se passe là-bas, ce que j'avais vécu, ce que j'avais compris ou mal compris. Les émotions ressenties, ces lumières, ces couleurs, ces Bouddha millénaires, ces gens, ces enfants, leurs histoires, leur beauté, la gaieté et la tristesse, la richesse et la misère, l'Histoire et la mienne. La phrase de Bertold Brecht "Le réalisme, ce n'est pas comment sont les choses vraies, mais comment sont vraiment les choses" me tenait fort à coeur. J'avais ramené dans mes bagages des musiques, des photos, des dessins et des petits mots d'enfants, quelques objets usuels et culturels, et mon journal. D'autre part, je gardais en mémoires de multiples impressions contradictoires ainsi que des éléments sensibles, fugitifs comme des mouvements, des expressions, des conversations, des sourires, des ambiances sonores, visuelles. Toute une matière à élaborer !
Ici et Ailleurs fut pour moi une véritable révélation, une leçon remarquable sur la communication. J'étais désolée d'être seule à cette projection, sans amis avec qui partager mon enthousiasme. Mais c'était un trésor secret qui me donnait plein d'audace. J'ai commencé à fabriquer et à monter dans ma tête des images et des sons. Je me suis mise au travail comme stagiaire, assistante à la réalisation, au montage, à la production, quittant l'enseignement définitivement. Heureuse, très heureuse de me confronter au pouvoir de l'image et du son, "assemblées dans un certain ordre pour se faire une idée du monde" comme dit Godard. Depuis 1982, je n'ai réalisé que des documentaires. Pour moi, c'est un genre qui touche aux sciences de l'homme, il peut révéler les logiques et l'histoire des comportements sociaux. Le cinéma, le documentaire a fortiori, est un moyen d'expression, d'éducation et d'information privilégié. C'est aussi un art, au même titre que la peinture. J'aime l'image et j'aime le texte, et j'aime surtout comprendre les gens. C'est parce que les gens ont beaucoup de sens qu'ils m'intéressent. J'ai toujours travaillé avec des personnes lucides au départ et qui le deviennent de plus en plus grâce au travail commun. Je ne m'exclus pas de cette connaissance et de cette lucidité grandissante. J'approche des domaines que je connais mal au départ. Je suis dans un état de recherche diffuse, de préoccupation constante. Les choses sont là, elles se travaillent et sont mises à jour de plus en plus clairement. J'essaie de les saisir à un niveau où se noue un lien entre le personnel et le politique, où la parole la plus personnelle s'inscrit dans un contexte historique et social. Ainsi le sujet vient à moi. J'aime montrer que le film est une élaboration, une création, qu'une conception formelle est à l'oeuvre. Dans le documentaire, j'articule deux modes d'approche de la réalité : un mode optique et un mode logique, l'oeil et le cerveau. C'est la rencontre sensible entre, d'une part, mon travail cinématographique sur l'image et le son, et d'autre part, le savoir que j'ai accumulé au cours de ma recherche documentaire. Ce qui sera "réel" sur l'écran sera autre que ce qu'on appelle la "réalité". Je trouve insupportable ceux qui prétendent pouvoir saisir dans une réalité brute la vérité. Si je fais des films, c'est que les images et les sons me passionnent, comme l'écriture et la peinture. Le documentaire est un travail d'agencement de scènes visuelles et sonores dans la durée d'un récit; ce récit se développe, il découvre petit à petit une complexité, celle d'un personnage par exemple. J'aime fabriquer une structure logique et esthétique à la fois. Que ce soit beau - permettez-moi de le redire - et cohérent. L'émotion vient alors.

Violaine de Villers