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Bandeko Basi de Paul Shemisi et Bie Michels

Publié le 28/08/2025 par Nastasja Caneve / Catégorie: Critique

Chères femmes

Pourquoi quand on parle de sexe, on rougit encore, la tête sur l’oreiller? Pourquoi c’est difficile de dire “ça, j’aime moins, ça, j’aime pas, mais ça, ça me rend dingue”. Pourquoi on n’arrive pas à parler du plaisir comme on parlerait d’un bon feuilleton télévisé? Pourquoi on entrave son plaisir pour celui de l’autre? Pourquoi est-ce encore si maladroit? Pourquoi l’homme est encore, trop souvent, le chef? Pourquoi la femme en mini-jupe passe encore pour la vilaine du village? Pour la militante féministe congolaise Hana Kele, ces questions ne devraient plus se poser.

Projection à BOZAR les 23, 27 et 28 septembre 2025

Bandeko Basi de Paul Shemisi et Bie Michels

Armés de leur caméra, l’artiste multidisciplinaire Bie Michels et le réalisateur Paul Shemisi ont suivi Hana Kele dans son quotidien de femme luttant pour les droits de ses égales dans la société congolaise. Hana Kele est aux antipodes de ce que la société congolaise attend des femmes - femmes soumises, mères au foyer, cachées, inférieures aux hommes. Hana est mère célibataire, activiste engagée, médiatisée à la télévision locale, sur les réseaux. Avec ses dreadlocks, ses piercings, ses fringues colorées (et sexy), ses breloques aux poignets et son vernis sur les ongles, elle n’a pas peur de l’ouvrir et elle se fiche pas mal du qu’en-dira-t-on. 

Hana Kele peut parler de tout sans tabou, des questions de genre, en passant par le dresscode des étudiantes à l’université, de comment laver correctement son vagin à c’est quoi la différence entre l’orgasme clitoridien et l’orgasme vaginal. Là-bas, les filles (et les hommes) la suivent sur les réseaux, une encyclopédie en ligne qui apprend les bases, longtemps occultées par un fond de colonisation encore bien présent. 

Le film commence avec des témoignages en voix off sans image, des questions percutantes pour celles et ceux qui n’ont jamais abordé ces sujets, témoignages d’abord désincarnés qui s’incarnent peu à peu par des dizaines de protagonistes, à découvert.  Les réalisateurs mêlent des extraits de vlogs, de séries télévisées (qui sont so clichées, mais pourtant diffusées sur les chaînes télévisées), des interviews d’hommes et de femmes qui se lâchent devant la caméra. Des points de vue parfois opposés, mais jamais houleux. L’idée, c’est de donner la parole à chacun et chacune sur des sujets essentiels pourtant peu ou pas abordés. 

Le film est ancré dans un Congo qui porte en lui les traces d’une colonisation encore bien présente dans les us et coutumes. Mais, les questions posées là-bas, dans les rues de Kinshasa, ne font-elles pas écho à nos vies d’ici? Parler du désir, de la sexualité, du rôle de la femme et de son émancipation, des thèmes qui restent encore bien coincés dans la gorge de certains et certaines de chez nous. Le film de Bie Michels et de Paul Shemisi, de par sa forme un peu explosée, de par la multitude des points de vue, permet d’entamer une discussion nécessaire dans une société congolaise usée par ses vilains travers conservateurs et patriarcaux.

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