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Beyond The Waves de Alain de Halleux

Publié le 07/03/2018 par Lucien Halflants / Catégorie: Critique

En quelques films, Alain de Halleux, diplômé en sciences nucléaires et réalisateur, semble s'inscrire dans une volonté de témoignage autour des institutions qui guident notre consommation. Mais de quelles manières et surtout à quel prix ? Beyond The Waves enquête sous un angle différent. Celui d'un artiste Japonais particulièrement sensible à la question.

 

 

Beyond the WavesC'est dans un narcissisme exacerbé mais totalement assumé que le film prend sa source. Ce pêché d'égo, c'est celui de Taro Yamamoto, acteur dont l'existence fut chamboulée par l'accident nucléaire de Fukushima. Sa vie, sa vision, sa conscience politique et environnementale donneront, à travers sa personnalité, une résonance bien plus grande au film, à échelle mondiale. Un narcissisme, donc, pour soulever une lutte et la donner à voir de l'intérieur dans une forme portée par un habile mélange entre l'intime d'une vie bouleversée, des instants sensoriels presqu'oniriques d'un monde en délitement et d'une enquête sur la politique nationale proche d'un certain journalisme moderne.
Le film traite et s'empare du corps de l'acteur, que la caméra aime autant qu'il semble l'aimer. Alain De Halleux prend plaisir à filmer son sujet. Les muscles se tendent pour parer et donner des coups littéraux et allégoriques. Ainsi, les triceps, biceps, deltoïdes et pectoraux de Yamamoto envoient ses poings s'écraser dans les sacs de frappe. Comme le coeur, résidence de la conscience et de l'envie, cognent les décisions politiques et entrepreneuriales viciées du capitalisme forcené.
Ainsi, c'est surtout le portrait d'une révolte sous ses différents visages que peint le réalisateur. Entre les discours en costard, les prises de conscience en streetwear et les matraquages policiers tout en sueur et t-shirt plaqué au sol.
Mais le film trouve aussi, à plusieurs instants, sa force dans des respirations de vie quotidienne très graphiques, souvent plus abstraites mais néanmoins plus parlantes que bien des démonstrations discursives.
Ces séquences résonnent comme une prise de distance, des parenthèses dans la subjectivité de l'acteur épousée par le film. Elles observent une réalité sans futur qui se noie métaphoriquement sous les vagues destructrices d'où le film tire son titre. En somme, de bien beaux moments de cinéma pour communiquer une pensée, une émotion à travers un travail précis sur le cadre, la lumière, le mouvement, le son, la musique...
Beyond the WavesDès lors que le film échappe au charisme magnétique (et un peu vampirique) de son protagoniste, il dérive et plonge naturellement vers le fond de ses aspirations. Son combat quotidien, s'il est louable, semble bien peu intéressant comparé aux fondamentaux de ses idéaux. À contre courant de la politique majoritaire au Japon, Yamamoto charge tête baissée contre les gangrènes nationalistes, xénophobes, ultra capitalistes ou le réarmement toujours excessif. Autant de luttes à mener pour espérer sauver ce qu'il reste à sauver de son pays. Un Japon représentant paroxystique du fonctionnement sociétal infect et infecté d'un monde pas si éloigné du nôtre. Et c'est là, dans le pourquoi de ses interventions, que le film prend tout son intérêt. Bien loin du sénateur qui cabotine et hurle ses convictions dans les hémicycles de la Diète ou de l'acteur à succès de Battle Royal ou de Izo travaillant son apparence, mais bien dans les doutes, les espoirs, les découragements, les rebellions qui font d'un homme, bien plus qu'un être. Ici, nommé : Taro Yamamoto.

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