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Histoire de lire d'Isabelle Rey

Publié le 15/01/2016 par Nicolas Longeval / Catégorie: Critique

« Je passe la porte du silence », murmurent les enfants à l’oreille de Véronique, en entrant l’un après l’autre dans la bibliothèque sommaire de la petite école bruxelloise où elle les accueille, un doigt sur la bouche.
Depuis la maternelle jusqu’à la fin des primaires, une heure par semaine (souvent plus, si affinités), les enfants sont invités à découvrir la magie du sanctuaire. Un monde où tout est possible : géants, magiciens, animaux qui parlent… Et où ils aiment beaucoup, manifestement, se retrouver. Une bulle de silence, en somme, une parenthèse dans une bruyante réalité. En farfouillant dans cette caverne d’Ali Baba, ils explorent une île où l’imaginaire est roi et le livre un trésor que l’on se raconte, que l’on s’échange et conseille à son copain. Mais surtout, sans en dire la fin ! Et soudain, tout est calme, on entendrait une mouche voler : sur quelques épais tapis de mousse qui recouvrent le sol et se modulent à l’envi, les enfants ont plongé entre les pages… Tout est possible, vraiment ! Le ton est donné.

 

histoire de lireSi le film (2007) a pris quelques rides, l’émotion est intacte. Ici, point de grands discours, de grandes théories : la réalisatrice Isabelle Rey, rencontrée le 20 novembre dernier à la Maison de la Francité à l’occasion du Week-end du Doc (we-doc.be) et aussi, simplement, du rendez-vous mensuel de Fenêtre sur Docs, s’est faite toute petite, dans un coin, pour laisser aux enfants toute la place, et leurs propres mots. Filmé à leur hauteur, son documentaire (52’) est sans doute moins une étude sur « des mesures de discrimination positive favorisant l’accès direct aux livres pour tous », que l’histoire d’une rencontre, un portrait de femme même, de Véronique Bruyndonckx, plasticienne prise au jeu de l’animation en bibliothèque, qui guide et encadre mais, effacée elle aussi, ne tentera pas (ouf !) de nous expliquer par A + B comment l’enfant est amené à découvrir le plaisir de la lecture, ni pourquoi. D’ailleurs, parfois ça marche, parfois un peu moins : tous les enfants ne sont pas appelés à devenir Roald Dahl ou J.K. Rowling, mais les décomplexer face à l’objet « livre », le leur faire apprivoiser, ce n’est pas faire une génération de conteurs, c’est les rendre curieux, les ouvrir à un monde de savoirs pluriels, de différences légitimes et respectables.

Heureusement, à partir de la 1ère primaire, les enfants peuvent carrément ramener un livre chez eux, et ils en tombent à la renverse ! Le film d'Isabelle Rey donne envie de lire une histoire à ses enfants en les épiant du coin de l’œil. Et de le montrer aux plus grands en espérant pouvoir « repêcher » quelques-uns, qu’aurait rebuté la lecture imposée. Les expériences de ce genre se sont multipliées depuis 2007, nous assure Isabelle Rey, et les mesures semblent porter leurs fruits. Evidemment, on a très envie de la croire.

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