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Holly de Fien Troch

Publié le 21/11/2023 par Grégory Cavinato / Catégorie: Critique

Espoir féminin

Holly Meyers (Cathalina Geeraerts), 15 ans, est stigmatisée et régulièrement insultée par ses camarades de classe, notamment à cause de son amitié avec Bart (Felix Heremans), un jeune garçon agité, souffrant de troubles mentaux, pour qui elle est une sorte de grande sœur. Surnommée « Trolly » ou « la Sorcière » à l’école, Holly est devenue marginale bien malgré elle. Un matin, un mauvais pressentiment lui dit de rester à la maison. Elle appelle l’école pour prévenir qu’elle n’ira pas en classe. Le même jour, un incendie fait huit morts parmi les élèves…

Holly de Fien Troch

Les mois passent. Anna (Greet Verstraete), une professeure intriguée par la prémonition de Holly, l’invite à rejoindre un groupe de bénévoles qui soutiennent les familles des victimes. La douce présence de Holly apporte chaleur et réconfort à ceux qu’elle rencontre. « L’espoir est parmi nous », leur répète-t-elle. Comme par magie, par son simple sourire et son énergie cathartique, elle fait disparaître immédiatement leur chagrin et les persuade que leurs défunts sont maintenant en sécurité. 

Holly devient une célébrité dans la région pour son « don surnaturel », une sorte de Messie local dont la population attend beaucoup. Mais a-t-elle les épaules et l’envie d’endosser un rôle si difficile à assumer, elle qui ne sait pas encore ce qu’elle attend de la vie ? Quoi qu’il en soit, l’attention qu’on lui porte marque un grand changement pour elle. Holly accepte même parfois un peu d’argent contre ses services, au grand dam d’Anna qui lui reproche d’abuser de la bonté de personnes crédules et vulnérables. Mais c’est la première fois que la jeune fille peut se permettre de se payer des vêtements décents, des bijoux, bref, de se faire plaisir... 

Fien Troch continue d’explorer le thème du passage (trop rapide) à l’âge adulte, qu’elle avait déjà abordé dans Kid (2012) et Home (2016), via l’histoire d’une adolescente qui ne comprend ni l’ampleur ni les conséquences de son pouvoir, encore moins les responsabilités qu’il engendre. Holly est décrite comme la gentillesse incarnée : jamais elle ne tient rigueur aux camarades de classe qui la tourmentent et elle n’hésite (presque - la nuance s’avérera importante) jamais à aider quelqu’un dans le besoin. Via ce personnage déconcertant, la réalisatrice cherche à explorer ce qu’il y a de meilleur chez l’être humain. Dès lors, il est heureux qu’Holly ne nous soit pas montrée comme parfaite, une princesse Disney, mais au contraire comme une fille tout à fait ordinaire. Là où un film américain aurait transformé ce récit en guimauve bondieusarde ou, pire encore, en film de superhéroïne, Fien Troch examine avec pudeur, tendresse et sans clichés la psyché d’une ado « spéciale » aux yeux du monde, « mais pas bizarre ». 

L’aspect mystique du récit est entièrement laissé à l’interprétation du spectateur : Holly a-t-elle vraiment des pouvoirs salvateurs ou est-ce la volonté d’y croire d’une population endeuillée qui crée l’illusion ? Est-ce l’absence de Holly à l’école qui a provoqué l’incendie comme une sorte de punition divine ? Fien Troch n’apporte aucune réponse facile ; chacun se fera son opinion selon ses convictions, ses croyances. 

Avec sa galerie de personnages brisés (Anna ne peut pas avoir d’enfants ; son époux pompier, gravement dépressif, culpabilise de n’avoir pu sauver les élèves morts dans l’incendie ; Bart meurt d’envie de s’améliorer pour ressembler davantage à Holly, mais ses troubles mentaux sont un obstacle impossible à franchir…), Holly est une œuvre tantôt austère, tantôt lumineuse, merveilleux portrait d’une adolescente (incarnée par une jeune actrice formidable de justesse) doutant de sa légitimité, effrayée par la fin de l’innocence et le chemin à parcourir, poussée par les circonstances à questionner sans cesse sa propre nature.

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