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Le Plombier de Xavier Seron & Meryl Fortunat-Rossi

Publié le 15/12/2020 par Marine Bernard / Catégorie: Critique
Le Plombier de Xavier Seron & Meryl Fortunat-Rossi

Le duo formé par Xavier Seron et Meryl Fortunat-Rossi, deux réalisateurs tous droit sortis de l’IAD, est atypique. Depuis 2011, leurs courts-métrages largement primés en festivals, défient tous les codes du cinéma classique tant leur genre est à part. Cinéma décomplexé mettant en scène des personnages à l’humour grinçant, une famille d’acteurs qui les suit depuis leur premier film, il nous confronte à un réel souvent cru. C’est un genre sans limite que personne ne s’était risqué à produire jusqu’à présent. Si vous l’aviez raté lors de sa sortie en 2016, Le Plombier sera présenté lors du Festival Le Jour le Plus Court du 17 au 22 décembre 2020.

Ce troisième court-métrage s’éloigne de l’aventure forestière gore et potache dont nous nous régalions dans l’Ours noir (2015) pour laisser place à une timide histoire d’amour qui naît dans un contexte foncièrement trivial. Tom est un comédien flamand, doubleur de films pour enfants, Catherine est une comédienne francophone expérimentée. Ils sont tous les deux engagés pour doubler un film pornographique dans un studio d’enregistrement tenu par JC et Phil. Ce qui est particulièrement drôle dans ce boulot, c’est qu’en plus des dialogues, les doubleurs de films pornographiques doivent aussi doubler les bruitages des scènes de sexe. Et c’est précisément ce que les réalisateurs ciblent dans Le Plombier. Tout du long, nous nous amusons du paradoxe entre la possibilité de développer une histoire d’amour avec ses petits moments de gêne et le fait de devoir imiter des cris de jouissance sans retenue. De ce décalage complet naît une comédie incongrue renforcée par le cynisme constant des deux propriétaires du studio. Sans parler des différences de langage qui rendent certaines situations hilarantes. À cela s’ajoute un esthétisme imaginé pour pousser le décalage à son paroxysme. D’une part, les réalisateurs ont choisi le noir et blanc, pour renforcer la nature surréaliste de la situation et d’autre part, ils répètent les plans serrés sur les bouches des personnages pour en exacerber le caractère dérangeant. La musique a aussi toute son importance puisqu’elle vient ponctuellement appuyer cette atmosphère étrange. Comme pour chacune de leurs réalisations, tout concourt à impacter le spectateur et le laisser pantois.

Si vous n’êtes pas familiers à leur démarche, cette parodie décoiffante va définitivement vous sortir de votre zone de confort cinématographique.

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