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Entretien avec Maxime Lacour, responsable de la plateforme UniversCiné 

Publié le 01/04/2020 par David Hainaut / Catégorie: Entrevue

« Chez nous, le cinéma belge s'est toujours bien débrouillé ! » 

Vu l'actualité particulière de ce printemps 2020, liée au caractère inédit du confinement, les plateformes de cinéma à la demande vivent par ricochet une période faste. Comme UniversCiné qui en décembre dernier, fêtait son dixième anniversaire.

Entretien avec son responsable Maxime Lacour, par ailleurs cofondateur et membre de l'EuroVOD, nom du réseau continental de ce secteur, qui coordonne - depuis son domicile, en ce moment - une équipe d'une dizaine de personnes, œuvrant jour et nuit pour assurer un fonctionnement 4 à 5 fois plus dense que d'habitude, pour cette société basée depuis ses débuts à Auderghem.

Cela, à quelques mois d'un changement radical, puisque UniversCiné disparaîtra au profit d'une nouvelle appellation («Sooner»), destinée à booster un organe totalisant 140 000 utilisateurs, et soutenu entre autres par le Centre du Cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le VAF (Vlaams Audiovisueel Fonds) et le programme Europe Creative de l'Union Européenne.

Maxime LacourCinergie : Pour votre plateforme, on peut donc parler de temps… glorieux !

Maxime Lacour : Oui, si on fait abstraction d'une saturation de la vidéo à la demande à ce moment-ci, vu l'utilisation massive des utilisateurs, car cela complique un peu les choses au niveau de nos serveurs. Ce n'est pas forcément la période rêvée pour nous, puisqu'on compte déployer notre nouveau label d'ici la fin de ce semestre. On va en effet arrêter l'exploitation d'UniverCiné pour rassembler tous nos films sur une nouvelle plateforme commune («Sooner» donc) à l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, au Bénélux et qu'on opérera nous depuis Bruxelles. Ce sera le fruit d'un travail entamé il y a près d'un an avec de nouveaux partenaires, qui offrira de nouvelles solutions technologiques. Mais on ne se plaint pas : on a la chance d'être une entreprise qui fonctionne bien pour l'instant, contrairement à beaucoup d'autres dans le secteur. Juste, qu'on avance à tâtons...

 

C. : Face à cette saturation virtuelle que vous évoquez, il n'y a pas de craintes à avoir à ce niveau-là, pour les semaines à venir ?

M.L. : On a surtout rencontré quelques problèmes de ralentissement, mais on a informé nos utilisateurs du contexte actuel. Nous faisons tout pour répondre à cet afflux complètement inédit. Mais pour la suite non, il n'y aura plus de souci : on est d'ailleurs encore occupé à tout régler !

 

C. : Plusieurs actions de cinéma à la demande ont été évoquées récemment, et quelques-unes vous concernent. Pourriez-vous les rappeler ?

Losers revolutionM.L. : Oui, on a notamment «cinema@home», qui reprend les films sortis récemment en salles et ceux qui devaient bientôt être à l'affiche. Il y a aussi «VOD Premium», un projet lancé en commun par les opérateurs Proximus et VOO. Et puis, il y a «Le cinéma belge à la maison», qui vient d'être imaginé par le Centre du Cinéma pour promouvoir six films majoritaires belges du moment (NDLR : Adoration, Filles de Joie, Jumbo, Losers Revolution, Lucky et Pompei). Cette action renvoie à l'ensemble de notre catalogue plus large de films belges, de courts, de documentaires et de longs-métrages. Cela s'inscrit dans le cadre d'une initiative de la ministre de la culture Bénédicte Linard, l'opération concernant une dizaine de distributeurs belges indépendants : soit quasiment tous.

 

C. : Dans votre Top 100 de l'an dernier des films les plus demandés et donc vus, le film français Le Grand Bain a devancé Nos Batailles (Guillaume Senez) et Girl (Lukas Dhont). Et pour l'instant, Les Misérables est leader devant J'accuse, Hors Normes et Losers Revolution (Thomas Ancora & Grégory Beghin). Le cinéma belge semble bien se porter, chez vous...

M.L. : ...et on ajoutera aussi Filles de joie et Jumbo parmi les dix plus demandés du moment ! (NDLR: à l'heure où nous écrivions ces lignes, Adoration, Pompéi et The Barefoot Emperor étaient également dans les vingt-cinq premiers). En fait, les films belges se sont toujours bien débrouillés chez nous. Ils composent environ 15% de notre catalogue, parmi nos 70% de films européens. C'est donc une demande forte, qu'on va encore développer, en envisageant une action avec différents médias et des spots publicitaires en radio, sur La Première. Mais notre ligne éditoriale veut continuer à être distincte des plateformes généralistes, comme Netflix, Proximus ou VOO. Notre but reste de mettre en avant du local, de grands réalisateurs, un cinéma européen de qualité, indépendant ou de festivals. Un mix qui convient tant au cinéphile curieux qu'au grand public, puisque nous avons aujourd'hui plus de 5000 films. On a des classiques par centaines, des films de genre, etc.. Les autres plate-formes restent plutôt orientées vers les séries et films de divertissement. Mais cela ne nous empêche donc pas de brasser large!

 

DaensC. : Quid de la partie flamande ?

M.L. : Notre équipe est bilingue. Elle se partage donc tant dans l'exploitation que le marketing, avec deux espaces différents au nord et au sud du pays. Il y a 3000 films disponibles en Flandre, et ce ne sont pas les mêmes, bien qu'on trouve toujours bien sûr un lot de nouveaux films dans nos communautés, comme bientôt Un divan à Tunis ou La Vérité. Notre algorithme reste humain : on constitue donc nous-mêmes nos collections et nos thématiques, en établissant aussi des partenariats avec des festivals, comme récemment avec le Luxembourg City Film Festival ou le MOOV en Flandre. Une collection de la Cinematek nous sera bientôt proposée. Aussi, on va ainsi pouvoir exploiter de grands films belges comme Daens ou Jeanne Dieleman !

 

C. : Comme vous le répétez souvent, vous proposez une «offre complémentaire», davantage que concurrentielle...

M.L. : Oui, et on va renforcer bientôt cette offre avec notre nouveau site Sooner, qui aura un contenu inégalé au Bénélux, au niveau du catalogue SVOD (NDLR : la vidéo à la demande avec abonnement). Mais de vraies opportunités de complémentarité qui pourraient encore se faire avec des opérateurs. Certains d'entre-eux prétendent souvent vouloir travailler ensemble, mais personne ne semble aller vers quelques chose d'équitable. C'est dommage, car chacun le sait, le rouleau compresseur qu'est Netflix est arrivé en 2014 en modifiant la donne dans le secteur. Même si Netflix reste spécifique. De nouvelles alliances seront de toutes façons inévitables car en plus de Netflix ou d'Amazon, NBC Universal, Disney, Warner TV et d'autres seront bientôt d'autres acteurs qui bousculeront le marché européen, et le Bénélux en particulier. Nous, on représente quand même plus de trois cents distributeurs, producteurs et vendeurs belges et internationaux. J'espère qu'on pourra encore renforcer l'offre globale à destination du public belge. En trouvant des synergies, tous ensemble...

 

Jeanne DielmanC. : … ce qui serait préférable voire logique pour un petit territoire comme le nôtre, non ?

M.L. : Clairement ! Beaucoup de choses peuvent encore être imaginées entre distributeurs, exploitants et festivals. Je songe aussi à tout le réseau PointCulture ou même celui des bibliothèques, les télévisions, aussi bien publiques que privées. En Flandre, j'entends qu'un fournisseur d'accès internet, Telenet, veut s'associer avec le groupe de médias DPG Media (Medialaan, Persgroep...) pour proposer une nouvelle offre de streaming. Un trio similaire, côté francophone, serait par exemple lui aussi fructueux.

 

C. : Pour conclure sur votre prochain changement de nom, Sooner : il était inévitable ?

M.L. : Oui, on devait y passer pour donner un nom commun à ce nouveau réseau européen avec lequel on s'accordera, pour trouver une nouvelle identité et s'offrir de nouvelles perspectives. L'idée est de se dire qu'on arrêtera certaines exploitations de manière isolée, pour rassembler tous nos contenus sous un même label, avec 4 formules allant de 6,99 à 14,99 euros. On a énormément de nouvelles acquisitions en cours, ce qui diversifiera notre offre. Et les formules d'abonnements offriront plus d'avantages aux utilisateurs, avec des accès à la douzaine de festivals (dont Gand, Namur ou le BIFFF) avec lesquels nous sommes partenaires, à des avant-premières et des événements festifs, des accès aux festivals en ligne (comme Myfrenchfilmfestival), tout en mettant en place des thématiques (environnement, social) avec différentes associations. On bossera dans l'approche la plus locale possible avec nos partenaires. Ce sera un mieux à tous les niveaux: la technologie sera plus rapide, et tout cela sera disponible avec la télévision connectée. On a presque déjà hâte d'être là !

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