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Petit Samedi de Paloma Sermon Dai

Publié le 14/10/2020 par Bertrand Gevart / Catégorie: Critique

Damien Samedi a 43 ans. Petit Samedi, c’est son surnom, celui qu’on lui donnait lorsqu’il vagabondait avec les jeunes de son village en bord de Meuse. C’est lui Petit Samedi, un grand gaillard sensible, en prise avec son addiction à l’héroïne. Le film de la réalisatrice Paloma Sermon Daï, récompensé par un Bayard d’or et du prix Agnès au Festival de Namur, dresse le portrait d’une relation particulière, bienveillante et inquiète, entre Ysma et son fils Damien. Un homme qui tente de se libérer de ses addictions en affrontant son histoire, un fils qui essaie de protéger sa mère.

Dans une nuit bleu parking percutée par la techno, plusieurs jeunes s’amusent sans lendemain, se perdent dans une danse infinie. Une nuit dans laquelle Damien s’est aussi perdu, il y a vingt ans. Ces images d’archives capturées lors d’une soirée techno à en faire pâlir les raveurs modernes ancrent immédiatement le film dans une relation particulière avec le passé, celle du mauvais choix que Damien continue de porter. Dès les premières images, le film nous montre l’origine de la chute avant de s’immiscer rapidement dans la relation de co-dépendance entre Damien et sa maman Ysma, une relation complexe magnifiquement filmée par Paloma Sermon Dai. L’intelligence émotionnelle du film tient sans doute dans son approche bienveillante et douce qui fracasse les clichés cinématographiques et les fantasmes autour de la toxicomanie. En effet, le film ne montre pas frontalement les moments où Damien se shoote et se fait du mal, ni encore un combat effréné, ni même des interviews face-caméra larmoyantes, et parvient à esquiver tout regard médical et jugeant. Bien au contraire, Damien apparaît et est présenté comme quelqu’un qui a un problème comme n’importe quelle autre personne. Au fil du film, bien que statique, la caméra se rapproche et affronte la maladie, permet d’ouvrir la parole, à l’image, des séquences dans lesquelles Damien se livre à une thérapeute. Porté par la relation qu’il entretient avec sa mère, Damien semble en quête permanente de l’origine, cherchant à comprendre le « pourquoi » de sa chute.

Petit Samedi de Paloma Sermon Dai

Finalement, Petit Samedi est d’abord un documentaire envisagé comme le portrait d’une relation entre une mère et son fils, sur ce qu’est d’être mère avec un fils qui se débat avec ses propres démons et addictions. Paloma Sermon Dai préfère alors œuvrer à trouver la cause, s’intéressant aussi aux lieux, à l’extérieur, au village, au territoire, ce petit microcosme qui soudainement prend des allures de monstres systémiques. Car on ne se drogue pas pour rien. À partir de ce regard depuis soi sur l’addiction de son frère, la réalisatrice déploie une mélancolie réflexive, notamment lors des passages d’images d’archives de l’enfance de Damien où l’on comprend tout son conflit intérieur. Un film qui soutient un regard affectueux et singulier sur l’addiction et fait table rase des stéréotypes en investissant le champ du personnel et du relationnel.

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