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Rencontre avec Pierre Nisse, nommé à la 9e Cérémonie des Magritte du cinéma.

Publié le 24/01/2019 par David Hainaut / Catégorie: Entrevue

"Un pays sans prix, c'est toujours triste"

S'il n'est peut-être pas (encore?) connu du grand public, son visage déambule depuis plus d'une décennie dans de nombreuses (co)productions belges (Dikkenek, La Religieuse, La Trêve...), alors qu'en septembre dernier, il remportait un prix d'interprétation au FIFF de Namur pour D'un château l'autre d'Emmanuel Marre, un court-métrage nommé aux Magritte. À 36 ans, ce Liégeois se voit récompenser de sa régularité par une première nomination dans la catégorie du Meilleur Acteur dans un Second Rôle, grâce au film Laissez bronzer les cadavres, face à Arieh Worthalter (Girl), Bouli Lanners (Tueurs) et Yoann Blanc (Une part d'ombre).

Rencontre.

Cinergie : Quel a été votre sentiment, en apprenant cette première nomination aux Magritte ?
Pierre Nisse : Content, car une annonce comme celle-là fait plaisir, mais surpris, car je n'y pensais pas trop quand j'ai vu la longue liste des présélectionnés. Dans ces cas-là, on espère toujours un peu… sans trop y croire ! Mais une telle reconnaissance, c'est positif, car ça suscite des curiosités, amène de la confiance et de la légitimité. Des choses qui ne sont pas toujours simples à obtenir !

C. : Une reconnaissance que vous devez donc à votre présence dans Laissez bronzer les cadavres...
P.N. : Oui. Les réalisateurs, Hélène Cattet et Bruno Forzani m'avaient envoyé un mail pour que je passe une audition. En arrivant au casting, j'ai pris une caméra en main en leur disant que je n'avais jamais de chance avec ce genre d'objets. Et bien, figurez-vous que quinze jours plus tard, il m'ont contacté pour me dire que toutes mes images avaient été effacées ! (sourire) Mais après un deuxième tour, j'ai été pris. Ça a été une expérience formidable. Avec une équipe assez petite, on a tourné dans des panoramas exceptionnels en Corse, dans un village abandonné. C'était juste avant l'été, il n'y avait donc pas grand monde et comme on était loin de tout, on était approvisionné par une meule !

C: Qu'est-ce que ce rôle d'Alex a réclamé comme préparation ?
P.N. : Comme c'était un gangster, je me suis dit qu'il serait bien avec un peu d'épaules. J'ai donc fait de la musculation et du sport pour prendre un peu de masse. Pour le reste, le travail s'est surtout effectué sur le tournage, avec les bonnes attitudes à trouver et les bonnes expressions à donner. Le tout était de bien comprendre les scènes et d'essayer de défendre ce rôle avec une forme d'originalité, ce qui pouvait être casse-gueule. C'était très technique, car Hélène et Bruno font leurs films de manière extrêmement découpée, avec peu de plans qui durent plus de trois secondes ! Ce travail d'acteur a donc été aussi gai qu'intéressant.

C. : On peut dire que depuis vos débuts en 2005 dans Dikkenek, vos rôles ont l'air de plutôt bien s'enchaîner. Quel serait votre ligne directrice ?
P.N. : Oui, c'est Olivier Van Hoofstadt qui m'a permis de débuter. À l'époque, je sortais du Conservatoire et je n'avais même pas Internet. Je passais donc mes soirées dans un cybercafé de Matongé (NDLR: il a quitté Liège pour Bruxelles à 19 ans) à envoyer des CV via les annonces que je voyais sur… Cinergie (sourire). En ce qui concerne mes choix de rôles, si je peux aujourd'hui être plus exigeant dans les courts-métrages, je n'ai pas encore ce luxe avec les longs, où il m'arrive d'accepter des choses parfois moins excitantes. Mais comme beaucoup, l'important est de se faire voir, d'exister et de simplement… gagner sa croûte !

C. : Pour vous, le cinéma était un objectif ? Ou bien c'est le hasard qui...
P.N. : J'ai très tôt eu envie de faire du cinéma. Au Conservatoire, j'ai eu la chance de travailler deux ans avec Daniela Bisconti, avec qui on a bossé sur la méthode de l'Actors Studio. Pour moi, il y a au cinéma une forme de pudeur que je préfère au théâtre, même si j'aime aussi en faire. Et je profite d'ailleurs de cet entretien pour dire que si on retient souvent que je joue des fous, des pervers, des toxicomanes ou des violeurs, je peux tout à fait faire d'autre chose ! (rire)

C. : Le quotidien d'un comédien belge francophone, c'est quoi, finalement ?
P.N.: Ça reste avant tout un métier qui demande de la discipline. Ce n'est pas toujours facile, car on est souvent livré à soi-même. Pour ma part, je ne me plains pas car je tourne pas mal, mais de l'extérieur, on a parfois du mal à se rendre compte que pour un acteur, il y a parfois de longs creux entre les tournages. Il faut donc rester vigilant. C'est pour ça que j'essaie de ne jamais arrêter de faire quoi que ce soit. C'est aussi dans ces moments-là qu'il faut faire quelque chose qu'on aime, comme perfectionner une langue ou un instrument. Continuer à polir l'objet, en quelque sorte...

C. : Et en cette année 2019, quels seraient votre projets ?
P.N. : Cette année, je me suis fixé comme objectifs d'amener à bon port des projets plus personnels, qui peuvent parfois traîner à cause de la coordination des agendas de chacun. J'ai un projet de bande-dessinée ludique et j'ai prévu de déposer en commission, un projet mi-ciné mi-web que je développe avec la comédienne Amélie Remacle, qui s'appelle Belgiëque. On a constitué une équipe de scénaristes, et ça avance pas mal...

C. : Pour en revenir aux Magritte, que représentent-ils aujourd'hui, à vos yeux ?
P.N. : Je trouve qu'un pays sans prix, c'est toujours triste ! C'est donc très bien qu'ils existent, car ça donne un peu de volume au cinéma belge et ça fait parler de lui, au-delà même de nos frontières. On a quand même une cinéma qui bouge bien, avec on le sait, les flamands qui font des choses impressionnantes et dont on peut s'inspirer côté francophone. Où on a compris qu'il fallait miser plus sur les scénaristes, ce qui est aussi une bonne chose...

C. : Donc cette cérémonie, vous l'attendez !
P.N. : Oui, je serai content d'y être ! En plus, face à Bouli Lanners à qui j'ai envoyé mon CV il y a quelques années (sourire), Yoann Blanc que je connais, près de qui j'ai joué dans La Trêve et qui ne s'arrête plus de tourner, et Arieh Wolhtaler, que je connais moins, car je n'ai pas encore vu Girl, j'avoue. Mais d'ici les Magritte, ce sera fait, car j'ai prévu de visionner tous les films sélectionnés !

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