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41e Festival National du Court Métrage de Clermont-Ferrand (1er au 9 février 2019)

Publié le 04/03/2019 par Thierry Zamparutti / Catégorie: Événement

31e Festival International

18e Festival Labo

Temps quasi clément en ce début d’année - c’est-à-dire maussade à quelques exceptions près - et abondante et néanmoins pacifique couleur jaune dominante furent les caractéristiques d’une édition une fois de plus composée de films pertinents, marqués pour certains par l’actualité tantôt des flux migratoires tantôt du terrorisme. Mais pas que…

135 pays, 1088 animations, 1467 documentaires, 859 expérimentaux et 5824 fictions soit 9238 films d’une durée moyenne de 15’, dont un était à la frontière du long-métrage à 59’. Dans cette représentation inégalée au monde, 161 films furent en compétition officielle répartis dans les trois catégories citées ci-dessus. Un autre programme important comportait 57 films pour Jeune Public récompensé par Un Coup de Cœur Canal + Family.

Dans ce contexte international, la place de la Belgique est plus qu’honorable en se positionnant au 9e rang avec 221 films inscrits dont 205 étaient visibles au Marché du film. Après le plus grand fournisseur de matière, la France avec 2033 films, les Etats-Unis, l’Espagne, l’Italie ou encore l’étonnante Corée du Sud (327 films !!), nous sommes parmi les quelques pays les mieux représentés en compétition.

Après avoir reçu le Grand Prix National ici-même en 2017 avec Le film de l’été, Emmanuel Marre se retrouvait à nouveau dans la sélection, partie internationale cette fois, avec D’un château l’autre. Déjà primé à Locarno, ce moyen-métrage fait une belle carrière.

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Ce magnifique gateauEn coproduction avec la France, on trouve dans la compétition nationale Famille de Catherine Cosme. C’est une collaboration Doo Bop Films / Hélicotronc qui traite des soucis d’accueil et d’hébergement par une citoyenne bienveillante, ayant mari et enfant, de nouveaux habitants somaliens en attente de leur convocation à l’Office des Etrangers.

Egalement en coproduction française à laquelle s’ajoutent les Pays-Bas, les 44’ d’animation de Ce magnifique gâteau ! d'Emma De Swaef et Marc James Roels ont créé l’événement en remportant le Grand Prix National. Souvenez-vous de 2011, Steven De Beul et Ben Tesseur (Best Animation) avait déjà produit un court-métrage d’animation de cette paire très créative. Oh Willy (l’histoire d’un vieux garçon qui retourne rendre visite à sa mère sur son lit de mort dans la communauté naturiste où il a vécu) avait écumé les festivals, obtenu plus de 80 prix, dont le Prix Cinergie à Anima 2013, le Cartoon d’Or 2012 et charmé le public de nombreuses fois. Or il avait été oublié au palmarès de Clermont-Ferrand. C’est un beau retour gagnant soutenu à nouveau par les bretons de Vivement Lundi ! L’histoire se divise en 5 personnages au temps révolu du Congo belge : un Léopold II plutôt mal à son aise, un Pygmée groom d’hôtel de luxe porteur itinérant de cendriers, un homme d’affaires mégalomane et décadent, un porteur égaré rencontrant un clarinettiste et, Louis, un déserteur qui se met sur la trace du mégalo. C’est une critique acerbe de la colonisation, de certains êtres puants qui en ont écrit les lignes et une illustration de la soumission d’un peuple qui méritait mieux que d’être pillé.

Dans la même catégorie et toujours en animation, Le chat qui pleure d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli revient bredouille mais a touché le public qui a fortement applaudi. Dans un format d’une petite dizaine de minutes, les réalisateurs parviennent à nous émouvoir grâce à la mise en place d’un sentiment que les aînés d’une fratrie ont probablement connu : vouloir éliminer de sa vie le petit frère ou la petite sœur empêcheur de tourner en rond. Ainsi, la maman d’un garçon de dix ans très remonté contre son petit frère veut lui donner une bonne leçon en l’emmenant chez un vieux « tonton » que la voix de Philippe Nahon rend sinistre, menaçant, en un mot : flippant !! À raison !

Côté fiction, le partenariat entre les parisiens de Deuxième Ligne Films et la maison de production bruxelloise Wrong Men a donné Air comprimé d’Antoine Giorgini qui avait déjà connu quelques bonheurs à Clermont-Ferrand en 2016 en y étant récompensé pour son film Réplique. Sa dernière fiction met en scène Thomas Blanchard et Bérengère McNeese dans une intrigue où cette dernière, enceinte, se fait canarder de billes de paintball sous les yeux du premier, son compagnon, professeur timoré dans un lycée de garnements plus idiots que méchants. On voyage dans un univers entre tragédie et comédie où une certaine réalité peut nous parler notamment lorsque une future mère et l’enfant qu’elle porte semblent menacés et que l’alpha mâle semble avoir quelques difficultés à gérer les situations professionnelle et privée. www.labrasserieducourt.com/air-comprimé

Plus littéraire et engagé, Comment Fernando Pessoa sauva le Portugal d’Eugène Green nous transporte dans les années 20 où il fut demandé au poète d’écrire un slogan publicitaire pour une boisson venant des Etats-Unis, le Coca-Louca. Inspiré d’une histoire vraie, le film nous fait comprendre que la position d’un artiste face à un gouvernement autoritaire et des religieux intrusifs est très délicate. Tout comme ils étaient déjà coproducteurs de ses longs métrages Le Monde vivant (2003) et Le fils de Joseph (2016), les Frères Dardenne (Les Films du Fleuve) sont aux commandes aux côtés de Noodles Production (France) et O Som e a Fúria (Portugal).

Pas belge côté production mais par son réalisateur namurois Claude Schmitz, Braquer Poitiers est le long des courts. Avec ses 59’, il a pu accéder à la sélection officielle du Festival in extremis et prend au passage le Prix Egalité et Diversité. Diplômé de l’INSAS, le cinéaste parvient à faire de son film une sorte de comédie douce-amère sur la nécessité ou non de travailler. Deux joyeux lurons qui ont un poil dans la main se mettent en tête de trouver la poule aux œufs d’or pour avoir le moins à faire possible et profiter de la belle saison à moindre frais. La solution est toute trouvée en kidnappant un patron de carwashs consentant ! Après les premières recettes, quelques influences féminines et autres surprises, la complicité des deux larrons va s’en trouver fortement mise à l’épreuve. Toujours sous le regard bienveillant du « kidnappé ».

Du côté de la sélection Labo qui, pour rappel, propose des films aux narrations alternatives, aux propositions expérimentales voire novatrices, l’animation de Bruno Tondeur Sous le cartilage des côtes aborde le Mal qui rôde et le mental d’un homme qui semble se diriger vers sa mort en portant ce Mal. Produit de son imagination hypocondriaque ou d’une réalité incontournable, le Mal ronge le personnage et est tout en contraste avec sa représentation bedonnante rose et rieuse semblant sortir tout droit de Ghostbuster. Ils vivent, mangent, dorment ensemble mais l’homme se trouve impuissant vis-à-vis de l’évolution du Mal qui reste pourtant tout aussi attachant qu’au début, déclenchant un malaise qui nous rappelle un certain Blob !

De nationalité belgo-colombienne, Juanita Rodriguez Onzaga avait eu les honneurs de la Quinzaine des Réalisateurs en y présentant en avant-première mondiale son Our song to war. Ce documentaire de 14’ en compétition Labo présente un sujet quasi ethnographique où il est question de croyances, d’esprits et de rencontres entre ceux-ci et les humains qui les abordent dans des états de transe relativement saisissants. Sur fond de guerre lasse colombienne, le village de Bojaya se prête à des séances très particulières.

En dehors de ces trois sélections officielles, il existe quelques jurys annexes dont celui issu du Collège Gérard Philippe de Clermont-Ferrand. Il s’agit d’un jury particulier de jeunes d’une douzaine d’années qui ont eu à remettre le Coup de Cœur Canal+ Family parmi 57 films destinés au Jeune Public et classés en trois grands programmes : Ecole va au cinéma (films abordables dès 3 ans qui vont à la rencontre des élèves, intégrés aux parcours culturels – arts visuels de la ville), Enfants (séances familiales dans la grande salle Cocteau de 1400 places) et Ecole (séances scolaires). Ce Collège intègre le dispositif Collège et Lycée de tous les talents pour permettre aux enfants de suivre un parcours Cinéma en partenariat avec le Festival. Cela les conduit jusqu’à pouvoir suivre en 4e (équivalence belge) une formation de 6 heures par semaine grâce à un horaire aménagé qui permet de concilier leur intérêt pour le 7e Art et la réussite dans les autres branches générales. Dès leur arrivée au collège, ils abordent l’histoire du cinéma, une initiation aux matériels de tournage, des exercices de réalisation, d’écriture, des participations à des concours de critiques et à ce Jury. Si nous disposons en Belgique « d’écoles du foot », on se met à rêver que pareil enseignement sur le cinéma puisse un jour se mettre en place.

Grand loup petit loupDans le large choix de films, on pouvait retrouver des habitués produits par la réputée La Boîte… Productions dont le producteur Arnaud Demuynck exerce parfois les rôles de scénariste ou de (co)réalisateur. Dorothy la vagabonde réalisé par Emmanuelle Gorgiard est une adaptation du livre éponyme pour enfants. C’est un peu la rencontre entre les styles hippie et guindé lorsqu’une vache hirsute aux poils longs et à la drôle d’intonation rencontre 4 vaches tout à fait communes. Une histoire qui traite de la différence et de la richesse qu’elle peut apporter. Bamboule d’Emilie Pigeard d’après un scénario de Fabrice Luang-Vija dépeint l’horrible prise de poids jusqu’à l’ultra obésité de Bambou une jeune chatte. Grand-Loup et Petit Loup de Rémi Durin présente ces deux personnages dans un presque huis clos, environnement vital de Grand Loup. Adaptés également de la littérature Jeunesse illustrée, les quatorze minutes nous font vivre l’émotion d’une intrusion dans notre bulle, du premier soulagement ressenti lorsque l’intrus disparaît et le cruel sentiment que les choses ne sont plus pareilles et qu’un manque se fait jour. Ou vas-tu Basile ? partant d’une ritournelle connue, adapté par Arnaud Demuynck et réalisé par Jérémie Mazurek est aussi court que le temps de fumer une clope. 3’ pour un échange presque standard entre une vache et le cheval que Basile voulait vendre au marché, et des conséquences inattendues en cascade. Avec Le retour du Grand Méchant Loup et Aglaé la pipelette, Pascale Hecquet (Une Girafe sous la pluie, Duo de volailles…) met en scène deux histoires également écrites par ce producteur prolifique. Dans la première, la rencontre entre le Loup et le Chaperon Rouge prendra une tournure particulièrement déroutante pour l’ennemi juré de Mère Grand ! Elle est loin la belle époque mon cher ami ! Et dans la seconde, Aglaé, une vache bien trop volubile meuble 7’ avec créativité et humour. Enfin, dernière sélection pour cette écurie, Matilda d’Irene Iborra et Edu Puertas raconte comment une petite fille va découvrir les joies de la nuit alors qu’elle vient de faire sauter la lampe de sa chambre en abusant de l’interrupteur. Il lui reste alors sa lampe de poche et son imagination.

Dans les paddocks côté belge, il reste l’Atelier de la Cambre et Ambiances… qui ont produit respectivement les courts métrages d’animation Génération Playmobils de Thomas Leclercq et Nuit Chérie de Lia Bertels. Le premier nous présente un Robinson Crusoé temporel qui survit depuis une quinzaine d’années dans une haie petite de l’extérieur et gigantesque à l’intérieur. Le second fait se rencontrer un ours qui ne parvient pas à hiberner et un petit singe qui se réfugie dans sa grotte effrayé par l’énorme cri du yéti. Le film obtint une Mention spéciale du Jury de jeunes dont il était question plus haut, touchés notamment par la douceur du graphisme et la teinte bleue du film lui donnant une connotation zen qui fit visiblement mouche. Le Coup de cœur Canal+ Family de ces jurés très mûrs pour leurs âges est allé au film français After the rain écrit et réalisé par un collectif d’étudiants de l’Ecole du film d’animation et de l’image de synthèse située en Arles www.ecole-mopa.fr .

Palmarès complet sur www.clermont-filmfest.org

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