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C’est un hôtel, pas un hôpital de Catherine Le Goff 

Publié le 20/02/2019 par Serge Meurant / Catégorie: Entrevue

« Je ne pensais pas tomber malade. Il faut dire que je n’aime pas l’hôpital ». Personne à vrai dire n’y entre de son plein gré. On y côtoie la maladie. L’angoisse et ses cauchemars envahissent le quotidien, jours et nuits. L’indifférence parfois des infirmières et des chirurgiens choquent par la brutalité de la langue de bois. Enfin,on risque d’y mourir, d’y laisser sa peau.
Le court-métrage d’animation de Catherine Le Goff raconte de façon personnelle et sensible semblable expérience. Le dessin, d’un trait mince, trace la silhouette de la cinéaste hospitalisée tandis que sa voix commente les images, tisse un récit en une série de scènes rapides.

Catherine Le Goff : À l’origine de mon film, une expérience vécue. Entre 2011 et 2013, j’ai passé cinq mois à l’hôpital. J’ai connu trois hospitalisation successives. Je les ai condensées en un récit. Le court-métrage en tient le journal, c’est une chronique où j’ai voulu raconter le pire et le meilleur de ces expériences.

Cinergie : C’est un film qu’on peut partager, qui ouvre sur des expériences communes, celles de l’hôpital où chacun peut se reconnaître.
CLG. : C’était un peu le but. Preuve en est que le film a trouvé un écho auprès de certains membres du milieu hospitalier qui m’ont dit vouloir le montrer à leurs stagiaires. D’autres spectateurs m’ont dit avoir vécu des choses semblables comme patients.

C. : Quelle a été ta méthode de travail pour le film ?
CLG. : J’ai dessiné les personnages et les scènes du film sur une tablette, un IPAD, avec un stylet. Cela ne m’a presque rien coûté ! J’ai tout animé comme cela. Le travail s’est étalé sur trois ou quatre ans, de la conception du film à sa finition.

C. : Pourquoi une telle durée ?
CLG . : C’est parce que je ne possède pas de formation en cinéma et en particulier le cinéma d’animation.L’écriture du film est née au fur et à mesure de la construction des plans. L’aboutissement du récit n’est pas venu en amont. J’ai procédé par collages successifs. À l’origine, je n’ai pas réalisé de story board ; ce n’est pas une manière classique de procéder. Elle n’est pas rassurante et exige du temps. C’est une des raisons pour lesquelles Graphoui n’a pas introduit de demande auprès de la Commission de Sélection des films. Ce qui fut rendu possible parce que l’atelier accepte de privilégier la spontanéité des sujets et de leur traitement. Ce qui ne m’a naturellement pas empêchée de me sentir seule face à l’écriture de mon histoire.

C. : Ton récit développe divers modes d’émotions, d’angoisses, de peurs, de drôleries, d’apaisement, Je trouve que cela fonctionne très bien. Certaines séquences sont en noir et blanc et rappellent ton travail de graveur.
CLG. : Ces séquences, je les ai introduites pour exprimer les fantasmes et les délires que l’on peut éprouver à l’hôpital. Au début de mon hospitalisation, j’avais du mal à accepter cette situation. Pour exprimer mes angoisses, j’ai réalisé un travail en blanc sur noir qui évoque la gravure. Parce que je voulais que cela soit plus expressif, exagéré. C’est ainsi qu’à un moment j’imagine qu’on m’ampute d’une jambe, je souffre du manque d’intimité, de l’indifférence d’un chirurgien dans son refus de m’opérer. Puis, lorsqu’on m’opère enfin, je frôle la mort et je lis cette mort sur le visage des autres aux soins intensifs. Les choses se sont améliorées petit à petit après l’opération et lorsque j’ai pu aller en revalidation. J’ai pu me détendre, prendre les jours comme ils venaient. En rééducation, je tressais des paniers, j’aimais beaucoup ça. Je me suis accommodée de la situation. J’ai appris à retrouver mon corps à travers la méditation.

C. : Quelle a été l’aide que t’ont apportée les membres de l’atelier Graphoui ?
CLG . : Depuis mon premier film, « Dame poussière », l’équipe de l’atelier m’a beaucoup soutenue. Patrick Theunen a suivi mon travail. Il m’a beaucoup appris au niveau de l’animation et de l’utilisation des logiciels. Avec Ellen Meiresonne, il m’a encouragée quand je me sentais trop seule. Puis Sébastien Demeffe et Cyril Mossé m’ont aidée au moment du montage image, du montage son et du mixage.

Je les en remercie car sans eux le film n’aurait pas vu le jour.

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