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Deux âmes de Cécili Matureli & Avril Poirier

Publié le 02/02/2026 par Lucie Laffineur / Catégorie: Critique

Deux âmes est une tranche de vie, celle de deux êtres esseulés dans un village à la frontière biélorusse. Un film extrêmement bien réalisé par Cécili Matureli et Avril Poirier, deux noms que nous vous invitons à retenir afin de suivre de près leurs prochaines productions !

Deux âmes de Cécili Matureli & Avril Poirier

La première scène nous montre une femme qu’on devine âgée transportant une botte de paille presque aussi grande qu’elle au bout de sa fourche. Elle traverse la cour de sa ferme d’un pas assuré en chantonnant. On sent dans son corps et sa démarche tout le poids du travail agricole, mais aussi de son vécu…
Ce qui frappe d’abord dans ce documentaire de fin d’études de l’INSAS, c’est la beauté des images. Un léger grain, des cadrages soignés, de gros plans sur les visages ou les mains abimées, une esthétique qui nous accroche à l’écran. De grands paysages balayés par le vent et surplombés d’un ciel blanc qui semble ne jamais laisser passer le moindre rayon de soleil pour réchauffer les habitant·es de ce petit village. La rudesse semble présente partout ; dans l’air, dans le froid, dans le travail, dans les corps et dans les âmes.
On rencontre ensuite le voisin de la protagoniste. Andrei, qui semble tout aussi marqué par l’existence, vient donner un coup de main dans la ferme en échange d’un repas chaud, d’un peu d’argent ou de cigarettes. « Il sait très bien qu’il n’aura pas faim s’il travaille chez moi », confie Anna. Ces deux êtres brisés par la vie semblent se comprendre sans se parler, comme s’ils partageaient le même fardeau. Ils échangent avec humour, mais même leur joie reste teintée de tristesse.
Au fur et à mesure, l’histoire de chacun·e se dévoile et les traumas qu’on devinait dans les regards et dans les corps se confirment avec les brèves confidences partagées par Anna. Quelques mots suffisent pour comprendre la violence de ce qu’ils ont traversé.
Le seul refuge de tendresse qui semble réconforter Anna, ce sont ses animaux. Il y a son chouchou, Filip, un bouc élu « le roi de la ferme », ses canes tellement « belles et si propres », ses chèvres, son chien et de nombreux chats qui partagent volontiers un rare moment de répit.
La religion apporte aussi une lueur d’espoir dans le quotidien. C’est par ailleurs la seule touche de couleur du paysage, une église bleu vif et or qui scintille parmi les maisons brunes. On y découvre des visages ridés, des cheveux grisonnants, comme si le village s’était arrêté dans le temps. La jeunesse semble avoir déserté les lieux. Pas de cris d’enfant, pas d’adolescent accroché à un smartphone. Mais une ferveur et une foi que l’on sent inébranlables.
Après sa visite à l’église, Anna retourne dans sa ferme. Pas de temps pour les larmes ni pour l’apitoiement, le travail ne prend jamais de pause et Anna, incroyablement forte et courageuse, continue de mener sa vie comme elle l’a décidé, sourire aux lèvres, en chantant des chansons d’amour.

Comme le fredonne Bourvil :

« Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
Qu’on n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu

Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin »

Et c’est sans doute la seule chose qui aide Anna et Andrei à tenir, la tendresse qu’ils ont l’un pour l’autre. 

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