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Entrevue avec Massimo Iannetta - La Décomposition de l'âme

Publié le 01/04/2003 par Jean-Michel Vlaeminckx / Catégorie: Entrevue

Massimo Iannetta, Co- réalisateur de Nina Toussaint du film documentaire La Décomposition de l'âme qui obtient le FIPA d'argent en janvier dernier.

Entrevue avec Massimo Iannetta - La Décomposition de l'âme

"Enfant, j'allais au "Rialto", un cinéma de quartier qui se trouvait à la Rue Haute. Le Rialto est un nom de fleuve tiré d'un western américain quelconque. Dans cet endroit magique, il projetait notamment des Péplums. C'était pour moi plus un souvenir d'ambiance populaire qu'un souvenir de film précis. C'était fellinien. On mangeait, on fumait tout en regardant le film. Le premier souvenir d'un film qui m'a marqué, c'était dans le cadre scolaire sur un petit écran de télévision enfermée dans une armoire au fond du réfectoire. Et donc, ce n'est que plus tard, que j'ai fait le lien entre ce que je voyais à la télévision de l'école et chez moi. Je suis tombé de plus en plus souvent malade pour pouvoir rester à la maison et regarder des films. La première émotion cinématographie c'était  Orphée  de Cocteau. Je devais avoir huit ans. Je l'ai regardé tout seul à la maison en noir et blanc, un jour que j'étais malade, évidemment. Très vite, j'avais compris que ce n'était pas le film ou l'histoire en tant que telle qui m'intéressait, mais l'émotion intérieure qu'il avait provoqué en moi et que je n'avais pas soupçonné. Le cinéma est venu à moi de façon un peu somnambulique. Il a fait son petit bonhomme de chemin et un jour, c'est devenu une conviction. Il n'y a pas eu une rencontre particulière ni un événement particulier, mais bien sûr, il a des films qui m'ont marqué, impressionné, comme par exemple : Huit et demi  de Fellini ou  Le Sacrifice  de Tarkovsky, probablement pour les mêmes raisons que celles décrites lorsque j'étais enfant. C'est-à-dire que ce n'est pas ce qui est montré ou dit qui me touchait mais tout ce qui n'était pas dit ou montré et qui apparaissait à mesure que je regardais le film et que je me laissais envahir par lui. Lorsque je suis sorti du film  Le Sacrifice , je n'ai pas ouvert la bouche pendant une journée, ce qui est un exploit pour moi. Je suis resté dans le silence et j'aurais voulu gardé ce silence toute une vie. L'état de contemplation est une expérience unique.

Ma vraie première expérience cinématographique, ce n'était pas à travers la réalisation de mon premier film ou à l'INSAS, mais c'était une expérience mentale lorsque j'ai imaginé une scène qui devait se passer à l'extérieure et dont je n'entendais que des bribes de sons, projeté sur le mur de la chambre où je faisais la sieste. Un produit de mon imagination.
Avec le film La Décomposition de l'âme, Nina, la co-réalisatrice du film, ainsi que ma compagne de vie, nous avons essayé d'aller au-delà des apparences, de la réalité. Nous voulions aller vers quelque chose qui se situe au-delà de l'immédiateté et du sujet. Pour nous, le film commence là où les mots s'arrête et c'est pour cette raison que nous avions le souci de filmer le temps qui passe, l'émotion qui traverse l'espace à l'instant même où on le filme. Pour moi, au cinéma, on filme de la durée, du temps. Le temps de traverser un espace, par exemple."

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