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Par-delà les montagnes de Mohamed Ben Attia

Publié le 20/12/2023 par Nina Alexandraki / Catégorie: Critique

Après quatre ans de prison, la seule chose qui compte pour Rafik c’est montrer à sa famille le don extraordinaire qu’il s’est découvert : savoir s’envoler. Incompris de tout le monde, il kidnappe son propre fils pour l’emmener à la montagne et lui prouver qu’il a raison. Père et fils s’allient à un jeune berger et ce trio improbable cherche refuge dans une maison à la campagne où la tension monte et la violence surgit là où on ne l’attend pas.

Par-delà les montagnes de Mohamed Ben Attia

Dès la première scène du film, où on voit Rafik vandaliser son espace de travail, on comprend que le protagoniste est en rupture avec l’ordre établi. À sa sortie de prison, quatre ans après, c’est aussi au sein de son propre entourage que Rafik se sent étranger : le monde devant lui est conformiste et sans empathie. 

Or, le personnage de Rafik est très énigmatique et le film produit en nous un rapport ambigu avec lui. Si une tendresse et une sensibilité sont lisibles chez lui, le protagoniste va commettre une série d’actes d’autorité et de violence, toujours déclenchés par l’incompréhension de son environnement : après avoir kidnappé son fils et fait intrusion dans une maison à la campagne, il fait du chantage à la famille qui habite la maison. 

Le film se refuse de donner des explications psychologiques à ce qui fait agir le personnage, il avance au contraire autour d’un élément poétique rempli de mystère : Rafik veut plus que tout montrer à son fils son don spécial. C’est l’urgence de cette transmission qui détermine tous ses actes et en fait un personnage aux allures prophétiques. On se dit alors qu’il a sûrement quelque chose à nous montrer, un message à nous livrer. 

La deuxième partie du film nous donne quelques pistes quant à la nature de ce message. Quand la mère de famille refuse l’accueil par méfiance à Rafik, accompagné de son fils et du berger qui les suit dans ce périple, ceux-ci imposent leur présence. Le film devient alors un huis clos et fait monter la tension dans un récit de thriller qui, toujours lent et elliptique, nous dévoile un univers inquiétant où les intrus, comme ceux qui subissent l’intrusion, sont prêts à exercer du pouvoir et de la violence sans beaucoup de difficulté. Le foyer familial nucléaire, replié dans sa sécurité, supporte mal que des étrangers pénètrent son intimité et devant l’inconnu, toute apparence de cohésion vole en éclats. 

L’aboutissement du film donne raison à son protagoniste et nous invite à prendre cette histoire allégorique comme un avertissement devant le repli de nos sociétés en elles-mêmes et les principes rigides qui les peuplent.

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