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Sirène de Harry Cleven

Publié le 01/04/2021 / Catégorie: Entrevue

En juin 2017,  la Fédération Wallonie-Bruxelles organisait l'Opération "50/50, Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes" qui mettait à l’honneur 50 films marquants de l’histoire du cinéma belge francophone. Ces films sont ressortis en salle pendant toute une année et de nombreux entretiens ont été réalisés avec leurs auteurs. Le site internet qui se consacrait à cette grande opération n'étant plus en activité, Cinergie.be a la joie de pouvoir aujourd'hui proposer et conserver tous ces entretiens passionnants où une grande partie de la mémoire du cinéma belge se donne à lire.

 

Né en Belgique, Harry Cleven se lance dans la réalisation en 1989, après des études d’art dramatique. Il signe, alors, plusieurs courts métrages, téléfilms et séries télévisées. Scénariste, il participe et collabore aussi en tant que consultant à l’écriture de plusieurs films. Il tourne également en tant qu’acteur sous la direction de réalisateurs aussi réputés que Zulawski, Godard ou Van Dormael.

Sirène de Harry Cleven

Didier Stiers : Qu’est-ce qui vous a incité à passer de l’autre côté de la caméra, alors qu’avant Sirène, vous étiez « juste » acteur ?

Harry Cleven : J’ai commencé par un peu de théâtre, mais je n’aimais pas jouer devant des gens et je préférais les répétitions aux représentations. Je me suis dit, très naïvement, que si je faisais du cinéma, je ne serais pas confronté à cet aspect-là. Ensuite, j’ai eu la chance de tourner avec des réalisateurs qui m’ont fort impressionné, dont Andrzej Żuławski qui m’a donné un petit rôle dans L’Amour Braque. Un jour, il m’a proposé le rôle principal dans un film qu’il venait d’écrire, mais le film ne s’est pas fait. Tous les espoirs que je mettais dans cette carrière se sont effondrés. Je me suis dit que si je prenais les choses en main, ça ne m’arriverait plus. Et j’ai commencé à écrire des scénarios de courts-métrages. Jaco Van Dormael, que j’ai rencontré alors qu’il préparait Toto le Héros, m’a énormément appris en les taillant en pièces et en m’expliquant ce qui n’allait pas. Jusqu’au moment où il a trouvé celui de Sirène génial. Après ont commencé toutes les pérégrinations à la recherche d’un producteur…

 

D.S. : Ces pérégrinations vous ont aussi mené vers la Commission de Sélection des Films : comment cela s’est-il passé ?

H.C. : Pour mon court-métrage, c’est l’entièreté du budget qui m’a été donnée. C’était important ! Je suis passé une première fois et j’ai reçu un avis « presque », je pouvais donc le présenter à nouveau moyennant quelques petites modifications. Et puis, une productrice, qui devait le déposer avec moi, m’a lâché, genre le vendredi midi alors qu’on devait déposer le dossier le soir ! L’après-midi, j’ai trouvé un autre producteur, l’Atelier des Jeunes Cinéastes. C’était Hubert Toint, à l’époque, qui m’a donc sauvé la vie. On a remis le projet le vendredi soir er on a eu la Commission le lundi. Le système est quand même relativement bien fait, parce qu’il y a de ces films... Je pense à Amer, de deux amis réalisateurs (ndlr : Hélène Cattet et Bruno Forzani) et dans lequel je joue. Quand j’ai lu le scénario, une description de plans, je me suis demandé quel serait l’accueil. Ils l’ont présenté trois fois, et la troisième fois, c’est passé. C’est génial qu’un projet comme celui-là ait pu être aidé, ça a permis de découvrir des réalisateurs qui, du coup, ont acquis la confiance et pu faire leur film suivant. Je ne pense pas que ça arriverait en France, ce genre de choses !

 

D.S. : Après Sirène, vous êtes immédiatement passé au long-métrage ?

H.C. : Un an après ! Un producteur a vu le court, m’a demandé si j’avais un projet de long, j’ai dit oui et on a tourné Abracadabra.

 

D.S. : Le film date de 1991 : comment le voyez-vous aujourd’hui ?

H.C. : Outre le fait que je n’en avais jusqu’ici qu’une copie dvd toute pourrie faite à partir de l’animatique et qu’il va maintenant exister en numérique, je m’y retrouve tout à fait. J’ai l’impression que c’est l’embryon de tout ce que j’ai fait ensuite, que mes longs-métrages (ndlr : dont le dernier en date, Mon Ange, et sorti début mai) en sont vraiment l’expression déployée.

 

Didier Stiers

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