Cinergie.be

Sur le tournage de "Losers Revolution"

Publié le 05/07/2019 par David Hainaut et Tom Sohet / Catégorie: Tournage

Very Bad Frites

Le coup d'envoi a été donné pour les projets de "films à conditions de production légères", suite à un premier et nouvel appel lancé il y a deux ans par le Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Après le récent tournage de Fils de Plouc des énigmatiques frères Harpo et Lenny Gruit, c'est à présent Losers Revolution, du duo Thomas Ancora-Grégory Beghin, qui est entré en tournage. Celui-ci compte pile vingt jours.

Cette comédie, qui se présente comme un "Very Bad Trip à la belge", est produite par Kwassa Films, une jeune boîte montante. Outre Ancora lui-même, on retrouve au casting Clément Manuel (Ennemi Public) et Kody Kim, vedette du Grand Cactus, l'émission d'humour de la RTBF. Petit tour sur le plateau.

À la question de savoir en quoi consiste un tournage de film "à conditions légères", la réponse nous est donnée dès notre arrivée à L'Usine, nom de la salle de sport bruxelloise qui, deux jours durant, sert de décor au tournage de Losers Revolution : à savoir, une équipe (très) réduite et un matériel (très) limité, de quoi radicalement dénoter des plateaux de longs-métrages fréquentés jusqu'ici. Mais voilà, en 2019, il est désormais possible de mettre en boîte un film dans ce type de dispositions. Et avec quelques contraintes forcément, que nous détaille d'emblée Annabella Nezri, la productrice réputée enthousiaste et impliquée de Kwassa Films, une société née il y a cinq ans. "Pour un tel tournage, on pense les choses différemment : du découpage du film à la composition de l'équipe, d'une vingtaine de personnes, soit la moitié d'un tournage "classique". Il y a moins de matériel aussi, pas de machinerie et on a un chef opérateur de guerre (NDLR: Thomas Rentier, surtout connu jusqu'ici du petit écran), qui est habitué à travailler dans l'instantanéité. Enfin, il y a eu plus de choses envisagées en amont, on a beaucoup répété, etc... Quant à moi, je suis présente sur le plateau pour jouer l'amie, la maman et la psy, car j'estime ne pas faire ce métier juste pour remplir des devis !", dit encore celle qui vient de devenir vice-présidente de l'Union des Producteurs Francophones de Films (UPFF), une association comprenant une septantaine de membres.

Esprit de famille

Le ton de Losers Revolution est donc donné. Derrière ce titre américanisé, se cache l'histoire de trois trentenaires, Simon (Clément Manuel), Fred (Baptiste Sornin, vu dans Sonar) et Medhi (Kody Kim), des amis d'enfance qui, lors de l'enterrement d'un quatrième larron (Juan, campé par Camille Pistone), découvrent que ce dernier a laissé un témoignage-vidéo leur demandant de lancer une révolution de minables (de losers, donc). Ne sachant pas très bien comment s'y prendre, la petite bande va alors faire appel au petit frère de Simon, alias Henry (Thomas Ancora, vu dans la série Clem sur TF1), à la fois star de télé-réalité et influenceur virtuel. Histoire de créer le soulèvement espéré...

"Quand on envoie à des acteurs un scénario pareil", admet un peu plus loin – et avec le sourire - Ancora, créateur, co-réalisateur et acteur de l'histoire, "On se dit que les gens vont poliment le refuser. Or, tout le monde a dit oui ! C'est encourageant et émouvant de voir des gens confirmés faire ce projet tant pour le fun que parce qu'ils y croient, voire l'adorent. Cela modifie l'énergie du tournage, car on sait que personne n'est là juste pour cachetonner. Il règne donc un esprit d'équipe et de famille. En fait, c'est une vraie armée, mais tant mieux, car on a besoin de ça pour mener à bien le film. J'espère qu'on réussira notre coup, et qu'on pourra démontrer qu'il peut y avoir des comédies dans notre paysage. Mais bon, quand j'observe tout ça, je dois parfois me pincer (rire)!"

Grégory Beghin (Euh, Burkland) en renfort

Histoire de soulager Ancora de sa triple-casquette, on note donc la présence d'un autre réalisateur, le jeune - mais chevronné - Grégory Beghin, bien connu de la publicité, de la télévision et qui en fiction, a connu le succès grâce aux webséries de la RTBF, Euh et Burkland. Greffé au projet il y a deux mois, Beghin est surtout là pour insuffler le rythme à la mise en scène, pendant que la direction artistique reste confiée à son comparse. Un partage de tâches utile.

"Thomas et moi ne nous connaissions pas, mais j'avais déjà travaillé avec plusieurs personnes du film.", indique-t-il. "Vu notre feeling et nos intentions similaires, cela s'est très bien passé. Le planning étant ici serré, la clé a surtout été la préparation d'avant-tournage, jusqu'à faire des répétitions sur les lieux de tournages, pour gagner de temps. Car pour une production, le plus coûteux reste toujours le tournage lui-même. Si donc on arrive à préparer un maximum de choses avant, il peut se rétrécir en durée !"

Kwassa Film et la nouvelle génération de producteurs

Projet né autour d'un café, quasi en même temps que la naissance de Kwassa Films d'ailleurs, Losers Revolution doit beaucoup de sa naissance à l'abnégation d'Ancora ("Je suis persévérant, je ne lâche jamais rien !", claironne-t-il). Sa productrice précise : "Certes, nous n'avons pas réussi à le financer classiquement. Mais une fois ce nouvel appel d'offres lancé par la Fédération il y a deux ans, permettant de tester de nouveaux formats décalés avec de jeunes talents, nous avons sauté sur l'occasion. On a tout ré-écrit en imaginant cette satire de télé-réalité, qui pouvait coller aux conditions." En mode comédie donc, une denrée encore rare dans notre paysage. "C'est vrai, mais j'ai créé Kwassa justement pour imaginer des projets atypiques. Et la comédie est un genre que j'adore, même si c'est toujours plus difficile d'y trouver des auteurs que dans le drame ou dans le thriller. Mais nous aimerions miser sur des films d'auteurs populaires, et parler à un large public. Une nouvelle génération de producteurs arrive avec ces mêmes envies. Et aussi bien la Fédération que les partenaires (RTBF, Proximus, Be TV...) aimeraient voir des choses différentes."

À l'heure où le marché se voit bousculer par l'éclatement des formats, on le sait, une remise en question s'impose pour tout le secteur. "Ce vieux schéma de tout miser sur le long-métrage en attendant sa sortie en salle est révolu. Si on reste là-dedans, on ne tiendra plus longtemps. Avec ce film-ci, on va tenter une sortie différente, peut-être en utilisant les plateformes virtuelles, et en visant les 25/40 ans."

Deux ex présentateurs des Magritte de la partie

Attendu pour le printemps 2020, Losers Revolution, tourné entre le 10 juin et le 5 juillet, compte parmi ses seconds rôles la rodée Tania Garbarski (en productrice hystérique) et la jeune Jeanne Sauvat (aperçue dans Éternité), mais aussi quelques guests (tels Hande Kodja, Fabrizio Rongione ou Alex Vizorek) et d'autres surprises, encore. Ce film, également soutenu par la RTBF, s'est tourné autour de Bruxelles (Forest, Ixelles, Saint-Gilles, Zaventem, Uccle...), mais aussi dans le Brabant Wallon, à Genappe, Lasne, Ottignies et Wavre (Aqualibi).

Quant à Kwassa, on risque bien d'en reparler : Jumbo, premier long-métrage de Zoé Wittock, est prévu pour début 2020, alors que la boîte démarrera cet été les tournages d'un autre premier film, Space Boy d'Olivier Pairoux (Puzzle), et de La Ressource humaine, deuxième court d'Adriana da Fonseca. Entre bien d'autres projets, dont la préparation d'Unseen, la prochaine série tournée par la RTBF...

Tout à propos de: